Culture, Découverte, Environnement, Gastronomie

Un voyage à Hatay sur les traces d’une Histoire universelle

A l’extrême sud de la Turquie, la province d’Hatay se démarque du reste du pays de bien des manières. Anciennement syrienne, elle mélange cultures turque et arabe, autant dans la cuisine que dans les mœurs. Pointe isolée du plateau de l’Anatolie, Hatay est un passage obligé entre Orient et Occident, théâtre des nombreux pèlerinages vers la terre sainte qui ont traversés les âges. Récemment victime des externalités du conflit syrien, cette région gorgée d’Histoire a beaucoup plus à nous offrir que quelques faits divers d’une actualité tragique et omniprésente.

Hatay

La ville d’Antakya, concentré d’Histoire et de saveurs

La ville d’Antakya est très ancienne, originellement Antioche sur Oronte et fondée par les Séleucides en 300 av. JC, elle a traversé de nombreuses époques. Romaine, chrétienne, ottomane, la ville est chargée d’histoire et de monuments en tous genres, terrés entre les immeubles de béton symboles de la modernité de cette Antioche millénaire. Des 200 000 âmes qui vivent là, c’est au milieu du bazar, véritable cœur de la ville, qu’Antakya s’anime et s’emballe. Ce marché labyrinthique vous offrira de nombreux produits à des prix défiants toute concurrence stambouliote. Une petite balade dans le bazar et la découverte de ses rues adjacentes vous permettront d’apprécier nombre de cafés et petits restaurants traditionnels faisant la renommée gastronomique de la région. C’est ainsi que nous sommes tombés sur le Künefe de Mustafa, un délice à savourer accompagné d’un çay. En sortant des petites rues piétonnes centrales, nombre de mosquées, églises et synagogues sont à visiter pour comprendre toute la richesse culturelle et religieuse de Hatay. On peut citer la mosquée Ulu Camili datant du XVIe siècle ou encore l’église Haghios Petros Paulos et ses jolies icones. On y voit la cohabitation des différentes religions à l’heure où le vivre ensemble n’est plus une évidence.

HatayLa ville tente également de se démarquer par quelques uns de ses musées. Tout d’abord le nouveau musée archéologique, qui ouvrira ses portes dans les jours à venir, a l’ambition de proposer la plus grande collection de mosaïques du monde dans les mois qui viennent. Au delà des seules mosaïques, le musée offre un regard sur toute l’histoire archéologique de la région et de ses nombreux sites de recherches. Autre musée, celui des herbes aromatiques et médicales. On y apprend qu’Hatay est une terre particulièrement fleurie de ce type de plantes, elle n’en compte pas moins de 300. Un musée qui mériterait une présentation plus fournie et dynamique, bien qu’on savoure avec plaisir le thé rosé offert en fin de visite.

Deux attractions touristiques majeures se logent aux frontières de la ville. Tout d’abord, l’église Saints-Pierre-et-Paul, où Pierre, Paul et Barnabé auraient fondé la première communauté chrétienne. Il s’agit d’une grotte à flanc de falaise, déclarée lieu Saint par le Vatican en 1983, où les premiers chrétiens pouvaient se réunir en cachette. Le lieu fait aujourd’hui l’objet de nombreux pèlerinages et se trouve actuellement en rénovation. Autre lieu sympathique pour les touristes, Harbiye (Daphne), au sud de la ville, couverte de vergers, de jardins et de cascades, rappelant la beauté de la ville au temps des romains.

HatayHıdırbey ou le charme d’un petit village arménien

A mi-chemin entre Antakya et la côte Méditerranéenne, perdu dans les hauteurs d’Hatay, se trouve le petit village arménien d’Hıdırbey. Vous y trouverez, le long d’une route montagneuse et pittoresque, de nombreuses habitations traditionnelles, coiffées de grands lauriers et de jolies vignes. Le lieu, en plus de proposer des tarifs plus qu’abordables, est un havre de paix au milieu d’une nature florissante. Le village accueille en son sein un arbre millénaire au large tronc et aux longues branches ombrageant la place du village, faisait la renommée du lieu et de ses habitants. On vous recommande également le petit-déjeuner copieux proposé à l’entrée du village, dans la maison de Garbis, garnies de légumes frais et de spécialités locales.

Payas, son caravansérail et sa forteresse

HatayA quelques kilomètres au nord d’Iskenderun en longeant la côte se trouve la petite ville portuaire de Payas, peu touristique en soi, mais accueillant deux monuments immanquables si vous êtes de passage dans la région : une ancienne forteresse adossée à la mer dont l’existence précède l’arrivée des ottomans et un caravansérail datant du XVIe siècle. Tous deux se font face. Peu entretenue, la forteresse mérite tout de même une visite rapide. Composée de huit tours et surmontée d’un drapeau turc, elle garde son charme d’antan, et la nature, douce et immobile, reprend progressivement ses droits sur ce lieu bravant tant bien que mal les siècles et le temps qui file. Les plus courageux pourront se hisser au sommet des murailles et profiter d’une vue plongeante sur le caravansérail et la mer. Vient ensuite la visite du caravansérail. Il en existe beaucoup le long de cette route qui mène en terre sainte. Il s’agit d’un lieu de halte où fidèles et caravanes de marchants faisaient une pause au cours de leurs longs périples. Celui-ci fut construit vers 1570 pour Sokollu Mehmet Paşa, grand vizir de Soliman le Magnifique. Le complexe venait originellement remplacer la forteresse qui servait d’abri aux voyageurs et autres vagabonds. Il comprend une mosquée, un hammam, une medersa et un bazar couvert. La cour de la mosquée accueille l’un des plus vieux oliviers du monde, âgé d’environ 1300 ans. La visite au sein des murs est particulièrement
agréable. On se plait à s’imaginer le monde qui devait vivre là, les marchands qui criaient pour Hatayvendre leur produits, ou les chevaux qui séjournaient aux côtés de leurs maitres. Toute une allée couverte servait de bazar et pouvait être traversée par des visiteurs journaliers. La grande cour à l’arrière accueillait d’autres marchands, ainsi que les voyageurs désireux de passer la nuit. Certains appartements privés étaient mis à la disposition des personnalités importantes et furent réaménagés récemment. La visite du hammam est quant à elle passionnante. Elle nous plonge dans des techniques de chauffage ingénieuses et nous confronte à des traditions et des manières dépaysantes.

Benjamin Delille

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