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Yémen : le chaos dans un pays à feu et à sang

Le 10 juin 2015 nous annoncions la tenue de pourparlers entre les différentes parties yéménites. Si les pourparlers n’ont pas abouti, depuis, rien n’a changé dans cette guerre entre les sunnites et le peuple houthi. D’obédience principalement chiite, la rébellion houthiste avait pris le pouvoir par la force en janvier dernier. Derrière ce conflit, une guerre d’influence entre deux grands du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et l’Iran, mais aussi une crise humanitaire majeure.

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Après quatre jours de pourparlers sur un fond de forte tension entretenue par des invectives à répétition, aucun accord ne fut trouvé entre les belligérants yéménites. Pas de trêve humanitaire ni même de cessez-le-feu. Rien. Depuis, tout est de pire en pire. La grande coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite -comprenant un grand nombre de pays arabes et africains- aura permis un certain recul des forces houthistes soutenues par l’Iran, mais pas une chute des pertes civiles, bien au contraire.

Une guerre civile sans merci

Frappe aérienne sur frappe aérienne, l’Arabie saoudite bombarde tous azimuts les positions des forces rebelles au Yémen. Mais pas que. Petit à petit, l’étau établi autour d’Aden (cité prospère et commerçante, la quatrième plus grande du Yémen) pendant plus de trois mois à été brisé. En libérant progressivement l’aéroport international puis de nombreuses places fortes détenues par les houthistes (comme la base militaire d’Al-Anad reprise ce week-end), les habitants peuvent désormais avoir accès à de nombreuses ressources qui leur avaient cruellement fait défaut ces derniers temps. De la farine, de l’eau, des médicaments. Et d’autres armes, bien sûr.

Ailleurs dans le pays, la guerre perdure. Un cessez-le-feu ne dure jamais plus de deux heures. Les houthistes et leur milice Ansar Allah reculent, certes, mais très lentement. Et la population ne voit pas le bout du tunnel. Si la coalition risque de gagner la guerre, personne ne sait quand cela arrivera, ni à quel prix.

L’ONG Human Right Watch dénonçait même fin juillet une attaque de la coalition menée par l’Arabie saoudite faisant 65 morts parmi les civils de Moka, la dénonçant comme un « crime de guerre ». Synonyme de la détermination des belligérants, cette attaque avait pour but la destruction du quartier résidentiel où vivaient les employés d’une centrale électrique. Visant les civils, donc.

Lurgence de la crise humanitaire

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Rentré récemment après avoir vécu les trois mois du siège d’Aden, Thierry Goffeau, docteur pour l’ONG Médecins sans frontières (MSF) raconte, au siège de son organisation la situation d’urgence qu’il a vécu. Il décrit un hôpital accueillant jusqu’à 200 blessés par jour, dont des dizaines et des dizaines mourront, civils comme militaires, enfants comme adultes. Il décrit des scènes de bagarre au sein même de l’hôpital, des prises à parties, l’arrivée de cas désespérés et l’obligation de les expliquer aux proches…

Pendant de longues semaines le matériel médical ne pouvait être acheminé, les médecins devant faire leur travail avec les moyens du bord.

Le siège d’Aden fut donc, à l’image du reste du pays, le théâtre d’un conflit total, opposant deux forces prêtes à tout pour ne pas perdre le conflit, ni perdre la face. On évalue en milliers voire en dizaine de milliers le nombre de morts. Et ce nombre est à multiplier par dix en ce qui concerne les réfugiés (Djibouti demandant même l’intervention de la communauté internationale après l’afflux de plus de 10 000 réfugiés sur son territoire). Médecins sans frontières a estimé que la situation sanitaire au Yémen était « au bord de l’explosion ».

Un terreau béni pour le développement d’un islam radical

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Cette guerre, faisant suite à de nombreux conflits s’enchaînant dans un Yémen plus que jamais divisé, où la pauvreté n’a d’égal que le difficile accès à l’éducation, fait de ce pays un terrain parfait pour l’extension d’un islam intégriste. Pour un enfant grandissant presque sans éducation et sans perspective d’avenir, le seul moyen d’acquérir un minimum de respect, de reconnaissance et de pouvoir c’est de devenir un combattant. Encore plus si le combat a une justification religieuse. D’où la crainte à nourrir pour ce territoire dans les années à venir.

Et c’est déjà le cas. Les drones américains ont beau abattre nombre de chefs d’Al-Qaïda, la nébuleuse est déjà bien ancrée et gagne du terrain, profitant de l’affaiblissement du pouvoir central. Les différentes milices islamistes (dont Al-Qaïda) se regrouperaient au sein du groupe-cadre Ansar Al-Sharia, jouant un jeu trouble dans le conflit initial opposant gouvernement et rebelles afin de gagner en pouvoir. De même pour le groupe Etat islamique qui profite du climat pour s’incruster dans la partie. Le 29 juillet dernier celui-ci revendiquait un attentat contre la mosquée de Bohras dans la capitale Sanaa (4 morts et 4 blessés).

Tous ces acteurs contribuent à alimenter un chaos, l’ancrant au sein de la société même pour sûrement plusieurs années. Les différentes ONG s’accordent à dire qu’une intervention de la communauté internationale devient de plus en plus nécessaire, particulièrement dans le développement et le secours humanitaire, pour faire face à un conflit ravageant le pays et ses habitants.

Adrien Cluzet

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