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Yolande Mabika, réfugiée et athlète aux JO – Portrait

Cette année, les Jeux olympiques d’été de Rio verront concourir des réfugiés des quatre coins du monde. Yolande Mabika ne représentera pas son pays, la République démocratique du Congo, mais les couleurs olympiques, symboles de l’union entre les continents et des valeurs olympiques : Citius, Altius, Fortius (plus vite, plus haut, plus fort), mais surtout : excellence, amitié et respect.

2016-07-18 23.06.31

Le 8 juillet, la rédaction d’Aujourd’hui la Turquie vous présentait Yusra Mardini, une jeune nageuse et réfugiée syrienne qui participera à cette compétition internationale.

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Aujourd’hui, à 17 jours de la cérémonie d’ouverture des JO de Rio, nous avons décidé de vous présenter les neuf autres athlètes qui défileront sous les couleurs olympiques. Car à l’heure où 59,5 millions de personnes ont été contraints de fuir leur pays, il est temps de redonner un visage à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants, de leur insuffler un peu d’espoir ainsi que la fierté qu’ils méritent pour le courage dont ils font preuve.

À l’heure où les journaux sont envahis par l’horreur, nous avons aussi besoin de croire en l’humanité et de prendre exemple sur des gens qui méritent, pour les bonnes raisons, de faire la Une des journaux. Pour cela, Yusra Mardini, Yolande Mabika et les 8 autres membres de leur – mais aussi de notre – équipe, nous aiderons à relever ce défi.

Une décision unique dans l’histoire des Jeux olympiques

Si des réfugiés ont déjà participé aux Jeux olympiques depuis que ceux-ci ont repris en 1896, c’est la première fois que le Comité international olympique (CIO) forme une équipe composée uniquement de réfugiés.

C’est Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), qui a annoncé cette décision le 28 janvier dernier, après avoir visité un camp de réfugiés en Grèce, afin : « d’envoyer un message d’espoir et de confiance aux réfugiés et d’attirer l’attention du monde sur le sort et le problème des soixante millions de réfugiés dans le monde ».

Cette démarche est en effet un message, mais aussi une leçon, à la communauté internationale et aux réfugiés qui continuent pour la plupart à vivre dans des conditions déplorables. Comme l’explique Filippo Grandi, le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés : « Leur participation aux Jeux olympiques est un hommage au courage et à la persévérance de tous les réfugiés pour surmonter l’adversité et construire un avenir meilleur pour eux-mêmes et leurs familles ».

Yolande Mabika, congolaise et judokate 

Yolande Mabika est née en 1987 en République démocratique du Congo (RDC) où un conflit fait rage depuis une vingtaine d’années, engendrant la mort d’environ cinq millions de personnes. Plus exactement, elle provient de la région de Bukava qui fut ravagé par la seconde guerre du Congo (1998-2003). Durant les combats, elle fut séparée de sa famille alors qu’elle n’était qu’une enfant.

Si elle se souvient peu de cette période, le jour où un hélicoptère a récupéré cette enfant paniquée qui courrait seule au milieu de nulle part pour l’amener à Kinshasa, la capitale, est marqué dans son esprit.

Car, ce moment fut un tournant dans sa vie. Emmenée dans un camp pour les enfants déplacés par le conflit, elle découvrit ce qui allait donner un sens à sa vie : le judo. Repérée pour son talent, elle a pu commencer à participer à des compétitions en RDC puis, très vite, à l’étranger.

Comme l’athlète l’explique : « Le judo ne m’a jamais permis de gagner le moindre argent, mais il m’a permis d’avoir du cœur […] J’ai été séparée de ma famille et je pleurais beaucoup avant. Ma vie a commencé à s’améliorer avec le judo ».

Mais son parcours n’a pas été aussi simple. En réalité, il fut plein d’embuches et seuls son courage et sa détermination lui ont permis de s’en sortir. La jeune sportive fut en effet victime de maltraitance, notamment par son entraîneur.

À 25 ans, en 2013, elle participe au championnat du monde de judo à Rio où encore une fois, son entraîneur confisque son passeport, son argent, en plus de lui imposer un régime strict et inhumain et de la confiner dans sa chambre d’hôtel. Pire, lorsque celle-ci perdait un combat, elle était tout simplement enfermée dans une cage, traitée comme un animal.

À Rio, elle décida que cela devait cesser. Abandonnant tout simplement la compétition pour sauver sa vie, la judoka s’est enfuie et a trouvé de l’aide au sein d’une communauté congolaise d’immigrés. Depuis 2014, avec l’aide d’une œuvre caritative catholique, elle a le statut de réfugiée au Brésil. Mais les difficultés ont été nombreuses. À maintes reprises, cette dernière a dormi dans la rue et a travaillé dans des conditions difficiles, loin du judo, avant qu’elle ne reçoive un soutien financier de la part du programme de solidarité du CIO.

Depuis le 3 juin, jour où le CIO lui a appris qu’elle était sélectionnée dans l’équipe de réfugiés, l’horizon semble s’éclaircir pour cette femme qui a bien évidemment changé de coach. Aujourd’hui, elle s’entraine dans l’institut Reação, fondé par son nouvel entraîneur, l’ancien médaillé de bronze olympique Flavio Canto, qui l’a prise sous son aile.

Sa détermination pour Rio est sans faille : « Je ferai partie de cette équipe et je gagnerai une médaille. Je suis une bonne athlète et c’est une occasion pour moi de changer ma vie ».

Mais, la judoka n’a pas non plus oublié son pays natal qui est pourtant souvent négligé par la communauté internationale: « Dans mon pays, il y a beaucoup de souffrance. Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de personnes qui pleurent tous les jours. Il y a beaucoup trop de guerres, beaucoup trop de monde a été tué ».

Si elle espère être une source d’inspiration pour certains, sa première pensée va vers sa famille qui subit encore les affres de la guerre : « Mon message aux réfugiés dans le monde sera de ne pas perdre espoir et garder la foi dans leurs coeurs […] J’espère que mon histoire sera un exemple pour tout le monde. Peut-être que ma famille me verra et que nous serons réunis ».

Nous suivrons cette judoka talentueuse et espérerons qu’elle réalisera les deux choses les plus importantes pour elles : remporter l’Or dans la catégorie des 70kg, mais surtout, retrouver un jour sa famille.

Pour visionner son parcours : https://youtu.be/xJc2GDrMGoI

Camille Saulas. 

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