Cinéma, Culture

La vie d’Adèle : voyeurisme ou 7ème art ?

la vie

Un, deux, trois, quatre… Ce ne sont pas le nombre de pop-corn tombés par terre que je compte mais bel et bien le nombre de gens quittant la salle de cinéma en plein milieu du film, La vie d’Adèle d’Abdelatif Kechiche.

Ce comportement n’est pas anodin et il peut se comprendre en raison de ces scènes d’érotismes voire pornographiques incessantes ainsi que par la durée du film qui est exactement de trois heures.

C‘est donc durant trois longues heures quasi interminables, que nous suivons Adèle, interprété par Adèle Exarchopoulos ; jeune lycéenne qui rêve de devenir institutrice, tout au long de sa vie et de ses aventures quotidiennes. En effet, nous la voyons dans toutes sortes de scènes qui frôlent le prosaïque comme lorsqu’elle mange, boit, se couche, va au lycée ou bien au travail. Ce film n’a pas d’intrigue mis à part lorsque cette dernière découvre un certain désir et une attirance féminine pour Emma, une jeune étudiante aux Beaux-arts, joué par la fabuleuse Léa Seydoux. Cette jeune femme mystérieuse aux cheveux bleus fera basculer sa vie et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte.

Dès les premières scènes, Kechiche nous entraîne dans son univers cinématographique et pour cause, il utilise des gros plans pour filmer ses personnages. Choix risqué pour le réalisateur qui décide de montrer par cette technique, toutes les expressions du visage dans les moindres détails. Pourtant le spectateur n’y adhère pas totalement puisque au bout de quelques minutes de film, la migraine s’installe. Toutefois, il est possible de supposer que le réalisateur a préféré cette façon de filmer pour se montrer au plus près des personnages, permettant ainsi à la caméra de s’effacer. S’agit-il d’un documentaire ? Pas vraiment même si la démarche s’en rapproche fortement.

Ce n’est pas tout, Kéchiche pousse le spectateur au bout de ses limites en montrant des scènes d’érotisme ou plutôt de pornographie ; effectivement, ce dernier filme très précisément des scènes d’amour intenses entre les deux jeunes femmes. L’une d’entre elles va même durer presque dix minutes. Certains vont même jusqu’à parler de “peinture de corps nus” où l’esthétisme est omniprésent. Cependant, l’érotisme poussé à l’extrême  dérange, bouscule, interpelle et choque. Tout le film n’est fondé que sur ce genre de scènes qui paraissent vulgaires, devenant quasiment du voyeurisme. Durant les scènes d’amour les actrices sont à la limite du “jeu d’acteur”. Le cinéaste pousse alors le spectateur comme l’acteur aux frontières d’eux-mêmes, surtout lorsqu’on sait que ces actrices se sont plaintes des conditions de tournage. Léa Seydoux confira dans une interview accordé au Daily Beast : “lors du tournage il nous disait : continue embrasse-la, lèche-lui sa morve, frappe-la encore”. Le réalisateur serait-il au seuil de la prise de plaisir face à ses scènes totalement violentes ?

Pour parfaire le tout, les scènes sont lentes, il ne s’y passe rien, il n’y a pas de véritables évolutions sauf quand Adèle achève sa vie “d’ados” pour accéder à sa vie d’adulte, certaines scènes sont inintéressantes et auraient dû être supprimées ce qui aurait permis de réduire le film à une heure trente, pour ne garder que l‘essentiel. Quant aux dialogues “de bacheliers”, ils sont crus voire brutaux, sans doute à l’image de la génération d’aujourd’hui.

La_vie_dAdele

Néanmoins, il est important de souligner la justesse absolue du jeu des deux actrices principales tout au long du film mais essentiellement dans la scène de rupture. Elles sont majestueuses, séduisantes et surtout grandioses. A l’écran, elles sont aussi montrées sous un angle plus naturel. Naturelles, sans artifices, “vraies” étant donné qu’elles sont entièrement nues sans maquillage et mal coiffées. On se laisse alors pleinement captiver et convaincre par leurs charmes et leurs talents.

Ce film pose sans doute de nombreuses questions concernant l’orientation sexuelle des jeunes ; Adèle se cherche comme beaucoup d’adolescents qui peuvent se retrouver à travers son personnage. Abdellatif Kechiche dénonce un véritable problème de société, celui de la tolérance ainsi que celui de l‘acceptation des autres avec ses différences.

UN MESSAGE POLITIQUE COMME RECETTE MIRACLE POUR L’ULTIME RÉCOMPENSE

On peut tout de même se demander pourquoi un tel engouement pour ce film ? Est-il plus justifié, plus légitime de s’intéresser à une relation sentimentale homosexuelle qu’à une relation hétérosexuelle ?

Tout cela n’est que politique ; en effet c’est le soir de la manifestation “Manif pour tous” que ce film obtient la Palme d’or. La France aurait-elle honte de cette vague de protestation ? Essaierait-elle de se racheter une bonne conduite en primant ce film ?

Ce n’est pas aussi un hasard si ce long métrage a été récompensé étant donné qu’Abdelatif Kechiche est franco-tunisien et qu’à ce moment-là se déroulait la révolution tunisienne. Serait-ce alors un symbole pour encourager l’ouverture d’esprit des pays arabes ? Cela peut s’avérer vrai puisque pendant la cérémonie il dédie son prix au “printemps tunisien”.

Finalement, La vie d’Adèle traite principalement d’une histoire d’amour où toutes les caractéristiques d’une relation sont mises à l’honneur avec les hauts et les bas d’un couple.

Steven Spielberg, alors président du jury pour cette 66ème cérémonie du festival de Cannes qualifiera ce film d’ « exception culturelle » ; Saluerait-il la bravoure des français ? Oui probablement, car la France a eu le courage de le produire et de l’exposer au grand public contrairement aux américains, qui, dans certains états comme dans l’Idaho, l’ont censuré en refusant de le diffuser.

Charlotte Lelouch

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *