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Égypte : Une position turque qui contraste avec celle de la communauté internationale

Le 30 juin 2013, un an jour pour jour après son investiture, l’ex-président égyptien Mohamed Morsi se voit contesté par plusieurs millions de personnes qui descendent dans la rue et se rassemblent place Tahrir, lieu emblématique du printemps arabe égyptien. Bien décidé à faire « leur deuxième révolution », ces opposants à Morsi, dont certains avaient voté pour lui, rejettent toute forme de coopération et demande purement et simplement la destitution de leur Président.

Premier chef de l’État égyptien démocratiquement élu, Mohamed Morsi avait d’abord été l’homme de tous les espoirs. Sa légitimité, il l’avait acquise dans les urnes. Mais bientôt cette dernière est remise en cause, Morsi étant vu comme un président cherchant à restaurer un régime autoritaire. Politiquement, il a du mal à rassembler et ses qualités de leader ne semblent pas très développées. Économiquement, le pays est plongé dans une situation critique et le gouvernement ne semble pas avoir de programme à proposer. Le mouvement Tamarrud (rébellion en arabe), à l’origine des appels à manifester massivement, parvient ainsi à rassembler une coalition hétéroclite, à majorité laïque, pour renverser le chef de l’État, et ce avec le soutien de l’armée. Le 3 juillet 2013 le Président de l’Égypte est destitué.

Une position ambiguë des puissances occidentales

« Coup d’État démocratique », « coup d’État soft », « soulèvement populaire soutenu par l’armée », les qualificatifs pleuvent dans la presse pour qualifier ce qu’il vient de se passer en Égypte. Même son de cloche du côté des pays occidentaux, dont la position reste chancelante, ces derniers hésitant devant le terme à employer, et refusant d’utiliser dans leur discours les mots « coup d’État », par essence même difficilement acceptable pour un régime démocratique.

Au lendemain du renversement de Morsi, les pays occidentaux demandent le rétablissement d’un gouvernement civil, tout en restant évasifs dans leurs discours. Si le Président français appelle à « tout faire pour que le processus [démocratique] puisse reprendre sur la base du pluralisme et du rassemblement », Barack Obama fait part de son inquiétude sur la situation actuelle. Aucun ne mentionne le terme de « coup d’État ». Le Qatar, qui avait soutenu l’arrivée des frères musulmans après le printemps égyptien, a lui aussi déclaré son support à l’Égypte. Le chef de la diplomatie britannique Willliam Hague a même déclaré : « Nous ne soutenons pas les interventions militaires dans un système démocratique […] mais nous travaillerons avec les autorités en place en Égypte ». Dans l’ambiguïté, on peut difficilement faire mieux.

Demandant la libération de M. Morsi et des autres personnes détenues sans charge depuis le 3 juillet, les États-Unis et l’Union européenne ne cachent pas leur inquiétude, mais ils ne condamnent pas non plus le renversement de Morsi, estimant tout de même urgente, comme le souligne le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, la mise en place d’un gouvernement civil « reflétant les aspirations du peuple ».

Une position turque singulière

C’est clairement cette position « hypocrite » des puissances occidentales que dénonce le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Seul pays à avoir mentionné le terme de « coup d’État », la Turquie se positionne clairement contre le changement égyptien, ne reconnaissant pas le gouvernement transitoire mené par Adly Mansour. Dans un discours télévisé, il proclame la position catégorique du gouvernement turc : « Où qu’ils se passent (…) les coups d’État sont une mauvaise chose. Les coups d’État sont clairement contraires à la démocratie », en ajoutant « la démocratie peut seulement se bâtir dans les urnes ». Dénonçant le comportement des démocraties occidentales, Erdoğan a notamment déclaré que « les Occidentaux [avaient] raté le test de la sincérité », et que « la démocratie n’accepte pas le deux poids, deux mesures ».

La Turquie est très sensible à la notion de coup d’État, sa jeune histoire étant jalonnée de tentatives de coup d’État avortées ou abouties. On comprend donc bien facilement que le gouvernement actuel ne puisse tolérer l’intervention de l’armée.

Mais au-delà d’une position symbolique, il y a aussi le fait qu’avec ce coup d’État et la mise en place du nouveau gouvernement transitoire, la Turquie perd un allié de taille dans le monde arabe. Elle avait misé sur ce pays pour un redéploiement régional et, surtout, certains Frères musulmans égyptiens voyaient dans la Turquie un exemple à suivre. Par ces temps de contestation du « modèle turc » sur son propre territoire avec les événements du Parc Gezi qui troublent la politique intérieure turque, une remise en cause, même indirecte, de l’étranger est loin d’être la bienvenue.

Sur le sol égyptien, la position turque irrite. A travers le porte-parole du ministère des affaires étrangères Badr Abdelatty, l’Égypte a fait comprendre son agacement face aux « remarques répétées de responsables turcs au sujet de la situation intérieure en Égypte ». L’évolution des relations turco-égyptiennes dans les mois qui suivent sera donc à suivre de près…

Amandine Canistro

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