Environnement, International, Politique, Société

Un drame écologique, des tensions sociales et internationales

Vendredi 24 janvier, 7 h 20, Paris se réveille avec des températures avoisinant zéro degré. De ma fenêtre, je vois les passants emmitouflés qui marchent à pas rapide. C’est l’heure de pointe, mais l’avenue semble calme. En revanche, sur les trottoirs, c’est un concert de trottinettes électriques avec leurs clignotants lumineux. Pas de bus en vue. En cette matinée glaciale, les grands absents sont les transports en commun en raison d’une journée de mobilisation et de grève contre le projet de réforme du système de retraite qui sera présenté ce matin au conseil des ministres.

Il a fallu deux ans et demi de préparation pour bâtir ce projet de réforme qui a provoqué plus de deux mois de grèves et de manifestations. Une majorité de Français ne comprend toujours pas cette réforme, et la rejette. Alors que le bras de fer continue entre les syndicats et le gouvernement, ce dernier est déterminé à mener le projet à son terme. En effet, après son adoption au conseil des ministres, le projet de loi sera présenté à l’Assemblée nationale où le gouvernement détient la majorité nécessaire pour qu’il soit voté. L’exécutif semble remporter la bataille, mais tout n’est pas encore joué. Quoi qu’il en soit, un mouvement de mécontentement et de revendications sociales est en marche. Si cela s’incarne dans la lutte contre cette réforme des retraites, il pourrait à tout moment faire basculer les choses.

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Nous sommes entrés en 2020 avec les images insoutenables des feux de forêt dévastant des millions d’hectares en Australie. Le monde entier regardait impuissant « l’Est de l’Australie ravagée par des feux de brousse colossaux et incontrôlables ». Il semblerait que ces incendies d’été n’ont rien d’exceptionnel dans ce pays-continent, mais cette année ils ont commencé plus tôt et leur progression a été favorisée par la sécheresse, des vents forts et des températures particulièrement élevées. Pour la majorité des Australiens, l’amplification de ce phénomène s’explique par le dérèglement climatique.

Le Premier ministre conservateur Scott Morrison a fini par reconnaître que « le changement climatique contribue à ce qui se passe aujourd’hui », mais il refuse que son pays renonce à l’industrie du charbon dont il est le premier exportateur mondial.

C’est « un drame écologique sans précédent », car ces feux ont non seulement brûlé des millions d’hectares de flore, mais ils ont aussi causé la mort « de plus d’un milliard d’animaux en Australie, le pays des kangourous, et près de 30 % des koalas, ces marsupiaux endémiques symboles de l’île, dans l’État de Nouvelle-Galles du Sud ».

Le 17 janvier 2020, les précipitations abondantes ont fini par éteindre la majeure partie de ces incendies exceptionnels, mais la question de la politique énergétique de l’Australie est clairement remise en question. Ainsi, pour Jamie Hanson, directeur des campagnes de la branche australienne de l’organisation Greenpeace, « les mines de charbon australiennes nourrissent littéralement les incendies. À l’échelle mondiale, le gouvernement a joué un rôle régressif sur le climat, cherchant activement à saper les progrès mondiaux, prenant les engagements les plus bas possible en matière de réduction des émissions et cherchant à utiliser des astuces comptables pour les atteindre ».

Sans conteste, la politique énergétique irresponsable de l’Australie est à l’origine de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi au réchauffement climatique et favorisant les vagues de chaleur, les sécheresses et enfin les départs de feux. Rappelons que les études en paléoclimatologie montrent un lien entre les réchauffements climatiques brutaux et la propagation des incendies.

