International, Politique

Un 100e anniversaire difficile pour les accords Sikes-Picot

Le 16 mai 1916, le diplomate britannique, Mark Sikes, et le Français, François-Georges Picot, négocient et signent les accords qui portent aujourd’hui leurs noms. Ces documents morcellent l’Empire ottoman et répartissent ses provinces sous l’égide du Royaume-Uni et de la France malgré la promesse d’indépendance faite aux Arabes à la fin de la guerre.img_1693Aujourd’hui, ces frontières du Moyen-Orient de plus en plus contestées depuis leur création sont en train de changer, c’est le cas de la frontière entre la Syrie et l’Irak bientôt effacée par l’État Islamique (EI).

Tracées officiellement en 1920, les frontières qui ont redessiné l’Empire ottoman et ses provinces ont été établies comme dans le cas de l’Afrique après la décolonisation, de façon hasardeuse sans prendre en compte ni les enjeux ethniques, ni les enjeux religieux et encore moins les facteurs politiques de la région. D’autant plus que dans cette région du Moyen-Orient, le clivage entre les deux familles de l’islam est omniprésent et la coexistence entre sunnites et chiites est fragile. Aujourd’hui, cent ans après la signature de ces accords, les dégâts de cette géopolitique à main levée sont plus que visibles.

L’État Islamique, à l’instar de son chef sunnite autoproclamé Abu Bakhar Al-Bagdadi, suit une logique d’expansion territoriale de l’est de la Syrie à l’ouest de l’Irak. L’objectif de l’EI est donc de réaffirmer les sunnites dans la région et d’ainsi réunifier les musulmans du Moyen-Orient. Il a effectivement réussi depuis 2014, à s’installer dans les zones de peuplement sunnite contre les pouvoirs chiites en présence, le régime de Bachar al-Assad par exemple en Syrie a été le premier déstabilisé. Son régime répressif auprès des populations sunnites est mis en cause tout comme la marginalisation de ces peuples en Irak qu’effectue Nouri al-Maliki à l’époque.

L’EI a donc géré son expansion, si bien qu’il déploie sur ce nouveau territoire les ministères nécessaires à la gestion d’un État avec une capitale économique proclamée et installée à Mossoul en Irak et une capitale politique à Raqqa en Syrie.

Alors que la récupération de la ville d’Alep par les forces armées syriennes accompagnées des Russes se joue encore. Elle est arrivée à un stade critique qui pousse l’opinion publique et les citoyens du monde entier à agir. Les Syriens encore présents à Alep ne cessent d’appeler à l’aide pour être évacués via les réseaux sociaux. Les rebelles en échec persistent autour de ces populations qui entre l’exode et la guerre ont choisi de rester dans leur pays et d’attendre l’aide internationale. C’est aussi l’avenir de la ville de Mossoul, en Irak, fief de Daech depuis 2014, qui est en suspens. L’EI, qui contrôlait il y a encore deux mois et demi cette ville, est actuellement en train de défendre tant bien que mal son ancien fief contre la force antiterroriste irakienne appelée la division d’or.

Le Liban a été marqué en 2016 par l’élection tant attendue d’un président de la République. Après presque trois ans sans vie politique officielle, le chef du parti chrétien Michel Aoun est élu par le Parlement le 31 octobre 2016. Ce blocage des institutions libanaises a été le fruit du système politique libanais. Ce dernier repose sur un partage des pouvoirs politiques entre les différentes communautés et rien ne pouvait être mis en place tant que les membres du Parlement ne tombaient pas sur un consensus. Le Liban a beaucoup été affecté par le conflit syrien, car la minorité chiite du pays, politiquement incarnée par le Hezbollah, a pratiquement créé un État dans l’État. Ce dernier s’est engagé dans la guerre en Syrie, mais aussi au Yémen et en Irak.

La région du Moyen-Orient est plus que jamais victime de cette guerre. Les réfugiés syriens fuient vers les pays voisins, l’EI sème la terreur, les chefs d’État sont installés dans une guerre froide pour obtenir le leadership de la région.

À l’image de l’Iran, qui a acté son retour sur la scène internationale par la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet 2015, et qui est de nouveau plus que jamais en concurrence avec la Turquie.

La communauté internationale et l’Occident ont failli dans leur mission. Grâce aux nouvelles technologies, l’inconnu de la guerre ne l’est plus et nous pouvons tous observer les ruines et les explosions en arrière-plan de ces vidéos de témoins qui appellent à l’aide. À Alep, l’enjeu était de détenir le nord de la Syrie pour pouvoir faire pression sur Damas pour tenter de faire chuter le régime répressif du président Bachar al-Assad, dont l’alliance avec le Hezbollah chiite et le président russe Vladimir Poutine crée des inquiétudes. L’enjeu de la région est également que l’ONU signe un accord avec la Russie et la Syrie pour que les forces armées stoppent les bombardements afin d’évacuer les populations.

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, vient de terminer son mandat. L’homme de paix avait entamé une série de pourparlers réunissant la Russie, la Syrie et l’Occident. Antonio Guterres, son successeur à partir du 1er janvier 2017, a insisté lors de sa nomination le 12 décembre, sur la nécessité d’ « une réforme globale de la stratégie et des opérations de l’ONU ».

Nous ne pouvons prédire quels seront les surprises et les défis que nous réserveront ces alliances renforcées durant l’année 2016 et les nouvelles présidences de 2017. Elles seront en tout cas décisives pour l’avenir de cette région du Moyen-Orient.

Pascale-Mahé Keingna

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *