Politique, Société

Union et désunion politique autour de l’attentat à la bombe de Suruç

Lundi 20 juin, peu avant midi, une attaque à la bombe a eu lieu au centre culturel Amara, à Suruç, au sud-est du pays, faisant état de 32 morts et d’une centaine de blessés. L’attentat, dont le groupe État islamique serait le principal suspect, a été condamné unanimement par la classe politique turque. Pourtant, des dissidences demeurent au sein des différentes fractions.

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Le MHP (parti du mouvement nationaliste) ainsi que le HDP (parti démocratique du peuple) ont tous deux refusé l’appel lancé par le Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, pour la signature d’une déclaration commune contre le terrorisme . Après cette tragique attaque qui a coûté la vie à 32 personnes et fait plus d’une centaine de blessés, le Premier ministre a déclaré : « Nous ne condamnons pas seulement cette attaque mais trouverons les responsables pour les poursuivre en justice. Cette attaque a visé la paix, la démocratie et l’ordre public en Turquie ». Une condamnation qui a amené le Premier ministre à proposer un rassemblement des partis politiques pour une déclaration commune contre le terrorisme. Si le MHP et le HDP ont refusé la signature de ce document, le CHP (parti républicain du peuple) a eu une approche plus positive à l’appel, considéré comme un moyen de décourager les groupes terroristes par l’affirmation d’une unité politique sur la question. « Nous la signerons si signer cette déclaration commune peut contribuer à la résolution du problème. Pourquoi ne voudrions-nous pas la signer ? Le principal objectif est de révéler l’incident dans tous ses détails et de condamner ceux qui perpétuent ces attaques terroristes. C’est de cette manière que nous pouvons afficher une position commune » a déclaré le leader du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu.

Concernant le HDP, le parti pro-kurde, les principaux leaders tels que Figen Yüksekdağ ont déclaré ne pas vouloir soutenir un gouvernement qui a ignoré leurs appels contre les attaques similaires qui se sont déroulées à Diyarbakır, le 5 juin dernier. Une bombe avait explosé à un rassemblement politique du HDP, deux jours avant les élections parlementaires, faisant quatre morts.

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L’explosion à Suruç

Pour Devlet Bahçeli, le leader du MHP, cette déclaration commune voulue par le Premier ministre est « inappropriée » et montre son absence de réponse concrète au massacre de Suruç. « L’appel pour signer une déclaration commune entre les quatre chefs des partis politiques est loin d’être sincère et réaliste. Le parti du mouvement nationaliste a fait face à la violence et à la terreur. Sur cette question, il n’a rien à prouver à personne » a t-il déclaré récemment.

Condamnation sur la scène internationale

L’attaque terroriste qui a touché le sud-est de la Turquie ce 20 juillet a été condamnée sur la scène internationale. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, a envoyé ses « sincères condoléances aux victimes et à leurs familles, ainsi qu’au gouvernement et au peuple turc ».  De même, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a durement condamné cette attaque : « Il ne peut y avoir de justification au terrorisme. Nous sommes solidaires avec le peuple et le gouvernement de notre allié turc ».

A Washington, la Maison Blanche a réaffirmé son soutien et sa solidarité à la Turquie dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que l’Europe par le biais de ses ministres des affaires étrangères. Laurent Fabius a déclaré pour la France: « Je condamne fermement cet attentat-suicide qui a touché la ville turque de Suruç et a provoqué de nombreux morts et blessés. La France se tient prête avec la Turquie à faire face à cette attaque qui montre de nouveau l’importance de notre coopération dans le combat contre les extrémismes et le terrorisme ». Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, a rappelé que cet attentat avait pour but de déstabiliser la région : « Cette attaque ajoute douleur et souffrance au peuple syrien qui fuit la violence et la destruction, et au peuple turc engagé si généreusement à les aider ». Elle ajoute que cet incident renforcera le travail de coopération entre l’Union européenne, la Turquie et leurs partenaires régionaux et internationaux dans la lutte contre le terrorisme.

Dans les pays limitrophes, le soutien a été unanime. Serzh Sargsyan, président de l’Arménie, a envoyé ses condoléances au chef de l’État. Sur son site officiel, le président arménien déclare condamner toutes sortes de terrorisme : « Je vous prie d’accepter mes condoléances pour cet incident. Je souhaite du courage à tous les proches des victimes et un bon rétablissement aux blessés ». L’Azerbaïdjan, allié à la Turquie, a également apporté son soutien : « Cher frère, je partage votre douleur dans cette tragédie. De ma part et de celle du peuple d’Azerbaïdjan, je vous présente nos condoléances, à vous, aux familles des victimes et à tout le peuple turc » a écrit le président Ilham Aliyev à son homologue Recep Tayyip Erdoğan.

De nombreux pays du Moyen-Orient ont également condamné l’attaque de lundi dernier. Le Bahreïn, l’Iran, le Qatar et l’Égypte ont exprimé l’importance de promouvoir la sécurité et la stabilité dans la région et appellent à un renforcement des efforts internationaux pour éradiquer le terrorisme.

Florie Cotenceau

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