Horreurs de la guerre

Jusqu’à présent, ils n’avaient jamais été confrontés aux horreurs de la guerre sur leur propre territoire…

Par Dr. Hüseyin Latif
Publié en Mai 2026

Au moment où vous lirez cet article, je peux déjà prévoir que bon nombre des éléments évoqués auront probablement perdu de leur actualité. J’ai souvent souligné dans cette chronique combien il est difficile, voire impossible pour une publication mensuelle de commenter les développements de dernière minute.

Malgré tout, je tiens à aborder les deux sujets les plus importants de ces derniers jours. J’espère qu’au moment où vous lirez ces lignes, cette guerre majeure au Moyen-Orient sera terminée, et que le journaliste francophone Fatih Altaylı aura retrouvé sa liberté.

La guerre

Tous les services de renseignement occidentaux, y compris la CIA, ont déclaré publiquement que les Iraniens n’étaient pas engagés dans la fabrication d’une arme nucléaire. 

L’Iran, pays neutre depuis plus d’un siècle, a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas alors de menace immédiate et substantielle pour justifier l’attaque israélienne. C’est un fait de droit international. Ils tenaient encore ce discours il y a quelques semaines. Il n’y avait donc pas ‒ il n’y a jamais eu ‒ de justification valable pour une attaque préventive. Car, pour qu’une attaque préventive soit conforme au droit international, la menace qu’elle vise à prévenir doit être immédiate et substantielle.

Malgré ce constat, les premières heures du 13 juin 2025, les Forces de défense israéliennes ont attaqué des dizaines d’installations nucléaires iraniennes, des bases militaires, des infrastructures stratégiques ainsi que des commandants militaires clés, parmi lesquels figuraient certaines cibles inattendues pour Téhéran. Et, le dimanche 22 juin, les Américains ont bombardé des sites nucléaires iraniens. Les États-Unis ont visé trois sites : Fordo, Natanz et Ispahan, selon le président Trump.

Donald Trump a déclaré ensuite que les États-Unis avaient mené une attaque aérienne massive visant trois installations nucléaires. Une « charge complète de bombes » aurait été larguée sur le site de Fordo, selon ses propos. Il affirme que tous les avions engagés ont quitté l’espace aérien iranien. « Nous avons mené à bien notre attaque contre les trois sites nucléaires iraniens : Fordo, Natanz et Ispahan. Tous les avions sont désormais en dehors de l’espace aérien iranien. Une charge complète de bombes a été larguée sur le site principal, Fordo. Tous les avions sont rentrés à la base en toute sécurité », a-t-il déclaré, avant d’ajouter sur son réseau social Truth : « L’heure de la paix a sonné ! »

Lors d’une interview accordée au programme The Daily Show après l’attaque israélienne, l’ancien président Bill Clinton a déclaré ceci : « M. Netanyahu a longtemps voulu combattre l’Iran, car cela lui permet de rester au pouvoir indéfiniment. Mais je pense que nous devrions essayer de désamorcer la situation, et j’espère que le président Trump le fera. J’espère que quelqu’un là-bas prendra cette initiative… Nous devons convaincre nos amis au Moyen-Orient que nous les soutiendrons et que nous essaierons de les protéger. Mais choisir des guerres non déclarées dont les principales victimes sont des civils apolitiques qui veulent simplement vivre dignement, ce n’est pas une solution. »

Clinton était réaliste : « Est-ce que je pense qu’il faut empêcher l’Iran d’avoir une arme nucléaire ? Oui. J’ai essayé, et nous avons réussi. Mais cela ne doit pas passer par un massacre permanent de civils sans défense, qui ne demandent qu’une chance de vivre. »

Il y a beaucoup de choses à remettre en question ici : la paix peut-elle être obtenue par la guerre, la destruction, le meurtre et les blessures ? Bien sûr que non. Il ne sera certainement pas possible de convaincre un peuple qui compte cinq mille ans de civilisation par la force. Certains pensent peut-être avoir obtenu des victoires relatives, mais le résultat semble tout autre.

Entre-temps, les populations des deux pays ont subi les désastres de cette guerre de 12 jours, tant sur le plan matériel que moral, ainsi qu’en termes de pertes humaines. L'État d'Israël, en particulier, a assisté impuissant à l’effondrement de nombreux bâtiments sur son propre territoire, à la suite d'une attaque de missiles inhabituelle. L'insuffisance du système de défense appelé « Dôme de Fer » a mis fin à la propagande autour de son efficacité. En somme, le peuple israélien a été confronté à la dure réalité de la guerre dans ses lieux de vie.

