International, Société

Une double exécution en lien avec la mafia hollandaise secoue Istanbul

Deux violents assauts ont éclaté hier, mercredi 24 décembre, dans les rues d’Istanbul, coûtant la vie à des figures bien connues du banditisme turc mais aussi hollandais. Un règlement de compte qui intervient dans le contexte d’une affaire judiciaire majeure dans l’autre pays des tulipes.

sedatsahin

Il était près de 22h hier soir quand ont retenti des coups de feu dans la rue Valikonağı. Cette artère du quartier huppé de Nişantaşı est davantage connue pour ses grandes boutiques et ses beaux appartements que pour la rubrique faits divers. L’attaque, digne d’un film de gangsters puisque menée à la kalachnikov depuis un véhicule en mouvement, visait trois passants pas comme les autres : Vedat Şahin, frère du chef mafieux Sedat Şahin, et les deux gardes du corps l’accompagnant. Sévèrement atteints, deux d’entre eux ont succombé à leurs blessures à l’hôpital américain des environs. Rapidement, la police a fermé l’accès à la scène du crime et une enquête a été ouverte. Quelques heures plus tôt, dans le quartier de Maslak, c’était un certain Ali Akgün qui connaissait le même sort après avoir subi une attaque similaire alors qu’il était voiturealiakgunà bord de sa voiture. Des témoins de la fusillade avaient bien essayé de lui venir en aide, mais trop tard, l’homme est mort sur place après avoir perdu beaucoup de sang. Bien qu’il soit encore trop tôt pour établir un lien formel entre ces deux exécutions, il y a fort à parier qu’elles aient été organisées de concert, avec pour toile de fond le milieu du crime organisé néerlandais.

Les deux victimes étaient proches et connaissaient toutes deux bien les Pays-Bas. Plus important encore, Ali Akgün était devenu à Amsterdam le suspect numéro un dans un important procès portant sur pas moins de sept exécutions (cinq en 1993 et les deux autres respectivement en 2005 et 2006). D’après le Procureur général, il avait ordonné plusieurs d’entre elles et avait conjointement travaillé avec Willem Holleeder et Dino Soerel. Une affaire que l’on croyait classée suite à un procès fleuve ayant conduit à de nombreuses condamnations, mais qui a pourtant connu un tournant majeur il y a quelques mois lorsque Fred Ros, reconnu coupable et écroué pour 30 ans, a conclu un pacte avec la justice néerlandaise. En échange d’une réduction de peine, l’ancien exécutant a accepté de devenir le témoin principal et d’impliquer ceux qu’il décrit comme étant ses deux patrons d’alors : Dino Soerel et Ali Akgün. D’après lui, le duo est directement responsable de plusieurs meurtres dont ceux de Thomas van der Bijl, Cees Houtman, Nedim Imac et Cor van Hout. Des révélations qui n’auront clairement pas plu à tout le monde puisque qu’après avoir valu à leur auteur un placement sous haute protection dans une aile spéciale de la prison de Vught, elles ont fait de sa mère âgée la cible d’un contrat d’exécution, comme le révélait le journal De Telegraph. Un danger que la justice a pris très au sérieux, mettant en place des mesures de sécurité supplémentaire. Au vu des évènements d’hier, difficile de lui donner tord.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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