Politique

Brouhaha, charabia et bérézina

Quelle place le politique occupe-t-il dans notre vie ? Platon, dans sa République, offre une réponse : toute la place. Ce que nous vivons – travail, loisirs, espace public et privé – est dicté par des impératifs qui ne sont pas pris dans en “haute sphère”, mais dans un espace de décisions que nous contribuons tous, par nos votes et engagements, à créer.

Platonyaris

Cependant, jouer sur l’article – le politique, la politique – ouvre un horizon profondément décourageant. Quelle place la politique a-t-elle dorénavant dans nos vies ? Si l’on évacue le rituel ponctuel, de moins en moins partagé, du retour aux scrutins pour des législatives ou présidentielles, il semble ne rester plus rien. Le collectif s’évapore devant l’individu tout-puissant. Même les tentatives de “démocratie participative” tournent court. Même les sites internet de “partage” deviennent des entreprises trop commerciales et lucratives pour avoir encore du sens.

Par ailleurs, dans les médias, la politique s’octroie une place démesurée : des discours, des meetings, des conférences de presse, des débats à l’Assemblée Nationale…des discours, encore des discours, dont il ne reste la plupart du temps que deux ou trois phrases assassines ou purement rhétoriques. Brouhaha et charabia. Le Verbe s’étiole, et avec lui la confiance pour les acteurs principaux du politique. On ne retient rien de la parole vive, on mémorise très bien tout ce qu’elle tend à dissimuler : corruption, népotisme, “combinazione”, idéologies désenchantées. Même les intellectuels, dont on pourrait attendre le secours, se fourvoient dans cette brèche béante, participent activement à brouiller les écrans, et perdent par là-même un peu plus de leur crédibilité. Ne parlons pas de cette nouvelle catégorie audiovisuelle, les “chroniqueurs” qui, sortis de nulle part, commentent la politique comme ils évalueraient une recette de cuisine.

L’homme de la Cité platonicienne n’a que ses yeux pour pleurer. Se résoudre à se taire ? Se résoudre à ne plus croire en la démocratie ? Se résoudre au nombrilisme consumériste ? Retournons à Platon : “Il y a, selon moi, naissance de société du fait que chacun de nous, loin de se suffire à lui-même, a au contraire besoin d’un grand nombre de gens”.

 

Valérie Sanchez.

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