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Une panne d’électricité monstre affecte plus de la moitié de la Turquie

De nombreuses provinces du pays, dont Istanbul, ont aujourd’hui souffert de la plus grosse panne d’électricité de ces 15 dernières années. De quoi pousser certains à s’interroger sur une possible corrélation avec l’autre gros évènement du jour, la prise en otage à Istanbul d’un procureur par les membres présumés d’une fraction clandestine d’extrême gauche : le DHKP-C.

panne

Il était précisément 10h36 du matin quand une panne d’électricité de très grande ampleur et d’origine inconnue a frappé au moins 49 des 81 des provinces du pays, sur une zone s’étalant de la frontière turco-grecque à celle avec l’Irak. A l’extrême-est du pays, la ville de Van et la province d’Hakkari, dont l’électricité provient en grande partie de l’Iran voisin, ont en revanche très peu souffert de la coupure. Dans certains quartiers d’Istanbul, la situation n’a commencé à rentrer dans l’ordre que sur les coups de 18h.

Les transports étaient naturellement concernés. Ainsi les metros, le marmaray, les trams et autres trains à grande vitesse ont été grandement affectés. Dans plusieurs grandes villes telles qu’Istanbul, Ankara ou Izmir, on a recensé des cas de personnes piégées dans des ascenseurs alors que de nombreux feux de signalisation défectueux ont entraîné des embouteillages. Il en va de même pour certains hôpitaux qui ont connu de sérieux problèmes pendant plus de deux heures.

Cette panne à grande échelle a également constitué un considérable ralentissement pour la production nationale, entraînant l’arrêt de nombreuses usines, particulièrement dans les provinces de Kocaeli, Bursa, Manisa, et Denizli.

Accident technique ou acte prémédité ?

D’après un communiqué publié par le ministère de l’Énergie, il s’agit de la plus grave coupure de courant depuis le tremblement de terre de 1999. Le problème aurait trouvé sa source dans la région égéenne, au niveau des lignes de distribution nationale. Les autorités seraient en train d’enquêter sur l’origine de l’incident, cherchant à déterminer si la panne a été causée par un problème technique ou par une « cyber-attaque ».

Au même moment, l’imposant Palais de justice Çağlayan d’Istanbul, inauguré en grandes pompes en 2011 comme le plus grand bâtiment du genre en Europe, a été le théâtre d’une spectaculaire prise d’otage. Mehmet Selim Kiraz, procureur dans la très médiatisée affaire « Berkin Elvan », du nom de l’adolescent décédé suite à un coma qui avait été entraîné par une grenade lacrymogène l’ayant heurté à la tête durant les manifestations de Gezi, serait actuellement entre les mains de membres présumés du DHKP-C, une fraction armée d’extrême-gauche.

Si pour Taner Yıldız, le ministre de l’Énergie, il n’y aurait pas de liens à faire entre les deux évènements, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu, bien plus méfiant, a expliqué que toutes les pistes, y compris celle d’une attaque terroriste, étaient étudiées. Une cellule de crise a pour l’occasion été mise en place au ministère de l’Énergie.

Du côté de l’opposition, Kemal Kılıçdaroğlu, le président du Parti républicain du peuple (CHP) a pointé du doigt les services de renseignement turc (MIT) et s’est interrogé sur twitter sur la possibilité d’un acte prémédité ayant permis de faire entrer illégalement des armes au palais de justice.

La toile, où l’évènement dominait les trends sous le hashtag #BuradaElektrikYok (il n’y a pas d’électricité ici), a été prise d’assaut par des théories conspirationnistes en tout genre.

Alexandre De Grauwe-Joignon

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