International, Politique

Visite de David Cameron en Turquie : à chacun son combat

David Cameron s’est rendu ce mardi 9 décembre en Turquie. L’avion du Premier ministre britannique a atterri cet après-midi à Ankara où l’attendaient un entretien avec son homologue turc Ahmet Davutoğlu suivi d’un dîner de travail avec le président Recep Tayyip Erdoğan. Cette visite officielle revêt un enjeu différent pour chacune des parties concernées.

David Cameron

La lutte contre l’État islamique sera évidemment la priorité de M. Cameron qui considère la Turquie comme « un pays prioritaire » en la matière. Préoccupée par le nombre de ses ressortissants – plus de 500 selon Scotland Yard – se battant actuellement en Syrie dans les rangs de l’EI et pouvant commettre des attentats à leur retour, le Royaume-Uni entend obtenir la coopération d’Ankara pour leur identification lors de leur passage sur le sol turc. Une aide qui inclurait un accès aux listes des passagers des transports aériens. À ce premier objectif s’ajoute une poursuite des efforts entrepris le mois dernier par Washington visant à persuader la Turquie de combattre l’EI sur terre comme dans les airs. De plus, d’un point de vue purement logistique, l’utilisation des bases militaires turques permettrait à la force responsable des frappes aériennes d’économiser plusieurs heures sur chaque sortie. Mais c’est également un soutien symbolique fort que cherche à obtenir la coalition, la Turquie étant le seul pays musulman de l’Otan. Pour se faire entendre, Il y a fort à parier que David Cameron rappellera à Erdoğan le soutien indéfectible de son gouvernement en faveur d’une adhésion turque à l’Union européenne. Exactement comme il l’avait fait lors de sa dernière visite, en 2010.

De son côté, le président turc, cherchera lui à maintenir sur le dossier syrien son imperturbable position, faisant de la chute du régime de Bachar El-Assad la clé de voûte de la stabilisation régionale ainsi que l’objectif absolu de sa politique étrangère. Ne se déclarant pas fondamentalement opposé à aider à combattre l’EI, Recep Tayyip Erdoğan reste néanmoins peu enclin à fournir un soutien militaire concret tant que ce plan originel restera inachevé. Profitant de la présence au côté du Premier ministre britannique de Federica Mogherini, la nouvelle haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, les officiels turcs seront susceptibles de solliciter de l’aide dans leur propre grand combat : l’importante crise des réfugiés qui sévit à la frontière sud. Aux dernières nouvelles, pas loin de deux millions réfugiés syriens seraient présents en Turquie, contre 90 Syriens officiellement accueillis par la Grande-Bretagne…

Alexandre De Grauwe-Joignon

1 Comment

  1. David Cameron comprendra la justesse de la position turque, après François Hollande et l’Administration d’Obama ?
    Souhaitons le.

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