Société, Sport

Un Euro pour faire oublier les polémiques et réunir (enfin) la France

C’est sur une note sportive positive que se déroule l’Euro 2016, l’Equipe de France s’étant qualifiée pour les quarts de finale, après s’être imposée (2-1) face à l’Irlande le 26 juin dernier. Une victoire qui lance la grande conquête d’une équipe (trop) minée par les multiples polémiques.

Maillot_géant_équipe_de_FranceEn effet, la préparation de la sélection a été cauchemardesque, entre polémique, récupération politique, cascade de blessures et choix sportifs controversés, les semaines précédant l’Euro n’ont été ni idoines ni propices à une préparation saine.

La non-sélection de Karim Benzema pour des raisons judicaires, et d’Hatem Ben Arfa pour des raisons en apparence sportives ont en effet provoqué une très vive polémique.

Les choix du sélectionneur Didier Deschamps n’ont pas manqué d’être discutés, la première pique venant d’Éric Cantonna, contempteur régulier du sélectionneur. Le King a suggéré dans le Guardian que la non-présence de ces deux joueurs étaient due à leurs origines nord africaines. L’humoriste Jamel Debouzze a pour sa part regretté que ces deux joueurs « payent la situation sociale de la France aujourd’hui », des propos malencontreux pour lesquels il a ensuite présenté ses excuses.

Enfin, Karim Benzema est lui-même revenu sur sa non-sélection dans une interview avec le quotidien madrilène Marca, dans laquelle il a déclaré que Deschamps avait « cédé à une partie raciste de la France ».

Une perche bien trop grande pour les politiques qui, symbole d’exemplarité oblige, n’ont pu s’empêcher de s’immiscer dans le débat et de chacun glisser un petit tacle à l’attaquant du Real Madrid.

Florian Philippot vice-président du Front National s’est fendu d’une diatribe sur Twitter, déclarant que « le peuple français [n’avait] pas supporté les accusations [de Benzama] indignes par ce qu’[il] fuyez [ses] responsabilités. »

A droite, Nathalie Koscuisko-Morizet, François Fillon ou encore Jean-Pierre Raffarin ont successivement qualifié de « médiocre » « d’insupportable » et « d’immature » les déclarations de l’ancien lyonnais.

Le député PS des Yvelines, Benoit Hamon, a pour sa part estimé que : « Benzema a raison de dire que nous sommes un pays où le racisme augmente » et que « ça faisait plaisir à beaucoup de Français qu’il ne soit pas sélectionné ». Mesuré, il a tenu à rappeler son intime conviction que « Deschamps [n’était] pas raciste ».

Rappelons que quelques semaines auparavant, lors du débat sur la sélection de Benzema suite à sa mise en examen dans l’affaire de la sex-tape de Valbuena, Manuel Valls avait fait preuve d’une regrettable ingérence en déclarant le 15 mars que « les conditions [n’étaient] pas réunies pour que [Benzama] vienne en équipe de France. »

Cette sortie médiatique avait mis en péril la souveraineté de Deschamps et avait provoqué l’ire d’un François Hollande irénique qui avait, selon le Canard Enchainé, sommé son Premier ministre et son ministre des Sports, Patrick Kanner d’« arrêtez [leurs] conneries ».

Ces multiples réactions reflètent comme souvent les problèmes et les débats identitaires qui excavent l’Hexagone.

Rappelons qu’en 1998, à l’occasion de la coupe du monde en France, la préparation des Bleus n’avait également pas été idyllique. Didier Deschamps, alors capitaine de l’équipe, avait souligné la difficulté d’obtenir l’adhésion populaire : « À nous de susciter ce courant de sympathie. Même si, en France, c’est plus difficile à obtenir qu’ailleurs ». Des propos datant du siècle dernier, mais toujours d’actualité.

Il est judicieux de souligner que la France n’est pas la seule nation à avoir un rapport aussi clivant avec sa propre équipe, des polémiques similaires ayant également émergé sporadiquement dans d’autres pays, en Italie, en Angleterre ou en Allemagne par exemple.

Récemment le vice-président du parti populiste allemand AfD, Alexander Gauland avait estimé que les Allemands ne voudraient pas du défenseur allemand d’origine ghanéenne, Jérôme Boateng, comme voisin. Une polémique rapidement essoufflée, Boateng ayant été champion du monde deux ans auparavant, jurisprudence du succès sportif s’appliquant implacablement.

Le football est donc un sport indéniablement porteur de vecteurs socio-culturels. Conséquemment, l’équipe de France est plus qu’une simple équipe de football, elle dégage des signaux positifs ou négatifs au gré de ses résultats sportifs, mais aussi des frasques de certains de ses acteurs.

Ce n’est donc pas uniquement une pression populaire sportive que les 23 joueurs ainsi que Deschamps et son staff ont sur les épaules, mais aussi le pouvoir d’unifier tout un pays rongé intérieurement par les divergences exacerbées d’opinions et les problèmes socio-culturels.

Comme l’expliquait Le Monde dans son édito du 2 juin : « Cette agitation raconte la place déraisonnable qu’a prise le jeu de football dans notre société. Les Bleus sont devenus, plus que nos représentants, une forme de miroir où le pays s’observe. Puisque parabole il semble y avoir, la polémique Benzema dit comment la France est aujourd’hui malade socialement ; à la fois désunie et affaiblie dans ses valeurs ».

Nul doute qu’une victoire de la France à l’Euro créerait un formidable engouement populaire à l’image de celui de 1998, et permettrait également de réunifier (un court instant) un pays trop divisé par certains maux de notre société. Force et paradoxe d’un sport tant clivant que passionnant.

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