Politique

Visite de la délégation américaine de la Défense à Ankara

Une délégation du secrétariat américain de la Défense est arrivée ce lundi à Ankara dans le cadre de la coalition militaire internationale menée contre le groupe Etat islamique, dont la Turquie fait partie. Une rencontre sera organisée à cette occasion entre le sous-secrétaire au ministère turc des Affaires étrangères Feridun Sinirlioğlu, et son homologue américain à la Défense, Christine Wormuth.

Christine Worthmuth, sous-secrétaire au ministère américain de la Défense

Cette visite, destinée à renforcer la collaboration entre la Turquie et les Etats-Unis, était programmée depuis déjà plusieurs mois. Mais le hasard veut que la rencontre succède au débat lancé sur la possibilité d’une intervention militaire turque au nord de la Syrie, où les combats font rage entre troupes kurdes et soldats du groupe Etat Islamique. Une idée écartée par le Premier ministre Ahmet Davutoğlu, selon lequel « aucun plan immédiat n’était actuellement à l’étude », contrairement aux inquiétudes d’une partie de la presse turque.

Objectif de la visite américaine : clarifier la position turque.

L’activité militaire turque n’en a pas moins été renforcée au cours de ces derniers jours, où des renforts ont été envoyés par Ankara. Troupes régulières au sol, équipements militaires et forces spéciales anti-terroristes ont ainsi été déployées le long de la frontière en réaction à l’intensification des combats au nord de la Syrie, notamment à Alep. Ces mesures, qualifiées de précautions afin de garantir la sécurité nationale turque, ont été largement critiquées et ne manqueront pas de figurer à la table des négociations entre les émissaires américains et leurs homologues turcs.

Washington avait déjà mis en garde la Turquie contre son souhait répété de la mise en place d’une zone tampon au nord de la Syrie, pensée dans un soucis de « préservation nationale » selon Ankara. Il apparaît néanmoins clair que l’expansion kurde, mal perçue par l’administration Erdoğan, constitue à ce jour la cible principale du pays. Une contradiction complète avec la stratégie de la coalition internationale, pour laquelle les milices kurdes syriennes du YPG constituent un allié de choix dans le combat contre le groupe Etat islamique.

Rien que dans la nuit de dimanche à lundi dernier, de violents affrontements avaient lieu à Mardin, province kurde basée au sud de la Turquie, où des manifestants dénonçaient la construction de larges tranchées au sud de la région. Ces tranchées dont l’installation serait justifiée par la sûreté d’état, serviraient en réalité à séparer le PKK turc (soutien du YPG) des Kurdes de Syrie selon des activistes de la région affiliés au HDP, parti pro-kurde siégeant au parlement turc.

mardin

Des habitants manifestent à Mardin dans la nuit du 5 juillet 2015.

Il va sans dire que cette visite de la délégation américaine permettra donc de faire le point sur les divergences évidentes entre la politique du Pentagone et celle d’Ankara en matière de lutte anti-terroriste, à l’heure où la position turque fait de plus en plus polémique au sein de la communauté internationale. Un autre sujet sensible devrait être abordé : l’utilisation des bases aériennes turques par la coalition afin de mener des frappes aériennes.

La question de l’utilisation de la base militaire turque d’Incirlik avait déjà été évoquée l’année passée, mais avait laissée Ankara sceptique. Il est probable que ce sujet de contradiction revienne, afin de forcer l’engagement turc au sein de la coalition internationale.

 

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