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Zahir Belounis sort son livre sur sa prise en otage par le Qatar

Zahir Belounis attends a news conference in Paris

Demain vendredi 15 mai sortira le livre de Zahir Belounis, intitulé Dans les griffes du Qatar : chantage, mensonges et trahisons. L’ex-joueur de football y raconte la façon dont le Qatar l’a pris en otage et son combat pour pouvoir retrouver sa vie.

Séquestré pendant plus d’un an

Lorsque, en 2010, le footballeur Zahir Belounis renouvelle son contrat avec le club quatari al-Jaish, il ne se doute pas qu’il signe pour presque deux ans de complications avec le Qatar, lesquelles l’empêcheront même de quitter le pays pendant 19 mois, jusqu’en novembre 2013. En effet, après qu’il a réclamé sans succès son salaire qui ne lui était plus versé depuis 2010, il a engagé des poursuites contre son employeur qui lui ont valu d’être privé de visa de sortie. Un chantage qui l’a empêché de voir sa famille pendant de longs mois.

Belounis a mobilisé de nombreuses personnes pour tenter de se sortir d’affaire. Il en a appelé à l’ambassade française au Qatar, au Président de la République, à la FIFA, et même aux deux ambassadeurs de la coupe du monde de 2022 qui se déroulera au Qatar, à savoir Zinedine Zidane et Pep Guardiola, à qui il a adressé une lettre ouverte.

En 2013, le footballeur finit par accepter de signer un document stipulant qu’il renonce aux salaires lui étant dus. Malgré cela, il faudra encore des semaines de travail de son avocat et de l’ambassade avant qu’il ne soit finalement délivré.

Mardi dernier, il s’est exprimé au Grand Journal de Canal+ : « J’ai entendu le président de la République à l’inauguration du mémorial de l’esclavage dire « le but, c’est de faire évoluer l’humanité ». Oui, Monsieur le président. Vous auriez pu le faire, là, il n’y a pas longtemps ; vous ne l’avez pas fait. Donc c’est important, parce qu’il y a des gens qui meurent là-bas tous les jours dans les chantiers. On a envie de se suicider quand on est là-bas. On ne peut pas sortir, on n’a pas d’argent, ils contrôlent notre vie à un point incroyable. Ça a été dur, vraiment très dur. Traumatisant ». Le joueur a encore du ressentiment envers certaines personnalités politiques qui ont rechigné à l’aider, peut-être en raison des relations économiques qu’entretiennent la France et le Qatar, la première ayant vendu des avions Rafale au second. Il n’en est pourtant pas resté là et a porté plainte contre les dirigeants de son ancien club, l’un d’eux n’étant autre que le frère de l’émir du Qatar. Il attend toujours que la France lui fasse justice.

Une mauvaise habitude du Qatar

Le cas de Zahir Belounis n’est hélas pas isolé ; de nombreux travailleurs venus de l’étranger, footballeurs ou non, se retrouvent bloqués au Qatar à subir des pressions de leur employeur. En 2012, le célèbre joueur marocain Youssouf Hadji, qui joue aujourd’hui pour le club turc Elazığspor, a lui aussi bien failli ne pas pouvoir rentrer en France après avoir rencontré les mêmes problèmes que Belounis. Il a ainsi révélé que de nombreux joueurs au Qatar n’étaient plus payés mais n’osaient pas dénoncer ces pratiques.

Ce grave problème auquel sont confrontés les travailleurs étrangers est dû au système légal de la Kafala : chaque travailleur immigré a un parrain qatari à qui il revient de lui accorder un visa de sortie. En cas de litige, il est donc facile à l’employeur de contraindre son salarié à rester au Qatar. Certains n’hésitent pas à abuser de ce droit.

Cette attitude du Qatar a semble-t-il de beaux jours devant elle : le pays reste impuni et sera même l’hôte de la Coupe du monde de football de 2022. Voilà qui vient une nouvelle fois mettre un coup à l’idéal sportif et ses prétendues valeurs humaines.

Victoria Coste

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