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France : un gouvernement aux défis urgents

La déroute de la majorité socialiste aux dernières élections municipales aura sonné le glas du gouvernement Ayrault. Le Président de la République, François Hollande a annoncé lundi 31 mars la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre. Le nouveau gouvernement a été annoncé ce mercredi matin, sans grande surprise.

Les vingt-deux mois du gouvernement Ayrault auront donc été une épreuve difficile et presque cauchemardesque, agrémentée de quelques succès.

Sa plus grande réussite est sans aucun doute d’avoir réussi à faire passer la loi autorisant le mariage homosexuel et ce, malgré une importante mobilisation des antis de la Manif pour tous. Il a tenu bon, aidé, entre autres, par sa ministre de la Justice, Christiane Taubira, et qui constituait une des promesses de François Hollande durant sa campagne. L’autre élément à porter au crédit de l’ancien maire de Nantes est le passage en douceur de la réforme des retraites allongeant la durée de cotisations et créant un compte pénibilité. La loi sur le non-cumul des mandats ou encore la hausse du Revenu de solidarité active sont aussi à mettre à son crédit.

En revanche, ces vingt-deux mois auront été surtout marqués par des bévues et des réformes impopulaires qui ont fini de rompre la confiance accordée par les Français. Les couacs relatifs au cas Cahuzac, ex-ministre des Finances, les divergences au sein même du gouvernement ainsi que la hausse de la fiscalité avec des taux de prélèvement obligatoire, passés de 43,9% du PIB à 45,1%, auront participé à la longue chute de l’exécutif. Mais ce qui résonne le plus dans ce bilan constitue la hausse démesurée du chômage depuis deux ans avec plus de 435 000 nouveaux chômeurs. La situation du marché de l’emploi est catastrophique malgré les efforts faits à destination des jeunes notamment avec les emplois d’avenirs et les contrats jeunes générations.

Cette perte de crédibilité aura fini par faire sombrer le gouvernement Ayrault.

Le Conseil des Ministres

Le Conseil des Ministres

Manuel Valls, Premier Ministre

En réponse aux critiques des Français, F. Hollande a donc nommé Manuel Valls comme Premier ministre. Un choix quelque peu étonnant au regard des préoccupations sociales des Français mais qui sonne comme un revirement pour le Président, en quête de constance et d’affirmation d’une ligne politique plus claire et affirmée. Lundi 31 mars, en s’adressant aux Français, François Hollande a reconnu qu’il « était temps aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle étape ». Autour de ce « socialiste de droite », comme ses détracteurs aiment à l’appeler, cette nouvelle étape s’effectuera donc avec un gouvernement resserré mais représentatif des différentes orientations du Parti Socialiste.

La première surprise vient des écologistes d’EELV qui ont annoncé mardi ne pas vouloir prendre part au gouvernement Valls, alors que les promesses faîtes par Matignon semblaient favorables au parti vert. Un choix étonnant qui a donc obligé le Premier ministre à composer avec les socialistes et les radicaux de gauche.

Un gouvernement resserré 

Au total, 16 ministres nommés dont 13 l’étaient déjà sous le gouvernement précédent. Un jeu de chaise musicale qui montre finalement que le nouveau gouvernement représente les sensibilités, social-démocrate et social-libérale, de la double tête de l’exécutif.

Le chantier essentiel et primordial de ce gouvernement sera de porter le projet du Pacte de Responsabilité voulu et réaffirmé par F. Hollande lundi dernier. La lourde tâche incombera à Michel Sapin aux Finances publiques, qui devra « cohabiter » à Bercy avec Arnaud Montebourg, nommé, lui, à l’Économie. Ce double ministère, ainsi divisé, pose des questions quant à la gestion des relations avec l’Union Européenne dans la conduite du déficit public. Moins « eurocritique » qu’Arnaud Montebourg, M. Sapin devrait être chargé des négociations et de la question des fonds pour financer ce pacte de responsabilité. Quant à l’ancien ministre du Redressement Productif, il aura la lourde tâche des relations avec les acteurs économiques du pays pour appliquer ce projet majeur.

Les grands poids lourds « hollandais » du gouvernement restent à leurs postes et auront fort à faire pour garder la cohérence voulue par le Président. À l’image de Laurent Fabius aux Affaires Étrangères qui devra gérer la passe d’arme avec la Russie notamment. Jean-Yves Le Drian à la Défense s’attellera à gérer les interventions au Mali et en Centrafrique et à défendre le 3ème budget de l’État, susceptible d’être réduit. Stéphane Le Foll à l’Agriculture, un proche de F. Hollande, voit élargir son ministère à l’agroalimentaire et disposera notamment du porte-parolat de la présidence.

Tout comme Marisol Touraine aux Affaires Sociales et regroupant la santé, elle aura pour mission de s’occuper de la santé publique à travers une grande loi, abordant aussi la question de la fin de vie. Quant à Christiane Taubira elle conserve la chancellerie et devra ainsi continuer de travailler avec la magistrature pour continuer sa réforme de la Justice. Au ministère de l’Intérieur, le taiseux Bernard Cazeneuve remplace Manuel Valls, qui laisse derrière lui un bilan mitigé concernant l’insécurité.

Dans une autre mesure, une des surprises de ce nouveau gouvernement est la désignation de Benoît Hamon à la tête d’un portefeuille élargi regroupant l’Éducation Nationale, l’Enseignement Supérieur et la Recherche, une première depuis les années 1940 ! Le remplaçant de Vincent Peillon, très investi dans les milieux syndicaux enseignants, devra composer avec ceux qui se sont opposés à la réforme des rythmes scolaires de son prédécesseur.

Mais cette annonce marque surtout le retour, 22 ans après son entrée dans le gouvernement Bérégovoy, de Ségolène Royal dans un grand ministère de l’écologie et de la transition énergétique auquel elle se serait préparée depuis de long mois. François Rebsamen, enfin, maire de Dijon, arrive lui au ministère du Travail, de l’emploi et du dialogue social. La lutte contre le chômage, symbolisée par la mise en place du pacte de responsabilité, sera l’une de ses principales prérogatives. Enfin, la benjamine du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem s’occupera d’un ministère fourre-tout avec le droit des femmes, la ville, les sports et la jeunesse.

Les autres chantiers, comme celui de la décentralisation, sont confiés à Marylise Lebranchu. Aurélie Filippetti reste à la Culture, tout comme Georges Pau-Langevin à l’Outre-mers. En succédant à Cécile Duflot, Sylvia Pinel aura en charge le logement.

Ces nouveaux ministres qui se réuniront pour leur premier Conseil de Ministres, vendredi 4 avril, auront fort à faire dans les prochains mois pour tenter de redonner un élan à la France et faire taire les critiques.

 

Pierre Lelièvre

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