Société

avortement et la contraception : sujets tabous

Manifestation anti-avortement

Manifestation anti-avortement

Dans le manifeste des 343, pétition française parue en avril 1971 et signée par 343 femmes, Simone de Beauvoir avait déclaré « qu’un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre ». Alors plus de 40 ans après ce manifeste, qu’en est-il de la situation des femmes en Europe, où en sont le droit et l’accès des femmes à leur autonomie, à leur choix de vie, à leur liberté ?

Le droit des femmes en Europe : une politique à plusieurs vitesses

L’approche des élections européennes a été l’occasion d’examiner les droits des Européennes notamment en matière d’avortement et de contraception. Au sein de l’Union européenne (UE), la législation sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) diffère d’un pays à l’autre. Autorisé jusqu’à dix semaines de grossesse au Portugal contre vingt-quatre au Royaume-Uni; intégralement remboursé en Italie mais à la charge de la femme en Lettonie; très réglementé voire interdit en Irlande en Pologne et à Malte… il existe presque autant de législations sur l’avortement que de pays sur le « Vieux continent ». En effet, l’UE n’est pas compétente en la matière pour légiférer. Cependant, dans une résolution du 3 juillet 2002, le Parlement européen recommande aux États membres de légaliser l’avortement. Par exemple, en Irlande, l’IVG est autorisée dans un seul cas, celui où la vie de la mère est en danger. Une grossesse résultant d’un viol ne peut être légalement interrompue. Au Portugal, le Parlement a adopté le 8 mars 2007 un projet de loi légalisant l’avortement jusqu’à la dixième semaine de grossesse. Sur la scène européenne, le droit des femmes en matière d’avortement est extrêmement disparate en fonction des territoires nationaux, il est donc impossible d’aboutir à une harmonisation des politiques.

Militante pour le droit à l'avortement

Militante pour le droit à l’avortement

L’Église catholique : source de restrictions en matière de contraception

La plupart des Européennes se reposent sur des moyens de contraception extrêmement fiables. Les contraceptifs oraux sont la forme préférée de contrôle des naissances. La pilule domine particulièrement en Allemagne où elle est utilisée dans 84 % des cas, ce taux est même supérieur en France. La stérilisation féminine, qui fait concurrence à la pilule en haut de la liste aux États-Unis, n’est pas si fréquente en Europe. La stérilisation n’était importante qu’en Belgique, en Espagne et en Finlande où elle représentait entre 10 % et 18 % des moyens de contraception utilisés.

Néanmoins et de manière étonnante, il perdure en Europe des méthodes traditionnelles présentant des taux d’échec relativement élevés, particulièrement en Espagne et en Europe de l’Est. En Pologne, plus d’un tiers des femmes mariées déclarent avoir recours à l’abstinence périodique, seule forme de contrôle des naissances tolérée par l’Église catholique, et plus d’un cinquième déclare utiliser la méthode du retrait. Cette sanction religieuse peut expliquer pourquoi ces méthodes sont plus souvent utilisées dans des pays tels que la Pologne et la Lituanie où sont rassemblées de larges populations catholiques. En Europe de l’Est, nombre de femmes disent se fier à des moyens traditionnels, d’où un taux élevé de grossesses non désirées. Le poids de la religion, comme en Pologne ou en Lituanie est à l’origine du retard en matière de droit à l’avortement et de contraception et entrave l’accès des femmes à l’autonomie et à la liberté.

Quentin Grislain

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