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2020 avait à peine commencé que nous assistions à une escalade des tensions internationales extrêmement préoccupante entre l’Iran et les États-Unis. Cette crise a commencé en mai 2018 lorsque le président américain Donald Trump a déchiré l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien qui a été conclu en 2015 entre l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et l’Allemagne sous l’impulsion — bien évidemment – de l’ancien président américain Barak Obama. Le plan d’action conjoint avait pour objectif de limiter le programme nucléaire de l’Iran en échange de la levée des sanctions économiques imposées à Téhéran. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran continuait à respecter l’accord quand le magnat de l’immobilier a pris sa funeste décision. Depuis, Donald Trump a instauré de lourdes sanctions économiques à l’encontre de l’Iran afin d’asphyxier l’économie du pays et obliger les Iraniens à négocier un nouvel accord, car pour le locataire de la Maison-Blanche l’accord de 2015 est « le pire accord de l’histoire ». Malgré la stratégie américaine de la « pression maximale », Téhéran refuse une renégociation complète, le rapport de force actuel n’étant pas à son avantage, et a décidé de ne plus respecter l’accord de Vienne.

Concernant la position de l’Iran, voici ce qu’indique Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de plusieurs ouvrages sur l’Iran : « Les sanctions américaines sont d’une brutalité absolue. L’objectif américain est d’étouffer l’économie iranienne et renverser le régime des mollahs. Et les Européens ont laissé faire, car ils n’étaient pas prêts à résister aux États-Unis pour un certain nombre de raisons – du fait de l’alliance transatlantique entre autres. Par ailleurs, l’Europe ne dispose pas nécessairement des instruments juridiques qui permettent de s’opposer à l’extra-territorialité du droit américain. Mais si l’on met à part ces facteurs, on n’a pas senti de volonté de s’opposer à l’agenda du gouvernement américain de la part des Européens, qui ont validé les sanctions comme un état de fait. À partir de mai 2018, Trump impose aux entreprises européennes le chantage suivant : ou bien le marché américain, ou bien le marché iranien. Il ne s’est trouvé aucun représentant politique européen pour protester ; les entreprises européennes ont donc été abandonnées face au droit américain. Un rapport de force est à l’œuvre, au mépris absolu du droit international ; s’il s’agit d’une expérimentation visant à tester l’application du droit américain au reste du monde force est de constater que l’Europe a laissé faire ». 

Au fil des mois, le bras de fer diplomatique et économique s’est accentué et la tension s’est intensifiée. Après les attaques de sites pétroliers en Arabie saoudite par l’Iran en septembre, Donald Trump a ordonné le 2 janvier l’assassinat du chef des forces spéciales des Gardiens de la révolution islamique, le général Ghassem Soleimani. Cette attaque a surpris et a engendré de nombreuses questions : jusqu’où ira l’escalade ? Quelle sera la riposte de l’Iran ? Y aura-t-il une guerre entre l’Iran et les États-Unis ? La paix est-elle en péril au Moyen-Orient ? Dans la nuit du 7 au 8 janvier, Téhéran a riposté en lançant des missiles contre des bases militaires américaines en Irak, mais sans viser directement les soldats qui s’y trouvaient. L’objectif était de démontrer sa capacité de contrattaque. Trump n’a pas renchéri ; il n’avait pas l’intention de déclencher une guerre alors que se profilent les élections présidentielles. Néanmoins, le bilan de cette crise est très positif pour le chef de l’État américain tout comme pour l’aile conservatrice du pouvoir en Iran.

Mais n’oublions pas les 176 victimes « collatérales » de ce regain de tensions, soit les passagers et le personnel à bord du Boeing 737 d’Ukraine Airlines, abattu « par erreur » par des missiles iraniens dans la nuit du 8 janvier. Cet incident a porté un coup dur au régime qui avait su réunir le peuple iranien derrière lui après l’assassinat de son général.

Si nous ne voulons pas assister à une nouvelle escalade des tensions et à une éventuelle guerre au Moyen-Orient, il est indispensable que les Européens réagissent et qu’ils sauvent ce qu’il reste de l’accord de Vienne.

Mireille Sadège, rédactrice en chef

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