International, Politique

Union Européenne, la Turquie ne veut pas rester hors-jeu

Ömer Cihad Vardan est le dixième président de l’Iktisadi Kalkinma Vakfi (IKV), une fondation pour le développement économique située à Istanbul. Par le biais de son organisation, il soutient activement les démarches d’adhésion de son pays à l’Union Européenne et nous explique les problématiques et enjeux à venir.

Union Européenne

« L’IKV est une organisation non gouvernementale, qui a pour but d’observer les négociations entre la Turquie et l’Europe afin de renforcer les relations entre les deux partenaires ». C’est ainsi que Ömer Cihad Vardan présente sa structure. Depuis 50 ans, l’IKV essaye d’appuyer le processus d’adhésion en créant des programmes et en diffusant des publications dans le pays ainsi qu’à l’étranger. Dans ce domaine, le président de la structure se veut rassurant : « Le soutien des établissements et entreprises envers l’IKV indique que le monde des affaires en Turquie souhaite intégrer l’Union Européenne (UE) ! »

L’UE donne-t-elle confiance ?

Pour comprendre la situation actuelle de l’UE, il faut regarder la raison d’être de cette entité, on observe ainsi deux notions importantes de l’UE. Premièrement, elle est un ensemble économique, établissant un pouvoir important qui encadre 28 pays. Deuxièmement, il s’agit d’un projet de paix qui fait suite à « l’âge des ténèbres », lorsque ces pays étaient en guerre entre eux.

Mais aujourd’hui, l’identité de l’UE est devenue principalement économique. D’ailleurs les États-Unis ont commencé à se relever de la crise de 2008 et dans ce sens, quelques pays européens vont réaliser une variation positive cette année. Dans ce domaine, des problèmes subsistent également quant au mécanisme sur les résolutions communes que les pays membres doivent adopter. « L’UE veut avoir une identité politique et économique mais peine à trouver des positions communes, donc on assiste à plusieurs points de vue politiques au sein de l’UE. » explique Ömer Cihad Vardan.

Il faut retenir de plus qu’au sein de l’Union, il y a des grands pays développés comme la France et l’Allemagne qui jouent un rôle moteur et qui doivent aider les pays moins développés de l’union. « Ces grands pays ont une force sur le mécanisme de décision. »

La Turquie et l’UE : une envie réciproque ?

« La Turquie a une économie stable et une population jeune prête à travailler. Il est évident que si elle avait été membre de l’UE en 2008 lorsque la crise s’est abattue, elle aurait contribué à renforcer l’économie de l’Union. Pendant que l’Europe subissait un effondrement économique, la Turquie, elle, a atteint une croissance  d’environs 9 %! »

Union EuropéenneEn 2005, lorsque les négociations ont commencé, l’IKV espérait que la Turquie puisse intégrer rapidement l’UE mis cela n’a pas marché comme on l’espérait ! « Sur 35 chapitres à négocier, à ce jour, on a pu en ouvrir seulement 4 en raison de blocages politiques. » Ces obstacles ont, il est vrai, fortement ralenti le processus d’adhésion. Par exemple, la proposition de la Chancelière allemande Angela Merkel de créer un partenariat privilégié avec la Turquie plutôt qu’une intégration a déçu et les blocages venant de la France et de Chypre s’y sont ajoutés. Récemment François Hollande et Angela Merkel ont communément souligné l’importance de l’ouverture des chapitres 23 et 24 qui peuvent contribuer au renforcement des droits et des libertés individuels en Turquie, mais les négociations piétinent à cause de ces blocages. Aujourd’hui, le 15ème chapitre portant sur l’énergie est également bloqué à cause des tensions en Ukraine. « Rappelons que la Turquie se trouve entre les sources d’énergie (Caucase, Moyen-Orient) et les acheteurs en Europe. Il faut garantir la sécurité énergétique sur le continent. »

Depuis 1996 avec la signature de l’union douanière, la Turquie pensait intégrer l’UE mais ce ne fut pas le cas. L’accord de libre-échange centre-européen (1992) qui facilite le commerce entre l’UE et des pays non-membres des Balkans (Serbie, Bosnie-Herzégovine…), agace également le président de l’IKV : « la Turquie doit accepter la circulation des biens entre l’UE et ces pays mais on n’a pas le droit de faire circuler nos marchandises dans ces pays, c’est un handicape énorme pour la Turquie ! ». Sans oublier le nouveau partenariat économique nommé « FTIP » entre l’UE et les États-Unis et qui constituera un tiers du volume du commerce mondial. Il est évident que la Turquie ne souhaite pas rester en dehors de cela.

Toutes ces contraintes diminuent donc la volonté du peuple turc de devenir un membre à part entière de l’UE. L’IKV désire pourtant maintenir cette ambition en assurant une confiance mutuelle entre les deux partenaires. « Il faut souligner les comportements changeants de l’Europe ; si l’UE recule, la Turquie ne peut pas faire beaucoup de choses ! » Selon les statistiques de l’organisation, si on peut améliorer le dialogue, le processus devrait s’accélérer et les négociations aboutir en 2023 car il s’agit du centième anniversaire de la République de Turquie. « Notre but prioritaire est de bouger nos dynamiques internes et d’augmenter les standards de la société turque grâce aux négociations. Cependant, on ne doit pas entrer dans l’UE si notre peuple ne le désire pas ! ». Et Ömer Cihad Vardan termine « Il faut adapter les caractéristiques préférables de l’Europe en prenant en compte nos dynamiques internes ».

Sırma Parman et Florent Belle

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