Economie, International, Politique

Victoire de Syriza : une lueur d’espoir

C’est dans un contexte économique particulièrement difficile et violent que la Grèce a élu ses représentants au cours des élections législatives de ce week-end. En effet, le pays est depuis 2010 sous le joug de la troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et Fonds monétaire international) et de sa doctrine d’austérité économique, justifié par la dette systémique de l’État grec. La troïka, en vue de redresser les compte du pays, a entre autres choses ordonné la remise en cause des droits sociaux, du droit du travail, la baisse des salaires, la baisse du nombre de fonctionnaire, ce qui a eu pour conséquence d’étrangler le pays et de le faire sombrer dans une déchéance sociale sans nom. On a ainsi assisté à une augmentation du chômage comme de la pauvreté, et à une baisse du PIB, et cela sans parler des milliers de drames personnels que cette situation a provoqué. C’est contre cet état de fait que de nombreux Grecs ont décidé de se révolter en votant Syriza… 

Une victoire « historique »

Cette victoire apparait comme « Historique » pour les dirigeants de Syriza. Ce parti d’extrême-gauche, anti austérité, est le premier à accéder à la direction d’un pays de l’Union européenne. Ayant obtenu 36.5% des votes, il devance, avec un écart de 8.5 point, le parti au pouvoir. Le Premier ministre, Antónis Samarás, a ainsi reconnu sa défaite auprès Aléxis Tsípras, le leader de Syriza, qui, à 40 ans, devient le plus jeune Premier ministre de Grèce depuis 150 ans. Sa formation politique manque de peu la majorité absolue au parlement, à deux sièges syriza-5702près. Toutefois, la popularité obtenue par le parti ces derniers mois devrait lui permettre de se trouver facilement des alliés au sein de l’institution, et cela sans faire de concession sur son programme massivement soutenu par la population.

La troisième place reste pour l’instant indécise entre le nouveau parti Potami et Aube Dorée, dont la majorité des dirigeants se trouvent en prison, qui semble avoir une légère avance. Il apparait que Syriza a obtenu la victoire en grande partie grâce aux votes des déçus du Pasok, le parti socialiste grec, qui sombre à 5% des suffrages. Ce parti, accusé d’être gangréné par la corruption, est considéré, par son électorat, comme responsable de la crise et du plan d’austérité, puisqu’il l’a approuvé en coalition avec la Nouvelle démocratie, le parti de droite au pouvoir.

L’Europe est prévenue

Cette victoire a été largement saluée à l’étranger. François Hollande a été l’un des premiers à réagir. Il a ainsi déclaré sa volonté de poursuivre la coopération entre la France et la Grèce, au service de la croissance et de la stabilité de la zone euro, dans l’esprit de progrès, de solidarité et de responsabilité qui est au cœur des valeurs européennes.

Toutefois, cette victoire continue d’inquiéter en Europe, en particulier les dirigeants allemands et anglais. Essentiellement du fait qu’Aléxis Tsípras a axé sa campagne sur une réduction de la dette nationale, qui est de l’ordre de 300 milliards d’euros et qui représente 175% du PIB, et sur la possibilité d’augmenter le salaire minimum ou de supprimer certains impôts. Dans ce sens, Aléxis Tsípras a déclaré après sa victoire que « le verdict du peuple grec signifie la fin de la troïka ». Mais, en parallèle, il s’est toutefois dit prêt à coopérer et à négocier pour une solution juste et viable qui bénéficierait à tous, c’est-à-dire à la Grèce et à l’Union européenne.

Toutefois l’Europe sera contrainte de négocier avec un parti dont le programme repose essentiellement sur la remise en cause de la dette et qui, au vu des résultats des élections, est incontestablement en position de force. Syriza demande ainsi l’annulation d’au moins deux tiers de la dette grecque qui est considérée insoutenable. Pour justifier cette demande, le parti de gauche radicale s’appuie sur l’exemple de l’annulation de la dette allemande après la Seconde Guerre mondiale. Dans l’impossibilité de nier le changement de l’équilibre des forces du fait de cette victoire annoncée, l’UE s’est dite d’ores et déjà prête à prolonger le plan d’aide à la Grèce, le temps de négocier. De plus, la dette pourrait être rééchelonnée et ses taux d’intérêts pourraient être baissés pour permettre une sortie de crise du pays. Parallèlement, Syriza a renoncé à sortir de la zone euro ou de l’UE. Ainsi, il apparait qu’un compromis soit possible. Reste à attendre un signe officiel fort de la part de Bruxelles.

Vers un effet domino ?

pabloiglesias

Pablo Iglesias

Au-delà des considérations concernant les négociations gréco-européennes, cette victoire semble avoir du sens pour tous les peuples européens en particuliers ceux d’Europe du sud. Dans ce sens, Panos Skourletis, le porte-parole de Syriza a déclaré que le résultat de ces élections symbolisait un message pour toute l’Europe : « Un message qui n’affecte pas seulement les Grecs mais qui résonne dans toute l’Europe et y apporte un soulagement ». En effet, cette victoire a ravivé l’espoir de tous les partis d’extrême-gauche européens. C’est par exemple le cas de Pablo Iglesias, dirigeant de Podemos en Espagne, qui s’est dit heureux que les Grecs aient désormais « un véritable président et non plus un délégué d’Angela Merkel ».

En France, c’est Jean-Luc Mélenchon, leader du parti de gauche, qui a fait part de son soutien et de sa joie, espérant un effet domino en Europe. Ce sera peut-être le cas dans quelques mois en Espagne, avec Podemos qui pourrait sortir vainqueur aux élections législatives espagnoles de novembre prochain. Le chef du parti, Pablo Iglesias, s’est dit prêt à la victoire et à travailler dans le même sens que Syriza, prenant toutefois en compte le fait que l’Espagne est un pays avec une réalité économique et politique bien distincte.

À l’opposé, rien de tel ne semble apparaître au Portugal qui est lui aussi sévèrement exposé aux mesures d’austérité européenne. Dans ce pays, les partis situés à l’extrême-gauche ne connaissent pas de succès populaire comparable à leurs homologues grec et espagnol qui caracolent depuis déjà plusieurs mois en tête des sondages. Toutefois, la victoire de Syriza donne de l’espoir au « Bloc de gauche », le parti d’extrême-gauche portugais, qui ne dispose que de 3,5% des intentions de vote dans les sondages, et qui, à l’instar de Syriza, se montre en faveur d’une restructuration de la dette du Portugal. Ainsi, Catarina Martins, sa porte-parole, a déclaré à propos du succès de Syriza : « C’est la victoire de la dignité contre l’austérité et de la démocratie contre le chantage. Ce parti donne de l’espoir à l’ensemble de l’Europe et au Portugal. »

Ironie du sort ou pied de nez à l’Histoire, au-delà de l’Europe, cette victoire donne de l’espoir à toute la gauche mondiale qui se reprend à rêver de refaire le monde. Il est peut-être revenu le temps des douces illusions.

Thomas Nicod

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