International, Politique

Un nouveau député d’origine turque en Finlande

La Finlande, pays au nombre d’immigrants le plus bas parmi les Etats scandinaves, a vu un changement au sein de son Parlement en avril dernier. Parmi les 200 députés débâtant dans la Sibelius-Akatemia figurent désormais deux immigrés : Nasima Razmyar, née en Afghanistan, et Ozan Yanar, né en Turquie.

Ozan Yanar représente le parti des « Verts », qui regroupe des politiciens issus de plusieurs courants ayant en commun leur opposition à la coalition du parti de centre-droit dirigé par le Premier ministre Juha Sipilä. Une élection étonnante dans un pays qui compte seulement 7 000 immigrés turcs, un nombre extrêmement bas en comparaison avec les immigrés d’origine somalienne ou encore iraquienne.

Ozan Yanar : vie et propos

yaznar-ozanFils d’architectes turcs, Ozan Yanar est diplômé d’économie à l’Université d’Helsinki. Son arrivée en Finlande est peu commune. Il raconte : « Je suis né à Istanbul où j’ai passé les trois premières années de ma vie avec ma famille. Ensuite, nous avons déménagé à Oxford, en Angleterre, en raison des études de mes parents, puis nous  sommes retournés à Istanbul. Et, quand j’avais huit ans, mes parents ont divorcé. Ma mère s’est remariée avec un Allemand, et mon père, lui, avec une Finlandaise. J’ai habité à Chypre pendant cinq ans, et, à l’âge de 14 ans, je suis allé rejoindre mon père en Finlande. »

Les souvenirs d’enfance stambouliotes d’Ozan Yanar, à Suadiye, sont plutôt positifs. « Je me rappelle de beaucoup de sons, de beaucoup de vie. On jouait au foot dans les rues. » Aujourd’hui encore, il lui arrive d’y retourner. Il fréquente notamment la rive asiatique, comme le quartier de Kadıköy. « J’aime toujours Istanbul. Helsinki est une ville beaucoup plus calme. Istanbul est une ville pleine de couleurs et de dynamisme. » Le jeune député est d’ailleurs un fidèle supporteur de l’équipe de football de Beşiktaş. « Beşiktaş est une équipe modeste qui n’achète pas de joueurs avec des sommes d’argent exagérées. Elle a les meilleurs supporteurs. Quand j’ai été élu, beaucoup de médias turcs ont publié des articles portant des titres tels que ‘Un fan de Beşiktaş est entré dans le Parlement finlandais’ », explique l’intéressé. Il ajoute en souriant : « L’équipe m’a envoyé un t-shirt avec le numéro 10 portant mon nom. »

Malgré tout, Helsinki, lui a tout de suite plu. Il a appris la langue finlandaise tellement vite qu’en huitième classe (dernière année de collège en France), ses camarades avaient du mal à croire qu’il ne vivait sur le sol finlandais que depuis deux ans. Il se rappelle : « Je me sentais un peu sans racines, et je m’étais dit que je voulais faire de la Finlande mon pays. »

Concernant son jeune âge, 28 ans, il affirme être fier qu’un nombre record de jeunes députés soient entrés au Parlement ce printemps. « En Turquie, en général, les hommes politiques sont plus âgés qu’en Finlande. »

Une opinion politique libérale

En Finlande, Ozan Yanar juge la politique économique du gouvernement centre-droit trop dure et souhaite s’attaquer au problème du chômage (actuellement 9,4 %). En Turquie, la situation est pour lui « trop tourmentée et chaotique pour pouvoir y participer » et il s’inquiète de « l’effondrement des principes d’un État de Justice ». Au contraire, il se réjouit des succès du Parti démocratique des Peuples (HDP), parti « libéral », aux élections de juin dernier, qui donne l’occasion au Parti de la Justice et du Développement (AKP) de « négocier et cohabiter avec d’autres partis ».

Une immigration réussie

Reconnaissant la chance qui est la sienne, Ozan Yanar avoue admirer le courage de la première génération d’immigrés turcs, qui ont fondé des pizzeria-kébabs. « J’ai beaucoup de respect pour eux », affirme-t-il, « ils ont montré un esprit d’entrepreneuriat en voulant se débrouiller par eux-mêmes. » De la deuxième génération, certains ont même connu un réel succès professionnel, comme Mert Otsamo, designer de mode dont le père est turc, et Ozan Odabasi qui joue dans l’équipe nationale des jeunes de basketball.

Après avoir vécu dans plusieurs pays, Ozan Yanar a du mal à s‘attacher à un pays plus qu’à un autre. Il conclut : « Je suis en même temps turc et finlandais, les deux identités ne s’excluent pas. »

Interview traduite du finnois en français par Juho Takkunen. Rédaction assurée par Juho Takkunen.

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