International, Politique

Vers une possible intervention militaire en Syrie ?

Pour répondre aux allégations selon lesquelles la Turquie mènerait une opération militaire à sa frontière avec la Syrie, une réunion du Conseil national de sécurité a eu lieu ce lundi 29 juin. Le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu a annoncé qu’une déclaration officielle serait faite après la réunion. Selon les autorités turques, une intervention militaire en territoire syrien ne serait pas écartée.

« Je prends la parole devant le monde entier : nous ne laisserons jamais un État kurde se former dans le nord de la Syrie, au sud de notre frontière (…) Nous continuerons notre lutte, peu importe le coût. », déclarait le président Recep Tayyip Erdoğan, le 26 juin dernier, lors d’une célébration du ramadan, organisée à Istanbul par le Croissant-Rouge turc. Ces derniers jours, le gouvernement s’est prononcé pour des actions militaires « plus actives » en soutien à l’Armée syrienne libre qui lutte contre le régime de Bachar el-Assad. Une action militaire qui permettrait de lutter également contre les forces kurdes et djihadistes installés sur le territoire. Ce soutien « actif » impliquerait une attaque aérienne contre l’État islamique et une possible entrée en Syrie des forces terrestres turques pour sécuriser la frontière.

Le Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, a déclaré que la Turquie était prête à défendre ses frontières syriennes et irakiennes. « Si jamais nous arrivons à la conclusion que les frontières de la Turquie sont menacées, notre pays sera prêt et fera le nécessaire pour se préparer à toute éventualité. », a-t-il annoncé à l’occasion d’une autre cérémonie qui se tenait deux jours plus tard.

Ces dernières semaines, le pays a fait face à une arrivée massive de réfugiés syriens, notamment en provenance de Tall Abyad, localité située à la frontière turque, après un combat ayant opposé les forces kurdes syriennes des Unités de protection du peuple (YPG) et les combattants de l’État islamique. La ville a été reprise le 15 juin par le YPG épaulé par la coalition internationale. Un succès dont se méfierait le gouvernement turc qui y verrait surtout une conquête de plus des forces kurdes après la « prise » des cantons de Jazeera et, bien sûr, de Kobané. L’enracinement de ces troupes dans cette région en proie aux aspirations séparatistes fait craindre au gouvernement la formation d’un État kurde, ou du moins d’une région autonome. « Il faut savoir que les forces armées turques, notre nation et nos forces de sécurités dans leur ensemble sont vigilantes au maintien de l’environnement paisible de notre pays et qu’il n’y aura de place pour aucune négligence dans cette affaire », a rappelé le Premier ministre.

A cette fin, Ankara a donc pour volonté de revoir ses règles d’engagement en ce qui concerne la Syrie. Pour être en mesure de lutter contre la menace islamique et kurde, l’armée pourrait attaquer tout élément armé qui se rapprocherait de ses frontières, dans une mesure d’auto-protection. Une directive gouvernementale que l’armée a cependant rejetée, selon les dernières informations.

Une décision qui ne fait pas l’unanimité

Les forces armées turques ont déclaré ne pas souhaiter envoyer des troupes sur le territoire syrien à moins que leurs unités soient directement menacées, malgré la demande du gouvernement et des services de renseignement encourageant à l’intervention. L’objectif étant de contrer le soutien militaire et logistique apporté par les États-Unis aux forces kurdes. L’armée a toutefois accepté de s’engager dans une opération de bombardement contre la ligne de front de l’État islamique et de fournir un soutien logistique à l’Armée syrienne libre, seulement lorsque le nouveau Parlement aura défini sa ligne politique et qu’un nouveau gouvernement sera formé.

Selon les forces armées turques, le soutien logistique et militaire apporté à l’Armée syrienne libre pourrait être interprété comme un processus « d’attaque » et non de « défense contre une menace de sécurité ». Le chef d’État-major, le général Necdet Özel, a donc retardé la directive du gouvernement en se basant sur le droit international, ainsi que sur l’incertitude que cette intervention pourrait susciter sur la scène internationale, que ce soit à l’égard du régime de Bachar el-Assad, de ses alliés (Russie et Iran) ou des États-Unis.

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Cependant, le Premier ministre Ahmet Davutoğlu a rappelé que la présence du gouvernement intermédiaire ne servirait pas d’excuse à un manque d’action : « Même si nous ne sommes au pouvoir que pour une seconde, nous ne resterons pas silencieux, nous prendrons toutes les mesures nécessaires. Et les structures d’État mettront en place ces mesures. Rien n’est plus important que le confort et la paix en Turquie ». Un bras de fer semble donc engagé entre le gouvernement et l’armée.

De son côté, Ali Reza Bikdeli, l’ambassadeur iranien en Turquie, a déclaré qu’une violation de territoire par un pays membre des Nations unies détruirait la capacité de la Turquie à maintenir la paix et la stabilité en Syrie. « Nous espérons que la Turquie et l’Iran utiliseront conjointement leur capacité pour établir paix et stabilité », a-t-il déclaré le 26 juin dernier.

#TerroristTurkey

Le hashtag #TerroristTurkey est apparu la semaine dernière sur les réseaux sociaux après le massacre de Kurdes à Kobané, orchestré par les membres de l’État islamique. Le succès de ce mot-clé reflète la polémique qui secoue le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan depuis quelques jours. Accusé d’avoir aidé les djihadistes à pénétrer dans la ville afin d’affaiblir les forces kurdes, le pays dément toute implication avec l’État islamique.

« Notre objectif est de panser les plaies de nos frères qui ont été persécutés et oppressés », se défendait Recep Tayyip Erdoğan sur son compte Twitter le 27 juin dernier. Interpellé par le hashtag, le président lançait à ses détracteurs : « Comment osez-vous désigner un pays qui a accueilli les réfugiés de Kobané de pays terroriste ? ». Le président souligne que la Turquie soutient le combat pour la liberté en Syrie mais qu’elle n’agira jamais « à l’unisson avec les groupes terroristes ».

Florie Cotenceau

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