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Un restaurant chinois vandalisé à Istanbul en représailles aux persécutions des Ouïghours

A Istanbul le mercredi 1er juillet dernier, le restaurant Happy China a été vandalisé en débit d’après-midi par un groupe de jeunes nationalistes. « Nous ne voulons pas de restaurant chinois ici, foutez le camp », ont-ils crié après avoir brisé la vitrine. Une attaque en représailles à la politique chinoise d’oppression contre les Ouïghours, une ethnie turcophone de confession musulmane.

Le restaurant chinois a été attaqué mercredi dernier en soutien aux répressions et discriminations dont sont victimes les Ouïghours vivant dans le Turkestan oriental, dit Xinjiang, au nord-ouest de la Chine. Une attaque qui perd toutefois de son sens dès que l’on apprend que le propriétaire du Happy China, Cihan Yavuz, est un citoyen turc et son chef cuisinier, un Turc ouïghour.

Cet acte de vandalisme dans ce restaurant ouvert six mois plus tôt à Tophane, dans le quartier de Beyoğlu, a suscité l’indignation de son propriétaire : « Nous nous opposons aux incidents dans le Turkestan oriental et à la cruauté envers les Ouïghours. Nous sommes Turcs. Notre chef cuisinier est un Ouïghour turc. […] Notre clientèle est principalement composée de musulmans indonésiens. Nous travaillons avec des personnes en provenance de l’Est de l’Asie. Les Chinois ne représentent qu’une petite portion de nos clients. Nous ne servons pas de boissons alcoolisées. Et – bien que nous travaillons avec des musulmans – cette attaque s’est tout de même produite ». Une attaque dont le quartier de Tophane n’est pas à sa première expérience. Dans le passé, une bande de résidents du quartier avait attaqué une galerie d’art en 2010 puis en 2014, après que les propriétaires aient offert du vin à leur cérémonie d’ouverture.

Cihan Yavuz a annoncé aux médias qu’il souhaitait désormais fermer son restaurant, projet d’une vie dont le financement avait nécessité 25 années de travail en tant que guide. « Nous arrivions à peine à joindre les deux bouts, sans mentionner les dettes du restaurant. C’est fini. On essayait juste de gagner notre vie et de s’en sortir. Pour vous dire la vérité, je suis bouleversé d’avoir affaire à ce genre de controverse politique ».

Une controverse politique largement relayée par les médias turcs qui alimentent la polémique autour des Ouïghours chinois : persécutions, discriminations, oppression. Mevlüt Çavuşoğlu, le ministre turc des Affaires étrangères, a été jusqu’à mettre Pékin sur la liste de « ses préoccupations », notamment pour sa politique envers cette minorité musulmane dont la Turquie se veut la garante.

Interdiction du ramadan dans la région du Xinjiang

xinjiang_2Depuis le début du mois de juin, les gouvernements locaux de Xinjiang, intensifient leurs contrôles sur la foi islamique à laquelle adhère le peuple ouïghour à l’heure du Ramadan. Ces trois dernières années se sont multipliées des attaques souvent mortelles sur les Ouïghours. Alors que le Parti communiste chinois (PCC) dit protéger la liberté religieuse de chaque peuple, ce dernier garde néanmoins la mainmise sur le fonctionnement des institutions musulmanes. Car, en effet, depuis le commencement du ramadan, nombreux sont les annonces gouvernementales et les sites officiels qui ordonnent aux civils, étudiants et enseignants de ne pas pratiquer le jeûne.

Face à ces ordonnances politiques liberticides, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavuşoğlu a déclaré ce mercredi 1er juillet être « attristé d’apprendre que les Turcs ouïghours n’ont pas le droit de jeûner et d’observer les pratiques religieuse dans la région. »

Cependant, la porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, nie ces restrictions de nature religieuse puisque apparemment « la Chine souhaite entretenir de bonnes relations avec la Turquie (car) les gens de Xinjiang bénéficient de la liberté de croyance religieuse qui leur est accordée par la constitution chinoise. »

xinjiangLe harcèlement des Ouïghours sur le plan religieux n’est pas nouveau. Chaque année pendant le mois du ramadan, policiers et agents de renseignements surveillent la population. Ils en viennent même à repérer les habitations qui restent éclairées avant la levée du jour pour pouvoir se livrer à des intimidations et arrestations forcées.

Ces persécutions ont débuté dès octobre 1949, année de l’annexion de la région du Xinjiang par la République Populaire de Chine. Préoccupée par le scénario d’un sécessionnisme des Ouïghours – estimés à 10 millions d’habitants dans la région -, l’Empire du Milieu se dit prêt à tout pour empêcher une telle émergence dans sa partie la plus occidentale.

La discrimination ne s’applique pas seulement à la pratique de la religion musulmane, bien au contraire. Elle touche aussi la langue ainsi que les traditions culturelles. A cela s’ajoute une distinction également économique car l’accès aux emplois qualifiés est réservé aux Chinois Han, considérée comme l’ethnie majoritaire du vaste pays.

La Turquie et le monde s’indignent

Face à l’ampleur du phénomène et la recrudescence du nombre de victimes, une solution internationale a été trouvée en 2004 : la création à Munich d’un Congrès mondial pour les Ouïghours. Depuis 2006, c’est la charismatique Rebiya Kadeer qui dirige cette organisation financée par le Congrès américain qui, à travers elle, tente en vain de faire pression sur Pékin.

Même le Premier ministre turc de l’époque, l’actuel président Recep Tayyip Erdoğan, avait fermement condamné la situation en la qualifiant de « quasi-génocide », tandis que le ministre du Commerce et de l’Industrie de l’époque, Nihat Ergün, avait appelé à boycotter les produits en provenance de Chine.

Dès le début du mois de juin, plusieurs personnalités éminentes de Turquie, parmi lesquelles plusieurs professeurs universitaires, critiquent à travers des manifestations, l’interdiction du jeûne imposé aux Ouïghours de Xinjiang, rapporte l’agence d’information Anadolu.

Le porte-parole du Congrès, monsieur Dilshat Rexit, a résumé en quelques mots la gravité à la fois morale et religieuse de cette répression systématique : « En interdisant le jeûne du ramadan, les autorités chinoises chercher à arracher les Ouïghours à leur culture musulmane. »

C’est à travers cette forme de justice arbitraire et expéditive que s’accroit le risque de violences et de radicalisation.

Florie Cotenceau & Jessica Mauzole

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