Culture, Société

Une église orthodoxe vendue 1 million de dollars sur le net

L’église grecque orthodoxe de Panagia Pantobasillissa, connue en turc sous le nom de Kemerli kilise (littéralement « église arquée »), située dans la ville de Mudanya (province de Bursa), a été mise en vente sur un site de petites annonces immobilières.

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Bursa, ville la moins concernée par son patrimoine historique

Décidément, la province de Bursa fait en ce moment tout pour que l’on parle d’elle. Après la destruction il y a une semaine d’un mur ottoman, remplacé par une grille en métal supposée faciliter le passage des camions, et la rénovation voire la modernisation de l’église Hagia Sophia une semaine auparavant, c’est au tour d’une autre église grecque orthodoxe de susciter la polémique. L’édifice a été mis en vente sur internet, pour la coquette somme d’un million de dollars.

Nusret Akyüz, l’agent immobilier ayant placé l’annonce sur internet, stipule que la restitution de l’église aurait été approuvée par le Conseil des monuments de Bursa. L’église datant du XIIIème siècle aurait été classée parmi les « bâtiments de plus de 30 ans » et ne serait donc pas catégorisée comme « bien historique ». Depuis, Akyüz ne cesse de recevoir les appels d’interlocuteurs cherchant à en savoir plus sur la mise en vente de l’édifice. « Nous la vendons, nous ne pouvons pas vous donner plus d’informations sur le propriétaire de l’église, les détails sont dans l’annonce, ne me faites pas répéter la même chose, c’est la cinquantième fois qu’on m’appelle aujourd’hui », avait déclaré, passablement excédé, l’agent immobilier en charge du dossier.

Selon un document rédigé en 1676 par le docteur John Covel, pasteur et scientifique anglais ayant entrepris de nombreuses recherches en Asie mineure au XVIIème siècle, l’église Panagia Pantobasillissa, vieille de plus de 700 ans, serait dédiée à la vierge Marie et serait la première église de l’histoire à contenir des fresques sur ses murs. Ses colonnes viendraient quant à elle d’Alexandrie, en Égypte. Elle serait donc d’une importance capitale pour les chrétiens.

Après les échanges massifs de population entre la Grèce et la Turquie au XXème siècle, l’église s’est retrouvée entre les mains de Grecs orthodoxes ayant émigré à Tirilye, dans la province de Bursa. Depuis, l’église a été privatisée. En 1855, son dôme et son clocher s’étaient effondrés lors d’un tremblement de terre, pour être rénovés en 1883.

Serial vendeur

satilik_kilise_kayseriC’est déjà la deuxième église grecque orthodoxe de Turquie à avoir été mise en vente en ligne. Plus tôt dans l’année, en janvier dernier, une église grecque datant du XVIIIème siècle et se situant dans la région de l’Anatolie centrale près de Kayseri, a elle aussi été mise en vente sur un célèbre site de petites annonces de Turquie. Son propriétaire, Ömer Sicimoğlu, travaillant également dans le secteur immobilier, avait racheté l’église, jusqu’ici abandonnée, pour son usage personnel en 2013. Deux ans plus tard, il met l’édifice en vente sur internet au prix de 450 000 euros. M. Sicimoğlu aurait été contacté par la municipalité de Kayseri qui déclarait être intéressée par le rachat de la propriété, avant de retirer la proposition. L’édifice aurait donc été mis en vente par la suite dans le but d’être rénové. « L’église, qui est un bien culturel important, peut être restaurée. Nous voulons que ceux qui l’achètent puissent la rénover », expliquait Sicimoğlu à l’agence d’information Anadolu.  

La Turquie se désintéresse-t-elle de son héritage culturel ?

Alors qu’Ephèse et Diyarbakır viennent tout juste d’être ajoutées (LINK) au patrimoine mondial de l’UNESCO, la Turquie semble pourtant se désintéresser de ses biens culturels subalternes. L’implantation d’une nouvelle centrale éolienne sur un site archéologique à Silivri, près d’Istanbul, renvoie aux précédents scandales des églises de Bursa et de Kayseri.

Le Conseil de conservation des biens culturels et naturels de Turquie a refusé de reconnaître le site de Silivri, près d’Istanbul, comme un site archéologique de premier ordre après la découverte de ruines datant des époques hellénistiques, romaines et byzantines. Pire encore, la compagnie d’éoliennes Silivri Enerji, dirigée par Abdullah Tivnikli, a décidé de s’implanter sur le site archéologique, malgré les récentes découvertes. La compagnie s’est justifiée en invoquant le fait qu’ils ne pouvaient de toute façon pas faire grand chose contre les éventuels « chasseurs de trésors » qui viendraient piller les sites archéologiques, « nous ne pouvons pas protéger le terrain face aux chasseurs de trésors, faisons couler du béton dessus et construisons des éoliennes », a affirmé la compagnie auprès du Conseil.

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En juin 2011, la municipalité métropolitaine d’Istanbul autorise la construction des éoliennes et, en février 2014, des ruines historiques sont découvertes sur le site. Après quoi, la compagnie en informe le musée archéologique d’Istanbul. Parmi les découvertes, beaucoup de tombes et de murs des époques romaines et hellénistiques. La présence de ces tombes byzantines signale ainsi l’existence potentielle de monastères dans la région. « C’est un développement important pour l’archéologie de Thrace et d’Istanbul, le site devrait être déclaré site archéologique de premier ordre immédiatement. », avait plaidé un représentant. Mais si certains membres du Conseil ont demandé à ce que les découvertes soient répertoriées avant de pouvoir faire couler le béton et de laisser place au chantier, une enquête reste encore à être ouverte.

Sophie de Tapia

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