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Une ancienne victime de Daech devient ambassadrice aux Nations Unies

Le 16 septembre, Nadia Murad Basee Taha, une jeune yézidie de 23 ans qui fut réduite en esclavage par Daech, a été nommée ambassadrice de bonne volonté pour l’ONU.2016-09-17-17-45-00

Vendredi 16 septembre, celle qui fut une des nombreuses esclaves sexuelles de Daech, se tient la tête haute alors qu’elle est nommée ambassadrice de l’ONU pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains, prêtant ainsi son nom à une cause qui est aujourd’hui le sens de sa vie.

Si Nadia Murad Basee Taha est la première ambassadrice de bonne volonté pour les Nations Unies qui fut une esclave sexuelle, elle rejoint aujourd’hui d’autres femmes à la renommée internationale, telles les actrices Nicole Kidman, Emma Watson, Hai Qing et Muniba Mazari, ou encore, la Princesse Bajrakitiyabha Mahidol, l’acteur, réalisateur et chanteur, Farhan Aktar, ainsi que la joueuse de tennis Sania Mirza.

La jeune irakienne, qui a vécu un véritable enfer lorsqu’en août 2014 elle a été enlevée par Daech, est un exemple de courage. Désormais, elle compte militer pour que prennent fin les persécutions commises envers les yézidis, et de tout entreprendre pour que les auteurs de ces actes soient jugés pour crime de génocide.

Cette détermination sans faille s’explique par son courage et son parcours. Car, après avoir été enlevée en août 2014 de son village de Kocho, dans le nord de l’Irak, et emmenée dans le fief de Daech, Mossoul, elle a vécu l’horreur. Soumise à des viols collectifs, vendue comme esclave sexuelle, elle a fini par s’en sortir après trois mois de cauchemar et a trouvé refuge en Allemagne après avoir, comme de nombreux réfugiés avant elle, traversé l’Europe.

La communauté yézidie est une des cibles privilégiées de Daech. Cette minorité religieuse est considérée par l’organisation djihadiste comme des « adorateurs du diable » du fait que cette religion monothéiste puise ses croyances dans le zoroastrisme et qu’elle ne suit pas le Coran, leur culte se transmettant oralement. En outre, Daech craint particulièrement les yézidis dans la mesure où ils combattent ce groupe avec courage. En 2015, les femmes de cette communauté ont même créé leur propre bataillon pour lutter contre l’organisation extrémiste dont la plus grande crainte est de se faire tuer par une femme puisqu’ils estiment qu’ils perdraient alors l’accès au paradis et aux 72 vierges qu’ils estiment avoir mérité…

Nadia Murad Basee Taha avait raconté lors d’une allocution devant le Conseil de Sécurité de l’ONU en décembre 2015 que « le viol était utilisé pour détruire les femmes et les filles, et être certain que ces femmes n’allaient pas pouvoir avoir une vie normale par la suite. […] La première nuit, on m’a battue. On m’a demandé d’enlever mes vêtements. On m’a mis dans une chambre avec des gardes et ensuite, ils ont procédé à leur crime jusqu’à ce que je m’évanouisse ».

Si elle est aujourd’hui en sécurité, elle n’a pas oublié ceux qui sont encore sous la menace de Daech. Comme la jeune yézidie l’a expliqué après avoir été nommé ambassadrice de l’ONU : « Ma grande crainte est que, une fois Daech vaincu, les militants, les terroristes de Daech ne rasent leur barbe et ne se fondent dans la foule comme si rien ne s’était passé ». 

Selon elle, il est indispensable que les coupables ne se soustraient pas à leur responsabilité pénale internationale et elle fera tout pour que le monde se sente concerné par le sort des victimes du trafic d’êtres humains, et tout particulièrement les réfugiés, les femmes et les jeunes filles. Son avocate, Amal Clooney, partageant la même volonté, compte bien l’assister dans sa tâche afin que Daech soit reconnu coupable de crime de génocide et soit jugé pour ce crime international. Comme cette dernière le soulignait dans une interview à l’AFP, il est indispensable que justice soit rendue, car : « des milliers de femmes yézidies ont été réduites en esclavage par Daech, qui commet un génocide et pourtant ce crime reste impuni ». Selon l’ONU, 3.200 yézidies seraient encore prisonnières de Daech.

Lors de la cérémonie du 16 septembre, la jeune femme a suscité un tonnerre d’applaudissements admiratifs et a « ému aux larmes » le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lorsqu’elle a déclaré : « J’ai honte en tant qu’être humain de constater que leurs appels à l’aide ne sont pas entendus ».

Nous saluons le choix des Nations Unies de mettre en avant une réfugiée d’une telle envergure et, tout comme Ban Ki-moon, nous ne pouvons qu’être touchés par « sa force, son courage et sa dignité ».

Camille Saulas.

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