Cinéma

C’est eux les chiens… : Quand le Maroc a la rage !

C'est eux les chiensQui a eu le courage et l’audace de montrer le Maroc sous un angle défavorable à travers des événements marquants et choquants ?
Hicham Lasri est l’un des rares réalisateurs à l’avoir fait. Et pour cause, si le cinéaste nous propose un drame bouleversant, il n’en est pas moins sur la situation réelle du pays lors de ses années les moins glorieuses. Effectivement, à travers son nouveau long métrage intitulé : C’est eux les chiens…, ce dernier met en scène Majhoul, emprisonné en 1981 pendant les émeutes du pain au Maroc et qui ressort 30 ans plus tard au milieu du printemps arabe. C’est alors qu’une équipe de télévision en quête de scoop et de bons sujets, décide de partir à sa rencontre et de le suivre à la recherche de son passé.
Majhoul les entraîne par la suite dans une incroyable traversée de Casablanca où ce dernier recherche sa famille ainsi que son identité malencontreusement oubliée durant toutes ces années de séquestration et de captivité.

UN FILM QUI DÉGAGE UNE VÉRITABLE PUISSANCE ÉMOTIONNELLE

C'est eux les chiensSi ce film parait poignant par la puissance émotionnelle qu’il dégage en peignant le destin brisé d’un homme, il est d’autant plus captivant par la manière surprenante que le cinéaste choisit de filmer les scènes. En effet, ce dernier se montre au plus près de ses personnages pour ainsi faire oublier la présence d’un réalisateur. S’agit-il d’un documentaire ? Pas exactement, même si la démarche s’en rapproche fortement. De ce fait, la caméra filme de façon amateur puisque dans la fiction il s’agit de celle de l’équipe de journalistes. Le but premier de Hicham Lasri a alors été de prendre un point de vue authentique, celui d’une vidéo spontanée.
Il est aussi intéressant de souligner que Lasri nous expose de véritables tableaux vivants où le spectateur peut découvrir des visages de personnes anonymes à travers de nombreux gros plans, ainsi qu’un Maroc politisé lequel est face à son destin.
L’on est alors parfaitement et complètement immergé dans cette culture et dans ce pays en plein changement.

UNE CONFRONTATION ENTRE LES GÉNÉRATIONS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

De cette manière, l’intelligence et le talent du réalisateur se comprennent par le fait qu’il établit au travers de ses personnages principaux, une confrontation de génération entre celle d’aujourd’hui, autrement dit celle du printemps arabe, et celle des émeutes du pain.
Quand bien même cette révolution est suggérée et évoquée par de nombreux fragments audio issus de la radio ou bien par de multiples extraits télévisés où l’on peut par exemple apercevoir Kadhafi, mort en 2011 ; Hicham Lasri nous propose une incontestable réflexion sur la société arabe, laquelle est tiraillée entre une soif de liberté et en même temps de conservatisme. Si Majhoul redécouvre un monde qui lui parait étranger mais qui est pourtant bel et bien son pays, il se considérera tant bien vivant que mort.
La tragédie qu’a connu Majhoul ou plutôt comme il se présente, en tant que “matricule 404”, cette vie anéantie est magnifiquement interprété par Hassan Badida. En effet, dans ce rôle, il est épatamment touchant au plus haut point ; sa performance pourrait être simplement qualifiée d’éblouissante. Ce n’est pas au hasard si ce dernier a été nommé et a reçu le Prix de la meilleure interprétation masculine lors du festival international du Film d’Auteur de Rabat en 2013.
En admettant que ce film puisse être assez controversé, il dresse tout de même un brillant et poignant portrait d’un Maroc en pleine évolution.

C’est eux les chiens… de Hicham Lasri, sélectionné par ACID Association du Cinéma Indépendant ainsi que par le comité de la 66ème édition du Festival de Cannes, sortira en salles le 5 février prochain.

Charlotte Lelouch

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