International, Politique

En bas du Front

Marine le Pen et son pere

Marine Le Pen et son père

L’Europe, et plus seulement la France, vient de subir un choc profond mais pourtant annoncé lors des élections européennes du 26 mai dernier. Avec 25% des suffrages remportés, le Front National enverra 23 à 25 députés au Parlement de Strasbourg, devançant ainsi le “système UMPS” tant fustigé par Marine le Pen depuis son accession à la présidence du parti. Retour sur un phénomène qui déstabilise toute la classe politique.

Le FN a su progressivement imposer son influence dans le jeu politique, depuis sa création en 1972. Né à l’époque sur l’égide du mouvement néo-fasciste Ordre Nouveau, le nom sera rapidement changé un an plus tard par Jean-Marie Le Pen qui en assure la direction en proposant un programme basé sur des thèmes nationaux, populistes, anti-communistes et s’opposant à l’immigration avec ce principe de base: « défendre les Français ». Cependant, le programme ne fait pas l’unanimité au sein des militants et le parti ne décolle pas face à la concurrence d’autres mouvements comme le Parti des Forces Nouvelles durant la fin des années 70.
Il faut attendre 1982 pour voir le Front National devenir progressivement une force notable marquant des scores autour de 10% lors de scrutins cantonales, européens et législatifs, profitant de problèmes aigus (inflation, baisse du niveau de vie etc.) liés à la crise économique des « 20 piteuses ». C’est également à cette période que l’exécutif du FN voit arriver de nouvelles têtes telles que Bruno Gollnisch, Carl Lang ou Bruno Megret.

En 1990, le parti adopte une nouvelle stratégie communicative avec des campagnes s’orientant vers la dénonciation de la corruption des principaux groupes qui gouvernent depuis des décennies la vie politique française, à savoir le RPR et le PS. Méthode d’assimilation simple créant une collusion droite-gauche afin d’attirer de potentiels électeurs déçus. Ainsi tombent sous la coupe du FN plusieurs villes importantes de la région provençale lors des élections municipales de 1995: Marignane, Vitrolles, Toulon et Orange, ce qui constitue une victoire supplémentaire du parti dans sa progression en dépit de la multiplication des dérapages verbaux jugés racistes et antisémites de Jean-Marie Le Pen, cultivant le goût pour la polémique et s’attirant plusieurs procès tantôt condamné tantôt relaxé. Ses avocats et partisans défendant quant à eux la liberté d’expression. Une scission s’observe d’ailleurs au sein du parti avec le départ de Bruno Gollnisch qui fonde le Mouvement National Républicain en compagnie de prés de 50% des élus FN, désavouant brutalement Jean-Marie Le Pen.

Le 21 avril 2002 voit de façon inattendue l’arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen à la Présidentielle du 21 avril 2002, véritable succès après sa campagne surfant sur des questions de sécurité et d’immigration. Vu comme un coup de tonnerre sur la scène politique française, ce scrutin réveille immédiatement de fortes manifestations « anti-g » à travers le pays, ainsi que le sursaut d’une conscience politique chez les jeunes générations refusant l’idéologie d’extrême-droite. Le parti observera ensuite un sévère cornement de son influence électorale, une partie des électeurs préférant se rallier a Nicolas Sarkozy lors de la Présidentielle de 2007 ou rejoignant des petits partis comme le Mouvement Pour la France de Phillipe de Villiers.

Opération séduction

En 2011, Marine Le Pen succède à son père à la tête du FN. Cette transition familiale marque un véritable changement dans l’image du parti puisqu’un grand chantier dit de « de-diabolisation » est entrepris. Le Front National ayant trop souvent suscité un rejet auprès des Français, notamment suite aux propos oratoires fracassants de Jean-Marie Le Pen, sa fille tente alors d’incarner des valeurs plus modérées pour placer le FN en « parti comme les autres » sur l’échiquier politique, quitte à s’affranchir parfois publiquement des positions de son prédécesseur. Cette rupture passe en effet par l’abandon du négationnisme et de l’antisémitisme, qui collaient jusque-là à la peau de l’ancien président du FN avec ses célèbres paroles sur les chambres à gaz, qualifiées de « détail de l’Histoire » en 1987.
La prise de distance s’effectue également avec la mise au ban des groupuscules les plus ultras du parti: néo-nazis, admirateurs de la Shoah ou catholiques intégristes ; les courants les plus durs sont écartés et se placent désormais aux côtés de Bruno Gollnisch, considéré comme plus radical.
Enfin, il y a le style Marine. À 42 ans, cette avocate de formation se révèle plus jeune et moderne que son père, ce qui la rend estimable et efficace au jeu médiatique. D’autant plus qu’elle est une femme, mère de trois enfants et deux fois divorcée comme elle s’adonne à le répéter afin de briser un peu plus le genre traditionnel de son père.

Si les fondamentaux du parti sont toujours présents (rejet de l’immigration, théorie de la « préférence nationale », réintroduction de la peine de mort, dénonciation des partis traditionnels etc.), on assiste cependant à un vrai phénomène de vague dites « Bleue Marine » car ce lifting de façade séduit une grande part des électeurs français aujourd’hui. En somme, elle démocratise le FN dans la sphère politique et diminue la posture extrémiste, tout en battant campagne sur les terres ravagées par le désarroi industriel et social (Moselle, Pas-de-Calais etc.). Ce qui semble porter ses fruits au vu des récents résultats donnés.

Florent Belle

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