Chroniques

Union douanière. Ange ou Démon ?

Cela fait maintenant presque 20 ans que la République turque a établi une union douanière avec l’Union européenne (UE), en prélude d’une éventuelle adhésion à celle-ci. En effet, cette union douanière entrait en vigueur à la fin de 1995 et constituait l’un des trois accords de ce genre effectués par l’Union avec des potentiels pays candidats.

Dans ses débuts l’union douanière a été bénéfique pour l’économie turque qui a pu accroître d’une façon radicale ses échanges commerciaux avec l’Union, moderniser ses infrastructures et sa législation ainsi qu’attirer de plus en plus d’investissements étrangers directs de l’UE.

Mais les temps ont changé et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cette période. Afin d’analyser minutieusement ce processus, La Commission européenne a demandé à une source indépendante, en l’occurrence à la Banque Mondiale de réaliser une étude en ce sens. Le rapport s’intitule « Elaboration sur l’Union douanière entre l’UE et la Turquie ».

Ce rapport détaillé indique d’une façon formelle que sous cette forme, l’Union douanière ne pourrait satisfaire les exigences des parties et surtout celles de la Turquie. Il est précisé que les changements irréversibles apparus dans l’économie mondiale, l’ouverture de l’UE vers l’Europe de l’Est et l’émergence de nouvelles puissances économiques depuis 1996 incitent à réviser le rapport et à l’étendre de façon à englober les secteurs de l’agriculture et des services.

De même, les Accords de Libre Echange (ALE) que l’UE consacre aux pays tiers ont un résultat néfaste pour le commerce turc. La Turquie n’est pas incluse dans les négociations que l’Union mène avec ses partenaires. Des pays comme l’Algérie, l’Afrique du Sud ou le Mexique ayant un ALE avec l’UE sont réticents à négocier séparément d’avec la Turquie. De ce fait, les compagnies turques n’ont pas la réciprocité pour accéder à ces marchés qui grâce à l’ALE européen peuvent librement exporter vers la Turquie. Par ailleurs, l’économie et le commerce extérieur turcs se verraient gravement pénalisés par l’actuelle Union douanière en cas d’accords commerciaux européens avec les États-Unis ou le Canada.

Dans le cadre de son rapport, la Banque Mondiale suggère donc une transformation dans les plus brefs délais de l’Union douanière entre Turquie-UE afin de préserver les acquis de celle-ci et pour accélérer le processus d’intégration de l’économie turque à l’UE. La Banque Mondiale insiste sur le fait que l’Union douanière englobe les produits agricoles profitant ainsi aux deux parties. Similairement, l’Union douanière devra aussi englober le secteur des services qui constitue, il faut l’admettre, 60 % du PIB de la Turquie. Il faudra bien sûr que les normes turques dans ces secteurs soient pleinement compatibles avec celles de l’UE. Finalement primus inter pares, La Banque Mondiale informe qu’il sera nécessaire d’instituer un mécanisme officiel pour que des négociations parallèles puissent être menées par la Turquie avec les pays qui ont déjà signé ou vont signer un ALE avec l’UE.

Le rapport de la Banque Mondiale semble être objective en ayant des propositions simples et réalisables. Mais aura-t-elle la force de persuader les grands patrons de l’UE ? Cela constitue une autre histoire, longue et compliquée…

Eren Paykal

1 Comment

  1. Contrairement à ce que l’on lit par-ci par-là, c’est bien l’Union Européenne qui profite de l’économie turque que l’inverse.
    Et j’ajoute, c’est l’UE qui a besoin de la Turquie que l’inverse.

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