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Des élections européennes face aux démons eurosceptiques

Flag of european union390 millions d’Européens sont invités à s’exprimer dans les urnes pour élire 751 députés qui les représenteront au Parlement européen. Ces élections revêtent des intérêts différents en fonction des pays membres et relèvent de rapports de force multiples ; mais elles reposent aussi et surtout sur un idéal commun : la confiance accordée à l’espace communautaire.

Une réalité extrémiste ou simple fiction ?

Alors que les rapports de force aux niveaux nationaux semblent montrer une accentuation des clivages politiques, la réelle donne qui pourrait marquer ce prochain scrutin sera l’évolution du vote en faveur de l’extrême-droite européenne. Alors que dans de nombreux pays, à l’image de la Hongrie, de la Grèce ou même encore de la France, l’extrême-droite nationale semble montrer des signes de progrès lors des dernières élections, les partis « traditionnels » devront se méfier de la tournure des débats et plus concrètement, de la crise de confiance qui semble s’exercer entre les Européens et la machine institutionnelle. L’euroscepticisme, la montée nationaliste alliée au protectionnisme économique feront partie des nouveaux maîtres-mots des détracteurs de l’Union. En cause, la situation économique et les multiples politiques d’austérité qui n’en finissent plus d’écraser la population européenne.
Cependant un quelconque succès de l’extrême-droite au niveau européen serait, malgré un sérieux avertissement, une situation qui ne pourrait que très peu peser sur l’influence du Parlement, si tant est qu’elle en ait encore… C’est un autre débat.
La prudence devant une situation favorable à l’extrême-droite doit être rappelée. Sur les huit dernières années, 10 partis sur les 28 ont accentué leur avance. À l’inverse, 9 ont vu leur total de voix diminuer. En règle générale, les élections européennes relèvent d’une portée favorable aux votes d’opposition et ont tendance à moins mobiliser que les scrutins nationaux, restant ainsi dans un schéma « classique » de contraste entre majorité et opposition.
Ainsi, les sociaux-démocrates et les libéraux-conservateurs auront beaucoup à prouver lors de ce scrutin. Agitant la menace d’un vote extrême faisant ainsi occulter certaines de leurs faiblesses d’action, leur principal défi sera de convaincre les électeurs d’un réel élan en faveur d’une Europe sociale et égalitaire pour les uns et libérale pour les autres. Les divisions internes ainsi que les éventuelles alliances ne seront pas de trop pour s’assurer d’un poids consistant au sein de l’Assemblée européenne.
Parce qu’il en va de sa survie ainsi que de sa perpétuelle construction, un vote favorable à l’élan commun lancé au sortir de la guerre mérite que l’on s’y intéresse et qu’on la défende.

Des défis en guise de confirmation

Ce scrutin, le neuvième dans l’histoire de l’Union, comporte des enjeux décisifs à de nombreux niveaux. La plupart des 28 Etats membres de l’Union Européenne subissent une période difficile tant sur le plan économique que social. La crise économique et financière de 2008 est passée par là. La lente dégringolade économique de l’Union face aux économies émergentes et ses taux de croissances soutenus ont plongé l’Europe dans une situation contrastée, vivant au rythme des politiques d’austérité et des réductions budgétaires. La hausse du chômage et de la précarité a désormais scellé un euroscepticisme grandissant et menaçant.
La confiance dans l’Union Européenne doit être retrouvée face aux critiques d’éloignement des préoccupations de ses citoyens et de son technocratisme toujours plus nébuleux. Un des premiers défis transversal à ces élections européennes est le retour d’une confiance à un projet de lutte contre la pauvreté, l’exclusion et le chômage. Guidée autour d’un dialogue intereuropéen, l’Union doit se reformer autour d’une protection de son économie et établir des réformes communes pour relancer sa croissance. En outre, la confiance ne reviendra qu’en assumant un rôle international fort auprès de la communauté internationale.
Dans une autre mesure et depuis la ratification du Traité de Lisbonne en 2007, le rôle du Parlement européen a évolué et semble prendre plus de responsabilité vis-à-vis des autres institutions. Il peut aujourd’hui permettre la désignation du président de la Commission européenne de la même sensibilité que celle arrivée en tête aux élections européennes, après proposition du Conseil européen.
Le fédéralisme aussi, prôné par certains, permettrait de centraliser une politique commune venant en sus à la zone économique et monétaire. Mais elle représente des risques d’identités et ne peut se limiter à la seule question d’avantages matériels mais bien plus globalement au sentiment d’identité européenne.
Même si ce scrutin ne sera pas le lieu d’affirmation d’une telle politique, le bilan permettra de s’interroger sur la suite que les citoyens européens veulent donner à la construction communautaire.

Pierre Lelièvre

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