Economie

Une trentaine de traders et deux hackers impliqués dans une fraude à 100 millions de dollars

L’instance de régulation de la bourse américaine (SEC) a porté plainte, mardi 11 juillet, contre une trentaine de traders ainsi que deux hackers ukrainiens pour leur implication dans une fraude qui aurait rapporté la somme considérable de 100 millions de dollars. Débuté il y a un peu plus de 5 ans, le subterfuge permettait aux concernés d’anticiper le cours des titres de plusieurs sociétés cotées en exploitant illégalement des informations tenues confidentielles.

bourse

L’habile montage a duré cinq ans sans soulever la moindre suspicions de la part des agences de régulation. Pourtant, les estimations sur la valeur du litige sont considérables : la fraude aurait généré en effet pas moins de 100 millions de dollars.

Hier, la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organe de contrôle de la bourse américaine, a adressé aux autorités américaines une plainte visant une trentaine de traders, pour la plupart américains, mais aussi russes et ukrainiens, pour exploitation frauduleuse, « d’informations portant sur des entreprises cotées qui n’étaient pas disponibles pour le grand public ».

Perfectionné au fil des années, le mode opératoire des criminels leur donnait l’opportunité de connaître avant les marchés, l’état de forme des sociétés afin de parier à la baisse ou à la hausse sur la valeur de leurs titres cotés en bourse.

Des poids lourds de Wall Street ciblés

L’information, nerf de la guerre pour qui souhaite profiter de juteuses plus-values sur les transactions boursières, a été dans ce cas précis l’atout décisif des traders. En théorie, les agences de surveillance veillent scrupuleusement à empêcher le délit d’initié : les informations relatives aux entreprises doivent être publiées simultanément pour garantir une certaine égalité entre investisseurs.

Siège de la Securities and Exchange Commission (SEC) à Washington DC.

Siège de la Securities and Exchange Commission (SEC) à Washington DC.

Mais dans ce cas précis, les traders dans le viseur de la SEC ont réussi à contourner cette règle contraignante. Avec l’aide de deux hackers ukrainiens du nom de Oleksandr Leremenko et d’Ivan Turchynov, âgés respectivement de 23 et 27 ans, ces derniers ont pu infiltrer trois grandes entreprises américaines spécialisées dans les publications de communiqués d’entreprises : PR Newswire, Marketwired et Business Wire. Au total, ce ne sont pas moins de 150 000 documents confidentiels qui auraient été volés pour servir le stratagème.

Et les entreprises visées ne sont pas des moindres : le constructeur automobile Ford, le concepteur d’engins de chantier Caterpillar, la compagnie Delta Air Lines, l’avionneur Boeing, l’armurier Smith & Wesson, ou encore une des plus grandes banques des Etats-Unis, Bank of America, tous ont été pris dans les mailles du filet.

Des profits record réalisés en l’espace de quelques minutes

Parmi les nombreuses opérations lucratives réalisées par les malfrats, le New York Times a relaté hier le cas emblématique de la société Panera, une chaîne de boulangerie très connue aux Etats-Unis, sur laquelle les traders avait anticipé un forte baisse de la valeur des titres après avoir pris connaissance illégalement d’un communiqué de presse.

Le principal incriminé dans l’affaire, Arkadiy Dubovoy, un trader américain d’une cinquantaine d’années, a reçu le 8 octobre 2013 par email une liste des communiqués de presse que les entreprises cotées devaient publier avant la fermeture des bourses new-yorkaises à 22h.

nasdaq

La fraude a été réalisée au préjudice de certaines des entreprises cotées les plus influentes du NYSE et du NASDAQ.

Inquiétants, les détails du rapport mettaient sérieusement en doute les capacités de Panera à générer des bénéfices pour le dernier trimestre de l’année 2013. Sans attendre, M. Dubovoy ainsi que deux de ses complices vendent l’intégralité de leurs actions en prévision d’un effondrement de leur valeur sur le marché. Leur prudence est très vite récompensée puisque, comme prévu, à la parution du communiqué, le cours de l’action dégringole. Résultat des courses : les trois comparses se partagent un gain de plus d’un million de dollars.

Désormais poursuivis par les autorités américaines, la plupart des participants à cette vaste supercherie ont vu leurs actifs gelés par la SEC. Mais concernant d’éventuelles poursuites pénales, elles ne concernent pour l’heure que les résidents américains, les autres pays dont sont originaires certains membres du réseau n’ayant pas d’accord d’extradition avec les Etats-Unis.

Matéo Garcia

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