Politique

Une seule solution, les élections (anticipées)

Après plusieurs semaines de négociations entre le gouvernement et le CHP, premier parti d’opposition au Parlement, les perspectives d’un gouvernement de coalition ont tourné court ce mardi 13 août. De l’aveu même du Premier ministre Ahmet Davutoğlu, les élections anticipées sont aujourd’hui la « seule alternative » envisageable.

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Depuis le dernier scrutin législatif, le gouvernement doit composer avec pas moins de trois partis d’opposition au Parlement, parmi lesquels le CHP [Parti républicain du peuple], le MHP [Parti d’action nationaliste et le HDP [Parti démocratique des peuples]. Le 7 juin dernier en effet, l’AKP au pouvoir depuis 13 ans perdait pour la première fois sa majorité absolue, se trouvant contraint d’entamer un processus de négociations avec l’opposition fraîchement élue. Après de longues semaines de pourparlers, tenus principalement entre le gouvernement et le CHP, c’est l’impasse : la coalition n’aura pas lieu. De tout côté de la scène politique, c’est la résignation à l’idée de la tenue d’élections anticipées qui semble prôner à présent.

Un scénario regrettable, mais attendu

En Turquie, beaucoup suivaient le déroulement des négociations sans espoir. Dès les premières semaines suivant l’annonce des résultats du 7 juin, le spectre des élections anticipées planait déjà au dessus de la vie politique turque ; un scénario dont la probabilité n’a fait que se renforcer, jour après jour, jusqu’à devenir aujourd’hui la seule alternative possible. Le Premier ministre Ahmet Davutoğlu l’a annoncé aujourd’hui, au terme d’un entretien de plus d’une heure à Ankara aux côtés du leader du CHP Kemal Kılıçdaroğlu : « Nous nous sommes mis d’accord sur le fait qu’il n’existe aucune base commune pour une collaboration au sein d’un gouvernement de coalition. » S’il y a une chose sur laquelle les deux hommes ont pu tomber d’accord en ces semaines de pourparlers, c’est qu’ils ne sont pas d’accords. Un dénouement tragi-comique, mais peu surprenant.

Il était prévisible que le président Erdoğan fasse tout ce qui est en son pouvoir – et au-delà ! – pour essuyer la « défaite » du parti qu’il avait créé il y a plus de dix ans. Le président Erdoğan, non content de gagner du temps en vue d’un scrutin législatif anticipé, a également instauré un climat de terreur en rompant arbitrairement le cessez-le-feu en vigueur depuis 2013 avec le PKK [le Parti des travailleurs du Kurdistan].

Des manœuvres politiciennes dont le peuple s’exaspère, et dont ne tireront peut-être pas profit les députés de l’AKP en novembre prochain. De récents sondages indiquent que les Turcs ne sont pas dupes de la volonté sous-jacente derrière ces jeux de guerre. En d’autres termes, malgré tous les efforts dépensés par l’AKP, rien ne prédit encore la victoire écrasante du parti lors d’élections anticipées en novembre prochain.

Le Premier ministre Davutoğlu a jusqu’au 23 août avant de déclarer son incapacité à former un gouvernement de coalition avec l’opposition. Il devrait encore s’entretenir avec le MHP une dernière fois ; mais plusieurs députés AKP affirment que les possibilités d’une coalition avec ce parti nationaliste sont à ce jour proches de zéro.

En Turquie, la coutume exige que le Premier ministre, s’il se voit dans l’incapacité de former un gouvernement, remette son mandat au leader du premier parti d’opposition à cette fin. Une formalité dont le gouvernement n’hésitera pas à se passer, selon le leader du CHP, qui considérerait ce manquement aux traditions comme un « abus de pouvoir ». Plus tôt dans la soirée, l’annonce d’un échec du processus de négociations provoquait la chute record de la livre turque à 2.81 TL pour 1 dollar ; et 3,14 TL pour 1 euro. Conséquence du désaveu de plusieurs investisseurs qui, selon le site BGN News, avaient tablé à tort sur une coalition entre l’AKP et le CHP, jugée plus propice aux affaires.

 

1 Comment

  1. george

    Monsieur Erdogan avait bien commencé à gouverner: prospérité, rayonnement international de la Turquie, apaisement avec certains adversaires…
    Le principe de la relation aimable avec chaque voisin de la Turquie était un principe louable.
    Pourquoi a t-il dérogé à ce principe sage?De mauvais conseils lui ont fait perdre sa bonne boussole!
    Par exemple son attitude erronée à l’égard de la Syrie est une catastrophe pour tous…
    Par anticipation de l’histoire, je sais(depuis plus de trois ans) que la Syrie va progressivement vaincre tous ses ennemis(qui sont nombreux à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays!).J’en ai aussi averti le gouvernement français(qui n’a cure de mes conseils et enchaine sottise sur sottise!).
    J’ai de la peine pour la Turquie,ce grand pays qui était bien gouverné jusqu’en 2011 environ….
    Qu’il n’y ait pas de majorité aujourd’hui est le fruit amer d’une suite d’erreurs.De nouvelles élections ne réglerons pas le problème , sauf à revenir à une gouvernance sage?.
    Veuillez m’excuser pour ma franchise, mais c’est nécessaire en ce moment…..

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