Environnement, Société

Une Europe à l’asphyxie ?

Le cinquième rapport de l’Agence européenne pour l’environnement vient de paraître. État des lieux d’une Europe en souffrance.

Europe

C’est un fait, l’Europe est mauvaise élève en matière d’environnement. Pollution de l’air, pollution de l’eau : les données du rapport de l’AEE* (Agence européenne pour l’environnement) intitulé « L’environnement en Europe : états des lieux et perspectives 2015 » ne sont décidément pas bonnes. En activité depuis 1994 et imaginée pour soutenir la protection et la surveillance de l’environnement, l’AEE établit cette année encore un bilan de la situation en Europe. Près de deux cent pages, reflet des politiques environnementales et de leurs conséquences à travers le continent. Au total, ce sont trente-neuf pays qui se trouvent concernés par l’analyse.

Bien vivre en Europe d’ici 2050 : mission impossible ?

En 2010 déjà, l’Agence européenne pour l’environnement avait fait le point sur l’état de la biodiversité et de l’environnement en général. Les chiffres étaient encore moins bons. Alors un progrès oui mais dans tous les secteurs ? On ne peut le nier : le rapport 2015 pointe surtout du doigt la détérioration des milieux continentaux et aquatiques. Avec près de 60% des espèces en situation défavorable, l’Europe semble loin des objectifs qu’elle s’était fixée. En fait, la biodiversité marine et côtière est un véritable sujet de préoccupation avec un état écologique discutable. Le rapport va plus loin, affirmant que l’Europe doit absolument revoir ses systèmes de production et de consommation. Le directeur de l’agence, le Belge Hans Bruyninckx, insiste : « Nous avons trente-cinq ans pour nous assurer que les enfants nés aujourd’hui puissent vivre sur une planète durable en 2050 ». Trente-cinq ans. C’est à la fois long et court. Alors comment savoir quels domaines traiter en priorité ? Quelles clés donner aux pays en vue d’une amélioration rapide de la situation ? En deux mots, quelles sont les urgences ?

L’air comme priorité

Europe_2Dans le top dix des nécessités, on retrouve bien sûr la problématique de pollution des fonds marins. Mais aussi, celle de l’air. Quand on lit que près de 90% des citadins sont quotidiennement exposés aux particules dans l’Union européenne, on a soudain l’impression de manquer d’air. C’est un fait : la majorité de la population des villes vit dans un environnement considéré comme malsain. Une réalité aussi : l’OMS (Organisation mondiale de la santé) attire elle-même l’attention sur des chiffres au-dessus des normes de santé. Bien sûr, il y a les eaux de baignade dont la qualité s’est améliorée ou encore une augmentation du nombre de déchets recyclés. Mais ces quelques éléments positifs ne semblent pas suffisants pour contrebalancer les points noirs révélés par le rapport. Des chiffres lourds pèsent sur l’Europe : en 2011, ce sont 430 000 personnes qui ont perdu la vie des conséquences directes des particules fines. À cela s’ajoute la pollution sonore, qui à elle seule causerait près de 10 000 décès par an en Europe. Brouhaha incessant, embouteillages monstres, ciel rarement dégagé, pas besoin de se projeter au bout du monde pour constater les effets dramatiques de la pollution.

Istanbul, ville polluée

Gizem est Stambouliote depuis qu’elle a huit ans. Vingt-et-un ans passés dans cette ville lui permettent aujourd’hui de le dire : « Ce n’est pas franchement de mieux en mieux ! ». Se couvrir la bouche pour éviter de respirer le mauvais air sur le pont de Galata, marcher en évitant les papiers en tous genres. Elle en fait le constat au quotidien : « À Istanbul, il n’y a pas assez d’espaces verts, on manque clairement de sources d’oxygène ! ». Pourtant les usines ne sont pas au cœur de la ville mais les bâtiments eux sont bel et bien là, dominant la cité jours et nuits. « Beaucoup de personnes se chauffent encore au charbon et non au gaz », constate Gizem. L’exemple de Gezi est aussi très parlant. « Détruire un parc pour construire un gigantesque centre commercial, est-ce vraiment une bonne idée ? », se questionne cette Stambouliote d’adoption, avant de se remémorer avec émotion les évènements de l’été 2013. Le parc Gezi reste l’arbre qui cache la forêt. Une non-réponse aux problématiques d’environnement. La construction du tunnel sous le Bosphore en vue de relier l’Est et l’Ouest de la ville ? Également un écran de fumée selon Gizem : « Bien sûr, les problèmes d’embouteillage sont omniprésents à Istanbul. Difficile de ne pas se sentir concernés ! ». D’ailleurs, en 2012, la ville turque a été classée 7e ville la plus polluée du monde. « Il faut peut-être prendre le problème à sa source, et il vient aussi du fait que beaucoup de familles possèdent plusieurs voitures ! ». Pas vraiment écologique. Gizem le résume bien : « des progrès ont été réalisés mais ce n’est jamais suffisant. ». Du simple asthme aux maladies cardio-vasculaires, la pollution de l’air a des conséquences dramatiques sur les quelque quatorze millions d’habitants que compte la ville. Istanbul, à l’instar de nombreux autres lieux en Europe, semble sur la sellette. Le rapport 2015 est d’ailleurs sévère sur le sujet : « Il s’agit de bouleverser profondément les systèmes de production et de consommation ». Les gouvernements européens ne vont certainement pas tarder à réagir à ce rapport polémique, mettant en avant leur dernière politique environnementale…ou en cachant ses failles.

Charlotte Lazarewicz

* http://www.eea.europa.eu/fr

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *