Culture, Découverte

Un front d’Orient dans la Grande Guerre : la bataille des Dardanelles a 100 ans

En février 1915, le plan de Churchill de mettre cap à l’ouest pour préparer le siège des Dardanelles est mis à exécution. Les motivations sont doubles : permettre le transit entre la mer Noire et la Méditerranée et dégager cette voie de communication avec la Russie, qui se bat dans le Caucase au même moment. Cette bataille peu connue par les Français est fondamentale pour les Turcs, qui la célèbrent cette année, notamment à travers une exposition au musée de İş Bankası d’Istanbul.

Contrôler les détroits et la porte d’Orient

Après l’échec militaire de la Deuxième Guerre balkanique en 1914, les Jeunes-Turcs, mouvement nationaliste, accèdent au pouvoir et s’allient à l’Empire allemand. La bataille des Dardanelles opposa donc en ce début de Grande Guerre les troupes franco-anglaises aux troupes germano-turques. Pour l’Empire ottoman, qualifié d’ « homme malade de l’Europe » par le tsar Nicolas Ier après la perte d’une grande partie de ses territoires, il s’agit de garder le contrôle sur les détroits et de faire valoir sa puissance. Les troupes des Alliés, qui s’attendaient à combattre des Turcs peu armés, ont eu affaire à des hommes vaillants et courageux, équipés d’une artillerie lourde, de mitrailleuses et d’avions. L’État-major du Sultan Mehmet VI est composé d’officiers allemands déguisés tandis que le commandement des opérations est un général allemand, Otto Liman von Sanders.

Les erreurs stratégiques des Alliés feront la victoire de l’armée ottomane

La France, alors deuxième puissance coloniale, rassemble des troupes en Afrique noire et occidentale, tandis que l’Angleterre va chercher des renforts en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Le 18 mars 1915, les cuirassés des Alliés tentent un assaut dans les Dardanelles. La stratégie est la suivante : les quatre cuirassés de la Royal Navy ouvrent la voie, et les Français suivent avec quatre autres navires appelés le Charlemagne, le Bouvet, le Gaulois et le Suffren. Les fonds marins s’avèrent dangereux : des mines ont été posées et les courants portent vers la mer Egée. Le Bouvet sombre, touché par une mine. Sur les 700 soldats à bord, seuls 70 survivent au naufrage. Ce jour-là, trois cuirassés coulent au total.

Le 25 avril, les troupes de l’ANZAC, commandées par le général Hamilton, tentent de traverser le détroit par la terre, au nord de la rive européenne, par la péninsule de Gallipoli. Pendant ce temps, les Français font diversion au fort de Kumkale, sur la rive asiatique. A Gallipoli, les corps-à-corps sont violents et les Turcs, armés de baïonnettes, bloquent l’armée de l’ANZAC qui a débarqué sur une crique rocailleuse. Les troupes de l’ANZAC sont décimées. La date est d’ailleurs aujourd’hui un jour de commémoration en Australie et en Nouvelle-Zélande. Une deuxième section britannique, sur la pointe sud de la péninsule, ne parvient pas à avancer. Ce grand échec des Alliés sera une victoire pour les Turcs ; la première pour le jeune officier qui deviendra le père de la nation turque, Mustafa Kemal.

Au total, le bilan humain de cette guerre sera de 50 000 morts dans chaque camp. Les Anglais battent en retraite également, et quittent les Dardanelles en décembre 1915. Le Kaiser allemand Guillaume II se vante de cette victoire, tandis qu’en Russie germent les ferments de la révolution qui éclatera en octobre 1917.

À la fin de la Première Guerre mondiale, le traité de Sèvres qui scelle la paix entre les Alliés et l’Empire Ottoman est humiliant pour les vaincus. Mustafa Kemal refuse d’accepter ces conditions. La guerre d’indépendance, de 1919 à 1922, sonne l’acte de naissance de la République turque. La naissance de la nation moderne découle donc en partie de cette victoire de la bataille des Dardanelles.

L’exposition « Çanakkale 1915 » : hommage et devoir de mémoiredardanelles

A Istanbul, une exposition sur cette bataille a été inaugurée au début du mois de mars dans le musée İş Bankası, une banque fondée par Mustafa Kemal Atatürk. Elle permet de revenir sur les éléments importants de cette période ainsi que sur les explorations maritimes dans les eaux du Détroit, effectuées notamment par le curateur de l’exposition, Savaş Karakaş, plongeur chevronné. Une exposition peu lisible pour des non-turcophones, mais qui a le mérite d’allier les différents aspects de cette guerre des Détroits. Photographies, tenues militaires, maquettes, objets, lettres, cartes ; autant d’outils pour entrer dans l’Histoire et tenter de comprendre cette bataille centenaire.

Adèle Binaisse

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