Economie

UE-Turquie : une refonte de l’union douanière pourrait générer 3,5 milliards d’euros

Dernière pierre d’achoppement dans la coopération commerciale entre la Turquie et l’Union européenne, l’approfondissement de la coopération douanière entre les deux parties pourrait générer près de 3,5 milliards d’euros et créer jusqu’à 39 000 emplois à l’horizon 2016, a rapporté l’Association des transporteurs turcs (UND) dans un rapport publié en début de semaine par la Commission européenne.

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Alors que le rapprochement politique entre Ankara et Bruxelles semble plus que jamais hypothéqué, il est un domaine moins connu où l’association entre les deux camps recèle de nombreux avantages. Depuis 1963, aux côtés de la Turquie, les pays membres de la communauté se sont liés par un accord de libre-échange, caractérisé par l’absence de barrières tarifaires concernant les produits industriels traversant leurs frontières. Pivot des rapports commerciaux entretenus jusqu’alors par les deux parties, l’union douanière rencontre néanmoins plusieurs dysfonctionnements.

A commencer par les restrictions aux frontières dont sont victimes les transporteurs routiers, à l’origine chaque année de près de deux tiers des acheminements de marchandises au sein de l’espace européen. Récemment épinglé par un rapport de la Commission européenne, le problème sera, semble-t-il, au cœur des négociations qui se tiendront en janvier 2016 pour relancer la coopération douanière entre la Turquie et l’Union européenne.

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 L’Union douanière avec l’UE : pilier de la politique économique de la Turquie

3,5 milliards d’euros. C’est le montant que l’Association des transporteurs turcs (UND) espère économiser en compagnie d’autres acteurs économiques, notamment grâce à la refonte de l’union douanière, entrée en vigueur le 1er janvier 1996.  Présenté en son temps comme une étape préparatoire à l’adhésion finale de la Turquie à l’Union européen, le dispositif a eu, contre toutes attentes, une portée moins politique qu’économique.

Empêtrée dans une importante récession économique à la fin des années 1990, la Turquie témoigne à présent d’une croissance économique florissante. Aussi l’on peut penser que les arrangements douaniers conclus avec l’UE ne sont pas étrangers à ce regain de vitalité enregistré au début des années 2000. En 2014, la Turquie réalisait jusqu’à 43% de ses exportations auprès des pays européens. Un chiffre certes inférieur aux scores réalisés au plus fort taux de la croissance économique de la dernière décennie, mais tout de même important, faisant ainsi du marché européen la priorité absolue du gouvernement turc.

L’Horizon 2016

En dépit d’une coopération unanimement saluée pour son efficacité, il subsiste encore de nombreuses entraves techniques et juridiques qui ralentissent les échanges entre les deux régions. Un problème qui, d’après la Commission européenne, s’il était résolu permettrait d’accroître les recettes de plusieurs milliards d’euros, et créant au passage pas moins de 39 000 emplois.

Dans le détail, l’institution prédit une augmentation de 1,9 milliard d’euros des exportations turques vers les pays européens, soit un montant à peine supérieur aux 1,6 milliard d’euros d’exportations supplémentaires dont se verraient attribuer de leur côté les 28 pays de la communauté.

Les marchés intérieurs turcs et européens ne seront pas non plus en reste. Avec l’abolition des dernières entraves, la nouvelle dynamique économique participera à la création estimée de 25 000 emplois en Turquie et d’environ 14 000 dans les pays membres de l’UE. De la même manière, les économies réalisées sur les frais de transport auront des effets notables sur le pouvoir d’achat des ménages. Ainsi, les dépenses moyennes réalisées par l’ensemble des habitants seront de l’ordre de 200 millions d’euros d’après les estimations de la Commission européenne.

Belgian tricolor and European Union flags are seen on at the side entrance of the renovated Berlaymont Commission building in Brussels, Thursday Oct.21, 2004. EU Commission President Romano Prodi inaugurated the renovated Berlaymont building which will become the home of the European Union's head office after years of scandal and chaos surrounding the restoration. (AP Photo/Yves Logghe)

Le siège de la Commission européenne à Bruxelles.

Aussi réjouissantes soient-elles, ces prévisions nécessiteront toutefois la mise en œuvre de nouvelles mesures qui pourront compenser les dérèglements du système douanier actuel. Et sur ce point, force est de constater l’incertitude qui règne sur la nature des réformes à initier.

Harmonisation des laissez-passer requis pour franchir les frontières, modernisation des infrastructures, restrictions nationales imposées à la circulation des camions, gestion du trafic, autant de contraintes propres à chaque législation nationale qui écartent les possibilités d’améliorations effectives.

Pour l’UND, l’objectif sera désormais de faire valoir les intérêts commerciaux de la Turquie, à l’occasion des négociations prévues en janvier 2016 entre Bruxelles et Ankara. L’année prochaine sera de même marquée par l’entrée en vigueur du nouveau Code douanier de l’Union. Votée en 2013, cette nouvelle législation européenne aura pour ambition d’harmoniser une union douanière européenne confrontée aux enjeux de la mondialisation.

Matéo Garcia

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