Economie, International

Wikileaks : objectif faire fuiter le traité de libre-échange transatlantique

Depuis le mois de juin, WikiLeaks tente d’amasser la somme de 100 000 euros ; somme promise en récompense à celui ou celle qui accepterait de « faire fuiter » le texte du traité de libre-échange transatlantique en cours de négociation depuis 2013 entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

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Figure de proue d’un « monde de transparence », Julian Assange est à l’origine de la révélation de nombre de documents et dossiers classés secrets et qui, selon certains, auraient dû le rester. Cependant ça n’est que la seconde fois que WikiLeaks prévoit d’acheter ses informations. Achat plébiscité par de nombreux donateurs de marque tels que Yanis Varoufakis, ancien ministre des Finances grec, mais aussi les journalistes Daniel Ellsberg et Glenn Greenwald. 80% des 100 000 euros ont été collectés, mais pour autant le contenu du traité n’a toujours pas été révélé.

Le secret qui entoure le traité transatlantique, ou traité Tafta (Transatlantic Free Trade Area)est en effet bien épais. Les citoyens et les médias sont volontairement tenus dans l’ignorance par leurs gouvernants. Cet accord est en préparation depuis les années 1990, sans qu’en soient exposés les détails. Le mandat de négociation accordé à la Commission européenne en 2013 par les Etats européens a été soigneusement dissimulé, jusqu’à ce qu’au printemps 2013 ces documents soient révélés et mis à la disposition des citoyens par WikiLeaks.

Le mystère du traité Tafta

Ce culte du mystère autour du traité transatlantique peut être justifié par la nécessité pour chaque pays de garder ses positions secrètes afin de ne pas brûler leurs cartes trop vite lors des négociations. Un débat vieux comme la naissance de la démocratie revient alors : lorsqu’informer les citoyens nuit aux intérêts nationaux, que choisir ?

N’oublions pas que la signature d’un traité transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis doit recevoir l’aval du Parlement européen et des parlements nationaux, comme l’exige le traité de Lisbonne. Pour autant, les citoyens européens et américains sont dans l’incapacité de débattre sur les nombreux sujets contenus dans le projet de traité en négociation et donc dans la l’impossibilité d’influencer l’évolution des débats. De plus, nul n’est en mesure de vérifier dans quelle mesure les lobbies influencent les positions des négociateurs.

Un manque de professionnalisme évident

Outre ces considérations sur l’opacité de fait des négociations du traité transatlantique, le mépris évident de la Commission pour les citoyens qui s’intéressent à son avancement en exaspère plus d’un. Le désir d’afficher la transparence de ces négociations ne tient que quelques secondes, le temps de cliquer sur un sujet abordé par les négociants qui ne révèle en fait que les différents points à aborder mais en aucun cas l’avancement des négociations. Les réponses Twitter des négociateurs européens ne sont ni argumentées ni même respectueuses des internautes, comme le montre la réponse à un tweet qui interrogeait les conditions de réunions à huis clos : « Oui, il existe un bunker spécial dans lequel nous enfermons les négociateurs, et ensuite ils négocient. Nous ne leur donnons pas de nourriture jusqu’à ce qu’ils aient trouvé un terrain d’entente. » Une absence de professionnalisme intolérable lorsque l’avenir des citoyens européens est en jeu.

Traité transatlantique : définition

Le traité transatlantique est présenté pour tous les citoyens comme un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, qui permettrait la création d’une zone de libre-échange entre ces deux zones. Avec un marché commun de 820 millions de consommateurs, le PIB des puissances signataires pourrait augmenter de 0,05 points par an grâce à la multiplication des échanges et à la création d’emplois générés par cet accord.

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Cependant, certains points comme l’harmonisation progressive des réglementations de part et d’autre de l’Atlantique, ou encore la mise en place d’un mécanisme de règlements des différends entre les entreprises et les Etats, sont largement controversés : quelle zone économique imposera ses standards à l’autre ? La crainte des consommateurs de trouver du poulet aux hormones dans leurs cocotte-minutes n’est peut-être pas aussi absurde qu’elle ne le semble. De même, l’adoption de ce traité entraverait toute politique protectionniste ou visant à valoriser les produits locaux. Les petits agriculteurs européens ne pourront plus être protégés par les Etats, qui pourraient être poursuivis par les grands groupes pour entrave à la libéralité du marché.

Anne-Laure Gatin

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