Politique

Visite du président Erdoğan en Chine : une tentative de réconciliation ?

Le président Erdoğan a rencontré son homologue chinois Xi Jinping à Pékin pendant trois jours de visite officielle, du 28 au 30 juillet. Une rencontre attendue par l’opinion publique depuis les récents événements autour de la communauté turcophone et de confession musulmane des Ouïghours, discriminée en Chine et dont la Turquie se veut la garante. Sur fond de tensions politiques, l’objectif turc était double : affirmer son autorité tout en préservant de bonnes relations avec l’un de ses plus importants partenaires économiques.

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Lors de cette visite officielle, Chine et Turquie ont abordé des thèmes politiques et économiques : programme de défense anti-missile et partenariat économique, entre autres. A son arrivée, le président chinois a accueilli son homologue turc devant les portes du palais de l’Assemblée du Peuple, place Tiananmen à Pékin, où les deux leaders politiques ont pu assister à la garde d’honneur militaire.

« A l’heure actuelle, nous avançons dans une direction constructive, apportant plus de contenu à notre coopération stratégique », a déclaré le chef d’Etat turc au président chinois. De son côté, Xi Jinping affirme que cette rencontre officielle – la troisième pour Erdoğan avec deux visites en tant que Premier ministre et une en tant que président – montre l’intérêt de la Turquie pour le développement des relations sino-turques : « Nous avons toujours préconisé que la Chine et la Turquie devraient se soutenir mutuellement sur les enjeux majeurs et approfondir leur relation de coopération stratégique ».

Depuis 2013, la Turquie est en discussion avec une société étatique chinoise à propos d’un contrat pour l’installation d’un système anti-missile sur son territoire. Un projet à hauteur de 3,4 milliards de dollars qui fait sourciller les membres de l’OTAN, dont la Turquie est membre depuis 1952. L’accord final est particulièrement difficile à atteindre dans la mesure où la Chine pose certains obstacles. Dans une interview donnée le 28 juillet dernier à l’agence Chine Nouvelle, une des plus anciennes agences de presse nationales chinoises, le président turc avait déclaré que ce projet serait à l’ordre du jour. « Toute offre qui permettrait d’enrichir cette proposition sera bien accueillie par la Turquie », a-t-il confirmé avant d’ajouter : « Je crois que cette visite donnera plus d’élan à nos relations bilatérales. » Les négociations ont-elles évolué ? Le compte-rendu de la visite est très attendu.

Le chef de l’État était accompagnée d’une importante délégation ministérielle. Le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu, le ministre de la Santé Mehmet Müezzinoğlu, le ministre du Transport et de la Communication Feridun Bilgin, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Taner Yıldız ainsi que le ministre de l’Économie Nihat Zeybekci et de nombreux hommes d’affaires entouraient le président. Une délégation de taille pour un enjeu économique crucial. Stimuler les exportations turques vers la Chine était, en effet, un des points décisifs de l’agenda., d’autant plus qu’Ankara souffre d’un important déficit commercial avec la Chine, deuxième plus grande économie du monde. Le président turc a annoncé jeudi dernier vouloir faire revivre « l’historique route de la soie » par une coopération économique plus poussée, notamment via les investissements directs à l’étranger (IDE). La Turquie a par ailleurs suggéré la création d’une zone spéciale de libre-échange qui permettrait aux entreprises chinoises d’effectuer commerce et production en territoire turc, selon une proposition du ministre de l’économie, Nihat Zeybekci, pendant les entretiens bilatéraux qu’il a tenu avec Gao Hucheng, le ministre chinois du Commerce. « La Turquie veut lancer un processus pour supprimer tous les obstacles au commerce entre les deux pays afin d’améliorer nos relations bilatérales sur la base d’un principe gagnant-gagnant », a déclaré le ministre.

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Le partenariat économique avec la Chine est crucial pour la Turquie mais celui-ci cache une controverse politique entre les deux pays. En effet, les tensions sino-ouïghours mettent le pays dans une position délicate. Garante de cette communauté turcophone musulmane, la visite officielle de la Turquie en Chine s’est révélée d’un caractère éminemment politique.

Un dilemme politique de taille

Le 9 juillet dernier, le président Erdoğan déclarait soutenir les Ouïghours, peuple turcophone de Chine. La difficulté de la situation l’avait amené à annoncer sa volonté de s’entretenir avec le gouvernement chinois à l’occasion de cette visite officielle. Les événements récents de discrimination envers ces musulmans du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, ont ému la Turquie : manifestations de soutien, protestations devant l’ambassade chinoise à Ankara, attaques nationalistes… Ces incidents ont permis de multiplier l’intérêt de la presse turque pour la cause ouïghoure. Une pression médiatique à laquelle le gouvernement turc a dû répondre, en dépit de sa proximité géopolitique et économique avec la Chine. Les tensions ne sont pas nouvelles, cependant, puisqu’en 2009, Recep Tayyip Erdoğan, Premier ministre à l’époque, qualifiait même les attaques commises par la Chine contre sa minorité musulmane de « génocide ». L’affaire avait poussé le gouvernement à appeler au boycott des produits chinois. Plus récemment, des tensions à propos des réfugiés ouïghours en Turquie ont cristallisé un peu plus les relations entre les deux pays.

Cette visite officielle a ainsi permis de mettre sur la table des enjeux contradictoires pour la Turquie, entre des intérêts économiques réels et une forte sympathie pour la cause ouïghoure. Une position qui pourrait refroidir des relations sino-turques pourtant nécessaire à l’élévation du pays en tant que puissance de rang international. En effet, l’un des principaux objectifs de la politique étrangère turque est de développer ses relations avec l’Asie, notamment via un rapprochement avec l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dans laquelle le pays est déjà un « partenaire de dialogue ».

Florie Cotenceau

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