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Un an après l’attaque de Daech, les Yézidis demandent la reconnaissance d’un génocide

Les membres de la communauté yézidie appellent à la reconnaissance d’un génocide après le triste anniversaire de l’attaque de l’organisation Etat islamique, alors nommé Etat islamique en Irak et au Levant.

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Ce serait le 73ème, le 73ème génocide en mille ans contre la population yézidie, d’après le psychologue Azat Barış, s’exprimant au nom de la Fondation culturelle yézidie lundi à Istanbul.

Selon des estimations, 5000 Yézidis auraient été tués et 7000 autres auraient enlevés durant l’année 2014. Pour Azat Barış, il n’y a pas de doute, c’est bel et bien un génocide, une « extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales ».

Une crise humanitaire majeure

Il y a un an jour pour jour, le groupe Etat islamique en Irak et au Levant prenait la ville de Sinjâr. siège de la communauté yézidie, provoquant la fuite d’une grande partie d’entre eux à l’Est, en direction du Kurdistan irakien et de la ville d’Erbil.

Dans leur fuite, nombreux sont massacrés, enlevés, et violées dans le cas des femmes. A l’époque, la mise en esclavage de nombreuses femmes yézidie a indigné une grande partie du monde. Ce sont d’ailleurs ces actes de barbaries qui avaient poussé Barak Obama et la coalition internationale à intervenir en frappant les bases de Daesh. Après la fuite des peshmergas, ce sont finalement les milices du YPG qui se feront connaître en brisant le siège des djihadistes, libérant le reste des civils bloqués au sein de la ville.

Des évaluations établissent à environ 40 000 le nombre de réfugiés, répartis entre l’Irak, la Syrie, l’Iran et la Turquie. Le territoire turc aurait accueilli jusqu’à 10 000 Yézidis fuyant la menace djihadiste. C’est donc face à une nouvelle crise humanitaire que les différents gouvernements et ONG durent faire face avec cette persécution perpétrée par le groupe Etat islamique, une de plus à l’encontre de la population yézidie.

Pourquoi ces fréquentes persécutions ?

Le yézidisme est une religion monothéiste, trouvant pour certain son fondement dans l’Iran antique. Pour d’autre elle est un dérivé de l’Islam sunnite auquel on aurait ajouté des éléments plus anciens. Force est de constater que les liens théologiques avec l’Islam sont omniprésents. Ils représentent une minorité au sein de la communauté kurde, majoritairement sunnite.

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Ali Atalan.

Les Yézidis croient un Dieu unique entouré de sept anges. Le chef de ces derniers se nomme Malek Taous, « l’ange-paon », vénéré par les Yézidis mais considéré comme un diable dans la plupart des branches de l’Islam. C’est cette divergence dans la croyance qui a valu à ce peuple de nombreuses persécutions dans l’histoire.

Ali Atalan, un membre du parti allemand Die Linke et parlementaire turc sous l’étiquette du HDP, a même déclaré récemment que la communauté yézidie aurait aujourd’hui dû représenter 40 millions de membres sans tous ces génocides (contre 700 000 à travers le monde aujourd’hui). Si la véracité de ce chiffre ne peut être établi, il est sûr que ces différentes persécutions au cours des derniers siècles ont participé, si ce n’est à la chute, du moins au maintien du nombre de Yézidis.

Une demande de reconnaissance claire

sinjarAvant l’afflux de 10 000 réfugiés yézidis consécutif au massacre de Sinjâr, la Turquie ne recensait que quelques centaines de membres de cette communauté dans des villes du sud telles que Şanlıurfa, Batman ou Mardin. Ils étaient pourtant environ 80 000 dans les années 1970 mais la plupart avait gagné l’Europe dans le sillage de la forte émigration turque vers l’Allemagne, fuyant un climat hostile à leur égard. Voulant sensibiliser la communauté internationale à la situation des Yézidis persécutés, Ali Atalan demande « que la Turquie soit le premier pays à reconnaître ce massacre comme un génocide », pour « soutenir le cri silencieux des Yézidis et les aider » dans le peu de résistance qu’il reste au sein de la ville de Sinjâr.

Adrien Cluzet

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