International, Politique

Ukraine : des pistes pour une réconciliation ?

Le mercredi 21 janvier dernier, une réunion s’est tenue à Berlin concernant la crise ukrainienne. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, était présent aux côtés des dirigeants de la diplomatie allemande (Frank-Walter Steinmeier), russe (Sergueï Lavrov) et ukrainienne (Pavlo Klimkin).

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Le protocole de Minsk

Un cessez-le-feu avait déjà été mis en place à Minsk le 19 septembre, quelques jours après les accords de Minsk du 5 septembre, mais il n’a pas été respecté. Il prévoyait le départ des troupes russes de l’Ukraine, une décentralisation du pouvoir et un « statut spécial » pour les régions indépendantistes de Donetsk et Lougansk. La création d’une zone tampon, contrôlé par l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) dans certains territoires avaient également été décidée. Depuis une dizaine de jours, les tensions se sont intensifiées entre les séparatistes et l’armée ukrainienne dans la région du Donbass. Mardi 13 janvier, treize civils sont morts d’une attaque terroriste visant un barrage de l’armée ukrainienne au sud de Donetsk. L’armée ukrainienne a annoncée ce matin le retrait de ses troupes de l’aéroport de Donetsk, au centre de violents affrontements depuis mai dernier.

Un drone a filmé l’aéroport en ruine. Les images donnent un aperçu de cet immense champs de bataille qu’est devenu l’aéroport de Donetsk.

Un appel au retrait immédiat des troupes russes

En marge du forum de Davos, qui a débuté mercredi dernier, M. Porochenko a lancé un appel à M. Poutine : « Je promets qu’il y aura une situation claire et stable en Ukraine si la Russie applique ce point des accords de paix : la fermeture de la frontière et le retrait des troupes étrangères de mon territoire. Nous avons plus de 9.000 soldats de la Fédération de Russie sur mon territoire. » La rencontre de Berlin a permis aux ministres de se mettre « d’accord sur la ligne de contact », a avancé Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des Affaires étrangères. Pour Laurent Fabius, « cette réunion n’a pas réglé tous les problèmes, mais elle a permis d’obtenir un accord sur le retrait des armes lourdes de part et d’autre de la ligne de contact agréée à Minsk le 19 septembre ». Il a ajouté que « le groupe de contact trilatéral se réunira dans les jours qui viennent pour mettre en œuvre ce retrait ».

Vers quels résultats ?

Face aux accusations envers la Russie d’alimenter une rébellion pro-russe, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, demande des preuves. Il a également déclaré que les sanctions envers la Russie marquaient une volonté américaine de « dominer le monde » ainsi que de « renverser » M. Poutine. Il paraît donc difficile pour l’heure de savoir si la réunion de Berlin permettra une amélioration des relations entre les deux pays. Les intérêts économiques de l’Ukraine face à la Russie sont grands, puisque 58% du gaz ukrainien provient de son imposant voisin. La Russie a d’ailleurs déjà utilisé cette menace de « fermeture des robinets » par le passé (en 2006 et 2009). Toutefois, pour M. Porochenko, il y a des raisons d’être optimiste puisque les sanctions envers la Russie fonctionnent, « en ce sens que non seulement elles créent des problèmes à la Russie, mais qu’elles maintiennent les Russes à la table des négociations ». Certes, la dégringolade du rouble en décembre a mis la Russie dans une position délicate, mais cela suffira-t-il à limiter son élan expansionniste ? D’après les conclusions de la réunion de Berlin, l’hypothèse de la partition de l’Ukraine est pour le moment écartée.

En résumé : le contexte de la crise ukrainienne

En novembre 2013, d’importantes manifestations s’étaient déroulées à Kiev, capitale de l’Ukraine. Les mécontentements résidaient dans l’abandon par Viktor Ianoukovitch (ancien président du pays) des négociations en vue d’un partenariat oriental avec l’Europe, incluant également la Biélorussie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. M. Ianoukovitch, destitué le 22 février, a été remplacé par Petro Porochenko le 7 juin 2014. Son élection est contestée par une partie des Ukrainiens. Le 16 mars, un référendum se tient en Crimée. Le « oui » l’emporte sur la question du rattachement de cette péninsule à la Russie. Deux jours plus tard, le gouvernement russe annonce que la République de Crimée fait désormais partie de la Russie.

Depuis, les tensions n’ont cessé d’augmenter entre une population dite « pro-russe » et une autre qui souhaiterait un pivot davantage tourné vers l’Europe. Une situation qui s’explique en partie par l’histoire de l’Ukraine, qui a obtenu son autonomie en 1991, après de multiples dominations extérieures (Pologne, Russie, empire Austro-Hongrois puis URSS). Le bilan des victimes de cette guerre civile s’élèverait à 4 800 morts en l’espace de neuf mois.

 

Adèle Binaisse

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