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Élections européennes : une timide stratégie de communication

Flag of european unionDu 22 au 25 mai 2014, les citoyens des vingt-huit États membres de l’Union européenne (UE) éliront les parlementaires européens. Ces élections se déroulent dans un contexte difficile. La crise et les politiques d’austérité ont directement touché les citoyens. Leur confiance en l’Europe semble au plus bas.

L’UE a une mauvaise image auprès des citoyens européens. Près de 60% disent ne pas lui faire confiance et ils sont autant à penser que leurs voix aux élections européennes ne peut rien changer à la politique menée à Bruxelles. Pour convaincre les 390 millions d’européens d’aller voter, l’UE a donc mis les bouchées double : une vidéo promotionnelle aux images très esthétiques, des ralentis, une musique douce, on se croirait presque dans un film de Terrence Malick. Avec le slogan « Agir. Réagir. Accomplir. Cette fois-ci c’est différent », l’Europe apparait comme le Messie, prêt à s’occuper de chaque citoyen.
Bien que très belle, cette vidéo apparait éloignée des préoccupations des citoyens. Pas sûr, donc, qu’après l’avoir vue, ils soient convaincus de l’intérêt d’aller voter… Depuis les premières élections au suffrage universel du Parlement européen en 1979, les taux de participation n’ont cessé de décroitre, pour atteindre 43% en 2009. Au-delà des difficultés de communication de l’UE envers les citoyens, les facteurs d’explications sont multiples.

Sandrine Roginsky

Sandrine Roginsky

Selon Sandrine Roginsky, professeur de communication de l’Université Catholique de Louvain et spécialiste de l’UE : « D’une manière générale il y a un désengagement politique et les élections ont du mal à mobiliser. Les gens sont désenchantés, ils ne voient pas la différence entre la droite et la gauche… Donc c’est assez logique que les élections européennes soient encore plus confrontées à ce problème ». La complexité des institutions européennes et les difficultés que rencontre l’UE pour exister comme une institution claire, que les gens comprennent, n’arrangent pas les choses.
Sandrine Roginsky explique également que les élections européennes sont « des élections de second ordre ». Les citoyens font un choix avant tout national, ainsi « c’est rarement l’Europe en tant que telle qui fait voter ». Ils vont récompenser ou sanctionner un gouvernement en place. Les élections se feront donc en fonction de la situation politique et économique dans leur pays.

Les institutions européennes, les médias et les partis politiques

Selon Yves Bertoncini, directeur du think tank européen « Notre Europe », trois acteurs sont en jeu dans les élections européennes : les institutions européennes, les médias et les partis politiques. Il précise que « les principaux acteurs sont les partis politiques ». Ces derniers doivent ainsi s’emparer des problématiques liées à l’Europe et adresser des messages politiques clairs aux citoyens : « Voulez-vous plus de rigueur, plus ou moins de libre circulation, voulez-vous l’entrée de la Turquie dans l’UE…? Ce sont des sujets très importants et ce sont les partis politiques qui doivent les traiter ». Il ajoute « un élément clé, c’est quand même la bataille, le conflit. C’est cela qui passionne les gens. Il faut des visages qui incarnent des clivages, il faut de la bataille, des conflits, des contradictions… ».
Mais comme le dit Sandrine Roginsky, « l’Europe est très peu discutée par les médias nationaux. On est encore dans des États nations alors que la réalité économique voir sociale n’est plus à l’échelle de l’État nation. On a des politiques qui fonctionnent comme ça, qui ont tendance à se défausser sur l’Europe quand c’est nécessaire et pratique pour eux ». En effet, au niveau national, les partis politiques parlent trop peu de l’Europe et des politiques européennes, et lorsqu’ils le font, c’est souvent – à droite comme à gauche – pour la critiquer ou l’instrumentaliser.

Sans information et sans débat sur l’Europe, il ne peut y avoir de démocratie européenne. Le risque, dans un contexte d’abstention massive est d’avoir une vague populiste dans les urnes. On voit d’ailleurs comment les partis d’extrême droite et anti-européen grimpent actuellement dans les sondages…
Il faut désormais que les partis politiques se saisissent des sujets européens et proposent aux électeurs un véritable projet, dépassant les enjeux nationaux. Les médias doivent également sortir de leurs logiques nationales et créer un véritable espace de débat, dépassant les frontières. Les thématiques européennes doivent quitter la sacro-sainte bulle bruxelloise, permettant aux citoyens de s’en emparer.

Claire Corrion

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