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Bernard Joseph Kuhn : « La photographie n’est jamais objective »

Du 21 septembre au 15 décembre 2017, Bernard Joseph Kuhn présente son exposition « Interprétations » au musée de la photographie d’Istanbul. Un travail de surimpressions photographiques original et unique en son genre. Rencontre.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous expliquer de quelle manière vous avez commencé la photographie ?

Mon premier appareil photo, je l’ai reçu lors de ma communion, quand j’avais 13 ou 14 ans. J’ai donc rapidement pris goût à la photographie, mais je n’ai jamais eu le temps de m’y consacrer pleinement. J’ai eu l’occasion de développer cette passion à travers certaines de mes activités professionnelles, notamment quand je travaillais au centre culturel d’Izmir. Aujourd’hui encore, j’anime une association de photographes en Alsace. Je n’ai donc jamais quitté la photo, mais sans pouvoir en faire mon métier. J’aurais bien aimé être reporter, faire des voyages, travailler pour le National Geographic, mais la vie en a décidé autrement.

Je me suis vraiment relancé dans la photo à partir de ma retraite, en voyageant de manière régulière. Un jour, j’ai découvert, je ne sais plus trop comment, la technique de la superposition. En travaillant sur mon ordinateur, j’ai commencé à développer cette technique et je me suis dit qu’il y avait un potentiel à creuser dans ce travail. J’ai pris mon appareil photo, je suis descendu dans mon jardin, dans la rue, et j’ai fait une quarantaine de photos. Quand je suis retourné devant mon ordinateur, j’ai compris qu’il se passait quelque chose, que je pouvais utiliser la surimpression pour en faire quelque chose d’esthétique et montrer les ambiances qui sont autour de moi de façon totalement différente.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de dépasser la réalité à travers cette technique ? Est-ce une volonté de se différencier des autres ?

À la base, ce n’était pas du tout pour me différencier des autres, mais par la force des choses, c’est ce qui est arrivé. Il est quand même assez rare que la photographie soit si peu descriptive. Il y a, bien sûr, toujours des éléments qui permettent aux gens de reconnaître l’endroit que j’ai photographié, bien que ce ne soit pas forcément reconnaissable tout de suite. Au départ, je suis parti avec cette simple idée de superposition, j’avais juste envie de faire autre chose avec la photographie.

Beaucoup de photographies qui sont exposées dans la salle ont été prises à Istanbul. Est-ce une ville qui se prête particulièrement bien à ce jeu de déformations ?

Tout à fait. Mes photos ont, quelque part, un aspect cinétique qui se prête parfaitement à une ville comme Istanbul. Il y a quelques jours, je suis rentré chez moi à une heure du matin et je me suis fait la réflexion que cette ville ne dort jamais. Ça bouge tout le temps, c’est trépidant, comme une sorte de « parkinson visuel ».

Votre travail est influencé par vos voyages. Ces destinations sont elles choisies et planifiées pour la photographie ou est-ce que vous vous laissez transporter au moment venu ?

Je planifie rarement la photographie pour les voyages. Je décide d’aller quelque part et ensuite seulement, la photo va suivre. Néanmoins, maintenant que je travaille sur des superpositions, je sais que quand je vais quelque part, j’ai envie de ramener des superpositions de cet endroit.

Est-ce qu’il y a une destination, un voyage qui vous a particulièrement marqué ?

Pas vraiment. J’adore être dépaysé. J’aime quand je suis perdu quelque part. Je ne pense pas avoir été marqué par un voyage en particulier. Ou alors peut-être quand je suis allé au Dallol [un site volcanique dans le désert du Danakil], parce que je n’étais pas très rassuré. C’est un paysage exceptionnel mêlant les couleurs jaune, bleu, vert et orange. Mais le volcan – qui se trouve au-dessous du niveau de la mer – est constitué de vasques de soufre et d’acide, c’est très dangereux.

Diriez-vous que vous vous inspirez de grands photographes ?

Non, pas du tout. Je suis très éclectique en ce qui concerne la culture photographique. Je regarde absolument tout, tous les photographes m’intéressent. Mais je ne souhaite pas faire comme l’un ou comme l’autre, je préfère suivre mes envies. Je ne pense pas qu’il y ait un intérêt capital à s’inspirer d’autres photographes et je ne peux pas dire qu’il y en ait un que j’aime plus qu’un autre.

Vous donnez une place très importante à l’analyse de la photographie. Quels messages souhaitez-vous transmettre à travers votre travail ?

Les gens sont tellement surpris par ces photos, que c’est déjà une satisfaction. Je n’ai pas d’objectif particulier sauf d’essayer de rendre une ambiance différemment. J’invite toujours les gens à rentrer dans la photo, à sauter sur un détail, pour qu’eux-mêmes ressentent l’ambiance que j’ai voulu créer. Il faut qu’ils se la reconstruisent, qu’ils se l’approprient.

Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre exposition, « Interprétations » ?

Pour moi, la photographie n’est jamais objective, elle correspond toujours à une interprétation. J’ai intitulé mon exposition « Interprétations », mais toute photo est une interprétation. J’ai voulu souligner que je vais plus loin dans l’interprétation qu’une photo qu’on dit « descriptive ».

Pensez-vous que la technique peut parfois prendre le pas sur la création artistique ?

Bien sûr, mais ce n’est pas mon cas. La technique je l’utilise, je l’exploite, je vais essayer de la perfectionner, mais elle ne se substitue pas au résultat. Je mets la technique de superposition au service d’un résultat, d’une traduction, car elle s’y prête bien.

Finalement, ces interprétations se rapprochent à des choses plus abstraites et parfois même à de la peinture. Est-ce une volonté de votre part ?

L’abstraction vient presque automatiquement de par la technique, oui. Mais je suis toujours ennuyé de répondre par rapport à la peinture. Beaucoup de gens me disent : « C’est magnifique, on dirait une peinture ! » Mais est-ce qu’une photo doit ressembler à une peinture pour être belle ? Non. Je revendique très fort l’aspect purement photographique de mon travail.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Connolly et Julia Prioult

 

Exposition « Interprétations », du 21 septembre au 15 décembre 2017

Musée de la photographie d’Istanbul : Şehsuvar Bey Mahallesi, Kadırga Limanı Cd. No:69, 34130 Fatih/Istanbul

Du mardi au dimanche de 10h à 18h

 

3 Comments

  1. Bernard Joseph KUHN

    Bonjour,

    Excellente nouvelle : l’exposition est prolongée jusqu’au 15 janvier 2018.
    Bonne visite.

    Bernard Joseph Kuhn
    contact-photo@bernard-kuhn.eu

  2. Hello, l’exposition passera en Suisse?
    Interéssante technique Photographique

    • Bernard Joseph KUHN

      Bonjour Paul,
      Désolé, je viens de voir votre post. Merci pour votre appréciation. Je n’ai pas de contacts en Suisse. Mais si vous connaissez des organismes ou des lieux d’expositions qui pourraient être intéressés par mes interprétations, je suis tout disposé à les rencontrer.
      Bernard Joseph Kuhn

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