Chroniques, Le choix de la rédaction

Un Conte d’hiver

La Grèce a été obligée d’organiser des élections anticipées le 25 janvier 2015. Au-delà de toutes les espérances, la coalition de gauche radicale Syriza y remporte une victoire éclatante en obtenant la majorité absolue au Vouli, le Parlement grec. Fort de cette victoire, le leader du Parti, Alexis Tsipras, opposant farouche à l’accord conclu entre la Grèce et la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international, Banque centrale européenne) concernant le plan d’austérité en Grèce, annonce dans la foulée la suspension dans les meilleurs délais des réformes institutionnelles et la reprogrammation de la dette grecque qui en dépend. Tsipras, qui avait annoncé que le vent de changement dont avait besoin l’Europe soufflerait depuis la Grèce, affirme que l’Espagne et la République d’Irlande suivront cet exemple.

Suite aux contestations européennes, la Grèce envisage de quitter immédiatement la zone euro composée de 19 pays européens. Cette décision entraîne des discussions au sein de la Commission européenne qui avait déclaré auparavant que toute tentative de ce genre était close pour la Grèce. En Espagne, le mouvement Podemos renforce sa vitalité et sa présence sur la scène politique nationale. Le mouvement pourra selon toute vraisemblance devenir la première formation politique du royaume ibérique avec les prochaines élections. Des revendications de gauche essaiment au sein de l’UE, s’opposant catégoriquement aux mesures d’austérité de l’Union jugées ultralibérales et destinées aux intérêts du capital, au lieu de servir à l’amélioration des systèmes sanitaire et éducatif, de la sécurité sociale, ou à la création de nouveaux emplois.

D’autre part, la grande vague de protestations, enclenchée par le lâche attentat perpétré en France contre le magazine satirique Charlie Hebdo, a pris deux chemins radicalement opposés. Le premier est modéré et libéral, défendant les droits civiques et religieux des minorités existant sur le territoire européen et tenant en considération les idéaux humanistes universelles. L’autre, possédant des aspirations nationalistes déclarées et considérant la présence des étrangers comme une menace primordiale pour l’emploi des autochtones, est anti-européen, xénophobe, opposé aux minorités ethniques et religieuses, et, bien sûr, islamophobe. C’est l’apogée de la propagande prédisant la fin de l’identité européenne et des valeurs occidentales. Le mouvement Pegida, fer de lance “des patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident” qui avait commencé ses actions en Saxe, a rapidement pu étendre son influence dans toute l’Allemagne et même au-delà des frontières, à commencer par l’Autriche et la Flandre.

L’Union européenne, malmenée, gangrénée par les populismes radicaux de gauche et de droite, est vaincue…

Bien sûr, tout ce scénario, comme précisé dans le titre, est totalement imaginaire. Certes, les élections grecques auront eu lieu mais leur résultat ne sont pas encore connus au moment de la rédaction de cet article. Par contre, nous pouvons facilement affirmer que, depuis des décennies, les milliers de bureaucrates et politiciens en charge de l’Union européenne, avec toutes leurs armées de conseillers et leurs ONG confondues, n’ont jamais pu ou su convaincre le citoyen européen ordinaire, quelle que soit sa nationalité, de l’utilité et de la nécessité de l’Union. Ceux qui ne sont pas parvenus à enthousiasmer l’homme de la rue avec ce grand projet européen sont en grande partie responsables des débandades que vit l’Union de nos jours.

Eren Paykal

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