Politique

L’UE face à la Russie : un bras de fer aux enjeux considérables

Gazprom, géant du gaz russe

Depuis le référendum du 16 mars 2014, la Crimée est officiellement rattachée à la Russie. L’Union Européenne s’insurge de cette annexion qu’elle qualifie d’« illégale » et compte bien prendre des mesures à l’encontre de Moscou. Seulement, en pratique, la Russie reste le 3e partenaire économique de l’UE, derrière les Etats-Unis et la Chine. Mettre en place des sanctions pourrait mettre en péril les échanges commerciaux et surtout l’approvisionnement en ressources énergétiques des pays membres.

Des intérêts vitaux en jeu

L’Union Européenne souhaite envoyer un message de fermeté à son partenaire russe, tant sur le plan diplomatique qu’économique. Sachant que la croissance du pays est essentiellement basée sur les investissements étrangers, la mise en place de sanctions d’isolement économique pourrait affaiblir de façon significative la Russie. Bruxelles a, d’ores et déjà, pris des mesures de gels d’avoirs et d’interdictions de visas pour certaines personnalités russes proches du Kremlin. La prochaine étape consisterait en toute logique à bloquer les échanges commerciaux, puisque les exportations en Europe représentent à elles-seules 61,23% des exportations totales de la Russie, soit 15% du PIB national. Moscou aurait beaucoup à perdre si son partenaire européen se décidait à lui tourner ainsi le dos, le marché asiatique lui étant moins favorable. Déjà suite à l’annonce de mesures punitives, le cours du rouble a baissé, et les entreprises russes cotées en bourse ont perdu des points. Pourtant, les pays membres peinent à prendre des mesures plus offensives.

La Russie représente près de 12% des importations (en pétrole et en gaz principalement) et 7% des Russieexportations européennes. Les échanges commerciaux entre les deux puissances s’élèvent à quelques 500 milliards de dollars chaque année. L’approvisionnement en gaz russe, notamment, est capital pour de nombreux pays membres ; rien qu’en 2013, l’Union Européenne a acheté près d’un quart de sa consommation globale de gaz à la Russie. Pour la Slovaquie, la République Tchèque, la Lituanie, l’Estonie et la Finlande, c’est même la totalité du gaz national qui est importée de Russie. L’Allemagne, depuis le lancement de sa politique de dénucléarisation, a également augmenté sa consommation de gaz russe jusqu’à atteindre les 40%. Le problème réside en grande partie dans la dépendance énergétique en gaz russe de l’Union Européenne, faute d’une politique d’approvisionnement suffisamment diversifiée. En outre, chacun des pays membres dispose d’accords financiers importants avec Moscou et leurs suspensions pourrait avoir des conséquences de taille : c’est le cas de la France qui a dû mettre en attente un contrat à hauteur de 1,2 milliards d’euros pour la vente de deux navires Mistral. De nombreuses sociétés européennes établies en Russie auraient également à craindre d’éventuelles représailles, comme un gel de leurs avoirs. Et l’Union Européenne, déjà fragilisée par la crise économique de 2008 et par une reprise relativement faible, ne pourraient se permettre de courir de si grands risques financiers.

Quelles solutions pour sortir de cette interdépendance?

Autant dire que ces données, loin d’être négligeables, expliquent la difficulté de mettre en place des sanctions économiques à l’égard de Moscou sans craindre des séquelles désastreuses à l’échelle européenne si tant est que Poutine décide de riposter. En contrepartie, les Etats-Unis soutiennent leur partenaire européen et approuvent la mise en place de sanction envers Moscou. Au sommet de Bruxelles ce 26 mars, Barack Obama a débloqué le processus d’exportation de gaz naturel, jusqu’alors seulement possible après décision préalable du Congrès, de telle sorte à accélérer et intensifier les échanges. Quand bien même, renoncer au gaz russe pourrait nécessiter près de 215 milliards d’euros d’investissements sur cinq années. Et en ce qui concerne les autres champs financiers, les débats s’intensifient et les inquiétudes pèsent sur les pays membres. Dans ce bras de fer, quoiqu’elle envisage, l’Union Européenne pourrait finalement avoir autant, voire plus, à perdre que son partenaire russe.

Julie Delaporte

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