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Un premier lycée musulman turc en France

Situé dans le quartier de Hautepierre à Strasbourg, le lycée Yunus Emre – du nom d’un poète soufi du XIIIe siècle – est le premier lycée confessionnel turc de France. Il a ouvert ses portes le 5 octobre dernier. 24 élèves y suivent un double cursus, celui de l’Education nationale française et de l’enseignement en vigueur en Turquie.

yunus-emre

Le projet est porté par l’Union des affaires culturelles turco-islamiques de Strasbourg (DITIB). Dans le but de calquer le modèle des bons lycées privés catholiques ou protestants strasbourgeois, qui obtiennent près de 100% de réussite au bac, mais en respectant la tradition musulmane, ce nouvel établissement d’enseignement secondaire vient d’ouvrir une classe de seconde. Il a déjà prévu d’ouvrir une classe de première en 2016 et une terminale en 2017. Si les effectifs sont pour l’instant modestes – 24 élèves et une dizaine de professeurs – ce sont entre 300 et 350 élèves qui pourront à terme rejoindre le lycée.

L’établissement, qui vise l’excellence, restera hors contrat pour au moins cinq ans, durée légale avant de pouvoir déposer une demande de reconnaissance par l’Etat, mais il affiche dès aujourd’hui sa volonté de se rattacher à l’enseignement français. Ainsi, les vacances seront calquées sur le calendrier officiel, avec une exception pour les fêtes de l’aïd du sacrifice (« kurban bayramı ») et de la fin du ramadan (« şeker bayramı »).

Dans un premier temps, les coûts seront financés par la DITIB, les frais de scolarités – entre 750 et 2 000 € selon le niveau de revenu des parents – et les dons. La participation de l’Etat turc au projet n’est pas très claire.

Selon des témoignages, c’est notamment la possibilité pour les filles de venir voilée et les cours de religion musulmane qui incitent les parents à inscrire leurs enfants. Car si les cours de religion (3h30 par semaine) sont facultatifs, beaucoup les choisissent afin de permettre un meilleur dialogue religieux en langue française, et pas seulement en turc ou en arabe. D’ailleurs, ces deux langues, facultatives également (2h00 par semaine), rencontrent moins de succès. C’est donc la volonté d’intégration qui domine, et celle de rappeler que l’islam est une religion répandue en France.

La première pierre d’un grand projet

Implanté dans une région où vit une importante communauté turque, le nouveau lycée se veut être la première pierre d’un grand complexe qui abriterait une faculté de théologie, une bibliothèque, un institut d’arts islamiques et une mosquée. La DITIB a d’ailleurs déjà fait l’acquisition de 22 000 m2 de bâtiments, ce qui en ferait, si le projet aboutit, le plus grand centre musulman d’Europe.

Si aucun accord n’a encore été signé entre la France et la Turquie, c’est peut-être ce qui arrivera à terme. Les 151 imams turcs de France ont en effet été contraints de rentrer en Turquie pour y recevoir leur formation ; mais à Yunus Emre, on espère que petit à petit, les futures générations pourront être formées directement en France. Le lycée se veut d’ailleurs l’antichambre de la future faculté de théologie du campus.

L’Alsace et la Moselle : un statut particulier pour la laïcité

La France est reconnue comme un Etat laïque. Pourtant, la fameuse loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ne s’applique pas partout. Adoptée en 1905, alors que les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle faisaient encore partie de l’Empire allemand, elle n’a jamais existé dans la région de Strasbourg, qui conserve les fondements du droit local issu du concordat de 1802. Ainsi, quatre cultes sont reconnus : le culte catholique, les cultes protestants luthérien et réformé, et le culte israélite.

Chacun des cultes reconnus possède des établissements publics placés sous la tutelle de l’Etat, qui nomme d’ailleurs l’archevêque de Strasbourg et l’évêque de Metz. Par conséquent, si de nombreuses décisions reviennent au Bureau des cultes dépendant du ministère de l’Intérieur, notamment en termes de gestion des biens et des legs, c’est également lui qui rémunère le « personnel » religieux.

En Alsace et en Moselle se pose cependant de plus en plus le problème de la reconnaissance de l’islam qui, malgré un nombre important de fidèles, reste exclu du système de soutien par l’Etat. Contrairement aux autres religions, il ne bénéficie donc d’aucune aide et d’aucune possibilité de formation. Un texte a été proposé à l’Assemblée nationale en 2006 afin d’intégrer le culte musulman au concordat ; sans résultats pour l’instant, malgré l’accord de principe des représentants des autres cultes.

 

Noémie Allart

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