International, Politique

Violation de l’espace aérien turc par la Russie : Ankara et l’OTAN haussent le ton

 

Ce week-end, des avions militaires russes ont pénétré sans autorisation l’espace aérien turc, dans une zone proche de la frontière syrienne. Cette affaire intervient alors que la polémique enfle autour des frappes russes en Syrie, soupçonnées de cibler l’opposition modérée à Bachar Al Assad au lieu de s’attaquer à l’Etat islamique.

Avion_turc

La Turquie, dont l’armée est la seconde plus grande au sein de l’OTAN, a fait décoller en urgence deux avions F-16 samedi, lorsqu’un avion russe a traversé son espace aérien près la province de Hatay, dans le Sud-Est. Le lendemain, l’armée turque a rapporté qu’un avion de combat MiG-29 – utilisé par les armées russe et syrienne – avait harcelé deux de ses F-16, verrouillant son radar sur eux alors que les militaires turcs patrouillaient la frontière.

La Russie s’est défendue lundi soir d’incursions involontaires « d’à peine quelques secondes », dues à de mauvaises conditions météo. « Il n’est pas nécessaire de chercher des théories du complot », a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense russe.

Contestant la thèse de l’incident, l’Organisation a dénoncé des incursions « extrêmement dangereuses » et « irresponsables ». Dans une réunion convoquée en urgence à Bruxelles, les ambassadeurs de l’OTAN ont appelé la Russie a cesser immédiatement et à s’expliquer sur son « comportement irresponsable ». John Kerry, en visite au Chili, a quant à lui souligné que pour peu que la Turquie ait répondu, l’incident aurait pu prendre une tournure dramatique.

Le ministre de la Défense russe, Anatoly Antonov a fait savoir que Moscou accueillerait une délégation du Ministère de la Défense turc, pour discuter et éviter tout « malentendu » en Syrie.

Depuis le 30 septembre dernier, les avions de combat russes mènent des opérations militaires en Syrie, côtoyant ceux de la coalition menée par les Etats-Unis. Un tel scénario ne s’était pas présenté depuis la Seconde Guerre mondiale, relève le Daily Sabah. Or, un problème de taille se pose, puisque Moscou est accusé de bombarder non les positions de l’Etat islamique, mais celles des rebelles « modérés », armés et entrainés par les alliés des Etats-Unis…

Le Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, a quant à lui tenu des propos plus modérés, affirmant que la Turquie avertirait de façon « amicale » tout Etat qui violerait ses frontières et son espace aérien, dont la Russie, « voisine et amie ». Qui plus est, il a tenu a rappeler qu’il n’y avait « pas de tension entre la Turquie et la Syrie, le problème syrien n’est pas une crise turco-russe ». Alors que les tensions montent de plus en plus entre l’OTAN et la Russie, le gouvernement turc a beaucoup à perdre dans l’histoire, malgré les mises en gardes du président Erdoğan en direction de Moscou. De fait, les liens énergétiques entre les deux pays ont été particulièrement renforcés sous le gouvernement AKP, notamment sous l’impulsion de MM. Erdoğan et Davutoğlu. En témoignent le projet de construction d’une centrale nucléaire russe en Turquie ainsi que les accords gaziers de grande ampleur, dont le chantier du gazoduc Turkish Stream. Or, le ton monte depuis que la Russie s’est officiellement engagée dans des frappes aériennes en Syrie contre des groupes anti-régime autre que l’Etat islamique. En conférence de presse à Bruxelles, le président Erdoğan a affirmé que « toute attaque contre [la Turquie] est une attaque contre l’OTAN », mettant en garde la Russie contre une éventuelle dégradation de l’amitié bilatérale si des évènements comme ceux du week-end venaient à se reproduire.

Coralie Forget

 

 

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