Culture, Découverte, Société

Une Française désirée dans le harem

Saviez-vous que la France et la Turquie ont mêlé leur sang au XVIIIe siècle ? Aimée du Buc de Rivery, née en 1776, est une fille de planteurs de coton et de canne à sucre de la Martinique d’origine normande. Rien ne la destinait à devenir la mère du Sultan Mahmoud II. Fait troublant : elle est la cousine de l’Impératrice Joséphine, la première épouse de l’empereur Napoléon Ier. Durant leur enfance, les deux cousines se laissent un jour prendre au jeu d’une devineresse qui leur prédit à toutes les deux un avenir de reines. Aimée est promise à « un roi lointain », pour devenir « une reine cachée qui donnera le jour à un souverain puissant, lombre de Dieu sur terre ». L’histoire d’Aimée débute en 1784 lorsqu’elle est enlevée en mer par des pirates algériens. Captive du Bey d’Alger, elle sera offerte en cadeau au Sultan. Remarquée au harem du fait de ses traits français, de ses cheveux blonds et de ses grands yeux bleus, elle accède au lit du Sultan Abdülhamid Ier. Elle lui donne un fils, le prince Mahmoud, le futur Sultan Mahmoud II (1808-1839), et devient la Sultane Naksidil. 

Elle apprend à son fils le français, l’histoire de France et la culture occidentale. L’esprit du jeune garçon s’imprègne des idées du mouvement des Lumières. Fort de cette éducation, son règne sera marqué par des réformes comme le port du Fez à la place du turban, et la construction d’un théâtre à Istanbul. Aussi, il crée la première école de médecine qui enseigne notamment l’anatomie, au regret des conservateurs musulmans. Il lance le premier journal d’Istanbul et instaure la liberté de culte en s’inspirant des œuvres de la Révolution française. Pendant son sultanat, il aime se vêtir de l’habit des officiers de la cavalerie française. Plusieurs tableaux le représentent d’ailleurs dans cet uniforme. On dit aussi que Mahmoud II était un grand amateur de champagne, ce qui ne manqua pas de scandaliser les ulémas musulmans.

La sultane Naksidil, née Aimée du Buc de Rivery, qui a profondément influencé le règne de son fils, s’éteint en 1817. Elle ne revit jamais la France ou la Martinique. En 1868, le petit-fils de la Sultane Naksidil, le Sultan Abdul Medjıd, reçoit à Istanbul en visite officielle l’impératrice Eugénie, la femme de Napoléon III. Le dernier empereur des Français est donc, par sa grand-mère l’impératrice Joséphine, le petit cousin d’Abdul Mejhid.

Gözde Pamuk

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