Chroniques, Culture, Société

Un psychanalyste à l’épreuve de l’actualité

Christian Hoffmann, que le lycée Notre Dame de Sion avait accueilli il y a quelques années, retourne en Turquie. Cette fois-ci, il va animer un débat psychanalytique à l’université Galatasaray, ce qui démontre la vivacité des relations franco-turques d’une part, et l’intérêt que l’on éprouve pour la psychanalyse d’autre part. Des lycéens jusqu’aux universitaires, les noms de Freud et de Lacan passionnent les lecteurs, les étudiants et les universitaires turcs. L’une d’entre eux, Ceylin Özcan, a terminé ses études à l’université Paris 7, Denis Diderot et enseigne actuellement la psychanalyse lacanienne aussi bien à l’université Arel qu’à l’université Galatasaray. Cette dernière institution, comme d’ailleurs les lycées Saint Benoît et Notre Dame de Sion, ont toujours accueilli depuis une dizaine d’années toutes sortes de conférences sur cette discipline. Aussi bien Julia Kristeva qu’Elizabeth Roudinesco ont fermement défendu que notre époque, caractérisée par des dérives autoritaires mimant et répétant pour la neuvième fois les fascismes, a besoin de la psychanalyse et qu’elle seule est capable d’articuler la politique, c’est-à-dire ce qui est commun à des individus singuliers vivant dans un espace partagé et leur histoire intériorisée où la mémoire tisse dans une certaine intersubjectivité des traces plus ou moins indélébiles qui seront liées à la perte, à la recherche, à l’archive, etc. C’est dans le croisement de ces deux instances qu’un assujettissement servile peut se transformer en une assomption dialectique d’une subjectivité qui peut œuvrer pour qu’un certain nombre de symptômes disparaissent ou se transforment « sans perte grave » comme l’écrit Lacan dans un article consacré à ce sujet.

Christian Hoffmann fait aussi partie de cette poignée de psychanalystes qui se penchent sur les problèmes de notre temps. C’est le 27 février qu’il sera en Turquie, mais juste avant cette date, il participera le 23 février 2017 à Paris, dans sa propre université, à une réunion qui s’intitule : « La psychanalyse dans les démocraties contemporaines et ses dérives actuelles« . Il s’agira cette fois-ci d’échanges et de rencontres entre les psychanalystes français et brésiliens. Les philosophes s’ajouteront aux psychanalystes, puisque cette question de va-et-vient entre une servitude et une maitrise, entre un défi et une reprise, concerne aussi bien les savants que les philosophes.

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Quant au séminaire qui va se dérouler en Turquie, le débat portera sur le corps. De ce concept et de cette réalité, on a fait un grand abus depuis le XVIIIe siècle, puisque l’on a voulu renverser la dualité qui existait auparavant entre le corps et l’esprit au détriment de la matérialité donc en mettant aux nues le corps. Les choses sont évidemment plus compliquées et depuis Kant on exploite cette veine. Michel Foucault, dans les années quatre-vingt, avait examiné le problème du point de vue de la politique des États. Ceux-ci préconisent une sorte d’hygiène qui leur permet de diriger la vie de leurs citoyens. C’est ce que Foucault appelait une biopolitique en en suivant les méandres historico-financiers dans ses recherches. Quant à Lacan, après avoir analysé les intermittences du désir et de la loi, il a commencé à s’intéresser au corps en tant que lieu de jouissance, ce dernier concept faisant jonction entre plusieurs instances qui lient l’homme à l’autrui.

Voici les rencontres, les problèmes et les pays. Puissent ces échanges fructueux continuer grâce aux institutions démocratiques dont nous disposons.

Nami Başer

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