International, Société

Yézidis : les autres réfugiés du terrorisme

Dans un rapport rendu à Ankara le 8 juillet, l’Association pour le centre de recherche sur l’asile et les migrations (IGAM) a rappelé le sort critique de quelques 30 000 réfugiés yézidis du nord de l’Irak et l’absence de « solution durable » qui s’offre à eux en Turquie. Un rapport qui met en lumière la discrimination dont les Yézidis souffrent depuis des siècles. Persécutée par le groupe État islamique, les membres de minorité yézidie ne sont toutefois pas considérés comme des réfugiés pouvant bénéficier d’une « protection temporaire » des autorités turques.

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Dans son rapport du 8 juillet, l’Association pour le centre de recherche sur l’asile et les migrations (IGAM) relate le sort des 30 000 Yézidis, réfugiés en Turquie depuis l’attaque du groupe État islamique sur leur bastion, la ville de Sinjar au nord de l’Irak, le 3 août dernier. Un assaut qui avait provoqué la fuite de cette minorité dans les montagnes, avant d’être secourue par les forces irakiennes, kurdes et américaines. Actuellement, 20 000 Yézidis seraient réfugiés en Turquie, que ce soit dans les camps ou dans la rue. « Les réfugiés yazidis sont mal informés de leur statut en Turquie, ni de leur droits ou leur futur », explique le rapport qui statut également sur le manque de communication officielle. Les réfugiés doivent se contenter d’informations via « les téléphones, les ouï-dire ou les ragots ». Des rumeurs parmi lesquelles celle d’une possible ouverture des frontières de la Bulgarie pour accueillir les réfugiés, une information qui a poussé plus d’un millier de réfugiés à rejoindre désespérément la frontière turco-bulgare, le 27 juin dernier, espérant qu’on leur ouvre les portes de l’Union européenne. Or, la frontière bulgare enregistre l’un des plus fort taux de mortalité dû aux passages illégaux de migrants, et le pays ne semble pas disposé à accueillir ces peuples fuyant guerre et pauvreté, comme en témoigne la prolongation de 160 kilomètres de barbelés le long de sa frontière avec la Turquie, en mai dernier, s’ajoutant aux 30 kilomètres de barrière déjà existante.

De même, la Turquie ne considère pas que cette minorité puisse bénéficier d’une « protection temporaire ». A ce titre, les réfugiés ont le choix entre demander une protection internationale (procédure de demande d’asile) ou un permis de séjour humanitaire. Mais sans alternative, ni explications de ces procédures complexes, la plupart des réfugiés ne se lancent pas dans ces démarches. Selon l’IGAM, ceux qui ont dépensé beaucoup d’argent dans leur demande d’asile ne verront pas leur procédure évoluer avant l’horizon 2023. « Sur ce constat, de nombreux réfugiés yézidis pauvres ne souhaitent pas rejoindre Ankara à cause du manque d’argent et du peu d’espoir de réinstallation. Ainsi, le principe d’accès aux procédures d’asile – censé être juste et efficace – est largement bafoué. Il n’y a pas de solution durable pour eux en Turquie ».

L’IGAM attire l’attention sur l’incompréhension mutuelle et le manque de confiance instaurés entre la communauté yézidie et la communauté sunnite, branche majoritaire de l’islam. Une séparation ethnique et culturelle qui pousse les réfugiés à se séparer au sein même des camps, comme celui de Nusaybin, dans le district de Mardin, qui accueille désormais « exclusivement des Yézidis » rapporte le communiqué, soit plus de 3 000 réfugiés.

Une minorité ciblée et menacée

yezidisLes Yézidis sont une minorité kurdophone non-musulmane traditionnellement établie au nord de l’Irak. Leur population est estimée entre 100 000 et 600 000 fidèles dans le Kurdistan irakien. Connus pour vénérer un archange – Malek Taous (l’Ange-paon) –, ils se sont attiré depuis des siècles le mépris de certains musulmans qui l’associent à la figure du diable. Minorité particulièrement ciblée par le groupe État islamique qui la considère mécréante, les Yézidis ont été victimes de massacres en août dernier à Sinjar, redoutant la disparition de leur communauté. En effet, l’appartenance au peuple yézidi n’est possible que par la naissance, la conversion étant impossible. Pour ne pas perdre de sa population, la tradition oblige chacun de ses membres à se marier avec une personne yézidie. Une restriction qui tente de répondre à la crainte d’une disparition pure et dure de leur culture, tradition et religion. Une crainte qui semble malheureusement de plus en plus fondée depuis les massacres orchestrés ces dernières années par les groupes islamistes radicaux.

Florie Cotenceau

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