Une nouvelle ère imprévisible a commencé

Des experts affirment que la décision de Trump de frapper l’Iran marque le début d’une période imprévisible sur les plans sécuritaire et politique au Moyen-Orient. Le président Trump, pourtant élu avec le soutien d’électeurs anti-interventionnistes saluant sa critique de la guerre en Irak et autres, a franchi une étape longtemps rêvée par les néoconservateurs de son propre camp ‒ ceux-là mêmes qu’il critiquait depuis des années.

Ray Takeyh, membre senior pour les études sur le Moyen-Orient au sein du Council on Foreign Relations, a déclaré : « C’est une nouvelle phase, et potentiellement une phase problématique. » Selon lui, les dirigeants iraniens subiront une forte pression interne pour riposter, ce qui pourrait se traduire par des attaques contre des bases américaines ou leurs alliés. Il ajoute : « Ils ont été humiliés à tous les niveaux, ce qui les rend vulnérables face à leur propre population et aux critiques internes. Ils devront rétablir leur fierté nationale. »

Une nouvelle atteinte au droit international

En décidant de frapper l’Iran sans même feindre une consultation auprès de l’ONU ni se soucier des risques de contamination radioactive, Donald Trump a porté une atteinte sans précédent aux principes du droit international. Le prétendu danger nucléaire iranien ne constitue qu’un alibi, à l’image des armes de destruction massive fantasmées de Saddam Hussein en 2003. Et nous connaissons la suite : chaos régional, déstabilisation durable du Proche-Orient et émergence de groupes terroristes tels que Daesh.

En réalité, cette offensive s’inscrit dans la continuité d’une guerre commerciale engagée dès l’arrivée de Trump au pouvoir ‒ une guerre dont les résultats escomptés tardaient à se concrétiser. Le véritable enjeu pourrait bien être le contrôle du détroit d’Ormuz, point stratégique vital pour les flux pétroliers mondiaux, en particulier ceux à destination de la Chine.

Le danger d’une extension du conflit malgré « un cessez le feu forcé » est désormais bien réel. La situation actuelle n’est pas sans rappeler l’atmosphère lourde qui précéda la Première Guerre mondiale. Face à cette escalade, la simple « préoccupation » exprimée par la France apparaît dérisoire et largement insuffisante. Le président Emmanuel Macron a annoncé, à l’issue d’un échange téléphonique le samedi 21 juin avec le président iranien Masoud Pezeshkian, que les négociations sur le programme nucléaire iranien entre l’Europe et l’Iran allaient s’accélérer. Le Président de la République a réaffirmé que l’Iran ne devait pas acquérir l’arme nucléaire.

La réaction de l’opposition en France

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, réitère son exigence d’un débat suivi d’un vote à l’Assemblée nationale, au titre de l’article 50-1, compte tenu de la gravité de la situation. Ce débat, demandé par les députés insoumis depuis le 13 juin, n’a toujours pas reçu de réponse du gouvernement.

« La tâche des mouvements progressistes et pacifiques partout dans le monde est de mobiliser les peuples contre la guerre et contre le génocide à Gaza. La France insoumise y prendra toute sa part. Netanyahu et Trump mettent l’humanité en danger pour satisfaire leur besoin de domination sans contrôle. Bombarder des sites nucléaires est un crime de guerre. Et quand les matériaux se répandent dans l’atmosphère, ça constitue un crime contre l’humanité. Ces deux hommes misent sur la détestation légitime du régime iranien pour imposer la loi du plus fort par le génocide et les bombardements. La France doit refuser de s’aligner sur ce duo mortel et porter le drapeau de la paix, sans faux-semblant. Elle ne doit pas s’isoler. Les peuples du monde ont besoin d’une voix forte contre les seigneurs de la guerre généralisée. »

Arrestation de Fatih Altaylı en Turquie

Pendant ce temps, le journaliste francophone expérimenté et youtubeur Fatih Altaylı a été arrêté en Turquie. Altaylı, journaliste francophone très suivi sur YouTube, est accusé d’avoir menacé le président de la République turque lors de son émission diffusée le vendredi 20 juin, où il commentait les résultats d’un sondage. Dans sa défense, il a affirmé n’avoir en aucun cas proféré de menaces.