Cinéma

Un plus une : le compte est bon

affiche Un plus une Claude LelouchMettre à l’écran le véritable amour, ou du moins le sentiment amoureux présent et ressenti entre deux personnes, est l’une des choses les plus rare et difficile à capter. Cette chose invisible qui existe entre des personnages fous l’un de l’autre, qu’il faut réussir à filmer, c’est là tout l’enjeu du nouveau film de Claude Lelouch Un plus Une. Près de cinquante ans après Un Homme et une femme, le cinéaste nous replonge dans une atmosphère remplie de tendresse pour raconter une histoire d’amour comme il les adore.

Et pour cause, c’est pour les rôles principaux que ce dernier a choisi Elsa Zylberstein dans la peau d’Anna Hamon, la femme de l’ambassadeur de France en Inde interprété par Christophe Lambert, ainsi que Jean Dujardin incarnant le personnage de Antoine Abeilard, compositeur de musique de film, en couple avec une pianiste, jouée par Alice Pol. Comme dans tout film de Claude Lelouch, le côté autobiographique est présent notamment à travers certains clins d’œil comme le nom de famille porté par Antoine, qui n’est d’autre que le nom de famille de la mère du réalisateur.

« IL N’Y A RIEN QUI M’INTÉRESSE PLUS QU’UN HOMME ET UNE FEMME »

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Si cette histoire d’amour semble avoir été écrite d’emblée, elle est en vérité le fruit d’une collaboration voulue depuis de nombreuses années. Effectivement, c’est après des envies communes de travailler ensemble, que Claude Lelouch a décidé d’écrire ce film : « c’était donc la première fois que je faisais un film de commande affective » explique-t-il. Il met donc en scène Antoine lequel ressemble aux héros des films dont il compose la musique. Il a du charme, du succès et traverse la vie avec autant d’humour que de légèreté. Lorsqu’il part en Inde travailler sur une version très originale de Roméo et Juliette, il rencontre Anna, une femme qui ne lui ressemble en rien, mais qui l’attire plus que tout. Ensemble, ils vont vivre une incroyable aventure.

L’amour est donc le vrai sujet de l’humanité et les acteurs sont plus que convaincants. En effet, Jean Dujardin, lequel a commencé sa carrière dans Un gars et une fille, est aujourd’hui à son apogée d’acteur, plus que ça aux coté d’Elsa Zylberstein, il est vrai, juste et bouleversant.

Les histoires d’amour c’est la signature, l’empreinte même de Claude Lelouch, il sait les raconter de manière justes et subtiles, sans artifices et sans compromis : « mon métier est d’observer » dit-il, « le métier de la mise en scène c’est l’art de la curiosité et de la synthèse » ; avant d’ajouter qu’« il n’y a rien qui m’intéresse plus qu’un homme et une femme ».

LA SINCÉRITÉ ET L’AUTHENTICITÉ, LA SIGNATURE MÊME DE CLAUDE LELOUCH

Cette belle équation entre les deux personnages n’aurait jamais pu être possible sans la grande liberté laissée par le cinéaste à ses acteurs, tant dans le jeu que dans les dialogues où chaque comédien peut laisser cours à sa propre interprétation rendant ainsi la prestation plus vraie que jamais. L’authenticité est donc le maître mot et la méthode récurrente proposée dans tous les films du réalisateur. En effet, sa manière de filmer si originale et si propre à lui même entraîne le spectateur dans un véritable documentaire, sur la vie. Il filme sous forme de gros plan de manière à ce que l’on puisse ressentir les émotions, les sentiments mais aussi les regards qui expriment une intensité passionnante et envoûtante.

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Bien loin des longs métrages classiques, Claude Lelouch reste un cinéaste avec son style caractéristique, puisqu’il réussit à filmer des attitudes, des moments insaisissables qu’on ne peut faire qu’en effaçant la caméra, autrement dit en ne coupant les scènes que lorsque le jeu n’est plus persuasif, pour ainsi laisser libre court à la magie du cinéma. Les scènes sont filmées comme un reportage où les paysages presque picturaux de l’Inde s’offrent à nos yeux. Tels des tableaux vivants, ce décor, cette toile de fond donne un caractère indomptable mais si précieux aux situations du film, rendant aussi compte de la beauté de l’humanité.

UN FILM SUR L’AMOUR ET L’HUMANITÉ

Ce qui marque évidemment c’est l’omniprésence de couleurs chaudes, voire flamboyantes ce qui donne l’impression d’un réel spectacle coloré, harmonieux et positif. Cette même impulsion s’est également ressentie lors de la rencontre avec Amma. De ce fait, Claude Lelouch affirme qu’il aime « filmer les miracles », « ces moments impossibles à reproduire ».

Ce film s’interroge donc sur l’amour, sur le manière d’aimer, sur la complexité des rapports amoureux, sur des rencontres qui peuvent se solder par une incompréhension totale des personnages ou bien sur une envie de construire un avenir ensemble tout en s’apprivoisant. Il met en scène des histoires d’amour peu communes et dirait-on singulières. Les rapports amoureux entre les personnages pourraient avoir l’aspect d’un véritable chiasme où chaque couple inverse son ordre amoureux, attribuant alors tout son sens au titre Un + une, qui révèle une certaine impersonnalité et universalité, appropriée à n’importe quelle histoire.

DU GRAND CINÉMA !

La musique tient également une place très importante, voire essentielle. Si elle permet de rendre hommage par le personnage d’Antoine à tous les grands compositeurs que le cinéaste a rencontré comme Michel Legrand, la musique de Francis Lai dans ce long métrage — en étroite collaboration avec en premier violon, la femme du Premier ministre Manuel Valls, Anne Gravoin — est exceptionnelle, elle transporte, elle envoûte, elle permet même de renforcer certaines émotions, pour ainsi créer de nouvelles intensités, lui accordant une véritable tournure divine.

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Un plus Une est donc un formidable écho à l’emblématique chef d’œuvre de Claude Lelouch, Un Homme et une femme, qui lui a valu une Palme d’or à Cannes, deux Oscars, et quarante récompenses internationales. Chacun de ses films regorgent d’espoir et se terminent sur cette même note. Il offre également au spectateur ce qu’on lui propose de moins en moins à savoir des films conçus pour l’amour du 7ème art et non pas pour satisfaire l’industrie infernale du cinéma.

Au cinéma le 9 décembre

Charlotte Lelouch

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