International, Politique, Société

Un imam de Nice, bouc émissaire du FN ?

Un imam de Nice se retrouve dans la tourmente après la parution d’une interview dans un journal italien où il mettrait en cause la laïcité française après les attentats. L’imam réfute ces propos et se dit victime d’une machination du FN.

Crowmus

Le 16 juillet, à Nice, deux jours après l’attentat terroriste qui a tué quatre-vingt-quatre personnes, cet imam de la mosquée Attaqwa reçoit un journaliste italien dans sa librairie islamique. Le reporter vient recueillir les impressions de l’imam, bien connu à Nice, sur la place de l’islam en France et la radicalisation de certains jeunes musulmans.

Trois jours plus tard, l’interview est publiée sur le site Internet du quotidien Il Giornale, avec le titre suivant : « L’imam de Nice : “La laïcité française est responsable des attentats” ». L’intéressé nie avoir prononcé cette phrase, que l’on ne retrouve pas dans le corps de l’interview, tout comme il nie avoir tenu d’autres propos qui lui sont prêtés. Mais le mal est fait…

L’effet papillon s‘enchaine, irrémédiablement. En véritable effet boule de neige, le Front national (FN), par la voix d’Olivier Bettati, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, demande à Manuel Valls d’« expulser du territoire » cet imam, qui est de nationalité française. Une pétition est lancée par le FN pour réclamer la fermeture de la mosquée Attaqwa et recueille plus de 9 000 signatures.

La préfecture des Alpes-Maritimes prend l’affaire au sérieux, puisqu’un signalement est transmis, le 22 juillet, au parquet, qui ouvre une enquête.

Sadouni est connu pour sa proximité avec les idées d’Hani Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans. La menace d’une fermeture administrative de la mosquée est brandie.

 « Une machination du Front national »

« Ce sont des propos que je n’ai jamais pensés, et encore moins prononcés. Je suis l’objet d’une machination pour se venger de mes prises de position contre eux », se défend l’imam, qui avait notamment appelé à voter contre le parti d’extrême droite aux élections régionales, en 2015. L’intéressé a porté plainte pour diffamation, le 28 juillet, contre Il Giornale et son journaliste.

La situation prend un nouveau tournant lorsque le quotidien Le Monde avance que Luca Steinmann, le journaliste italien, a été chargé en mars d’assurer les relations de Marion-Maréchal Le Pen avec la presse française lors d’un déplacement à Milan.

Philippe Vardon, le conseiller régional de la région PACA et responsable de la section FN de Nice, insiste sur la véritable polémique à savoir les propos de l’imam selon lui. Il montre ainsi à l’AFP des photos de publications Facebook écrites par Abdelkader Sadouni en 2014 et supprimées depuis. Ces publications expliquent « le djihad par l’absence de construction de mosquées en France et par l’islamophobie ambiante » et « émettent des doutes sur la réalité des vidéos d’égorgements de Daech » selon l’élu frontiste.

Le FN persiste et signe, il réfute tout complot à l’encontre de l’imam niçois. « C’est un journaliste de droite qui a une proximité avec la Ligue du Nord [parti italien allié du FN]. Mais cela ne suffit pas à remettre en cause son travail », avance Philippe Vardon.

Guillaume Asmanoff.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *