Politique, Société

Entre islamophobie et propagande religieuse, le burkini divise

À la suite de la polémique, le centre aquatique SpeedWater Park et le maire de la commune qui l’héberge, située près de Marseille, ont renoncé à accueillir l’association Smile 13 et sa journée réservée aux femmes et aux enfants devant respecter un code vestimentaire précis imposé par des codes islamiques. Après l’épicerie de Colombes, cet évènement soulève des interrogations quant à la compatibilité avec les valeurs laïques et républicaines. Burqini

La « journée burkini » n’aura pas lieu samedi 10 septembre, pour les Marseillaises des quartiers nord de Marseille. Le parc aquatique Speedwater Park et la municipalité des Pennes –Mirabeau (Bouches-du-Rhône) ont annoncé hier avoir décidé « de ne pas donner suite » à la demande de réservation de l’association Smile 13 qui invitait ses adhérentes à profiter d’une journée piscine en burkini.

La décision a été prise il y a une semaine alors que le sénateur et maire (DVG) de la commune Bucco-Rhodanienne, Michel Amiel, dénonçait des positions idéologiques extrêmes en train de se servir de la polémique liée à cette journée.

L’association Smile 13 constate sur son compte Facebook « avec stupeur et regret l’ampleur de la polémique » autour de cet événement. Face aux menaces reçues – notamment des balles de revolver envoyées par courrier –, l’association dit avoir « saisi le Collectif contre l’islamophobie en France »

 De plus en plus d’intimidation islamophobe

La semaine dernière, c’était la demande de fermeture d’une supérette de Colombes (Hauts de Seine) qui ne vendait ni de porc ni d’alcool, qui avait défrayé la chronique. Les locaux de la supérette en question appartiennent à Colombes habitat Public ; le bailleur a déposé un recours devant le tribunal de Nanterre pour faire résilier le bail, dont la fin est prévue en 2019, au motif que celui-ci stipule alimentation « générale », autrement dit que toutes sortes de nourritures et de breuvages doivent s’y trouver…

Le gérant assure que ni l’alcool ni les produits issus du porc ne représentent une demande de masse, et invoque des raisons économiques. Chez les habitants interrogés par le quotidien local, les avis divergent. Et ce n’est pas une première. Ainsi, si un commerce installé dans des murs privés est en droit de ne vendre que des produits « communautaires », qu’en est-il dans des murs gérés par un organisme public ? In fine, ce différend sera jugé en octobre.

La considération de l’espace privé et de l’espace public

Aux Pennes-Mirabeau, c’est sous la pression des réseaux sociaux que Michel Amiel aurait annulé l’événement. Ce phénomène est bien réel : en 2016, c’est le plus souvent sous la pression des internautes que se déterminent dorénavant traitements médiatiques et prises de position politiques. La vox populi passe par internet.

Et si la parole politique en France tend à suivre la voix massive des hashtags (#) pour la flatter ou la condamner, dans un contexte préélectoral, il est aisé d’observer que la surenchère à droite emporte les suffrages et rallie peut-être quelques indécis estimant que seul le Front national s’emparait jusqu’alors de questions que l’on aurait tort de n’envisager que sous l’angle identitaire.

Mais cette surenchère 2.0 affecte aussi les raisonnements laïques. De fait, il est à raison de rappeler que la privatisation d’un lieu, qu’il soit de nature publique ou privée, implique « une mise à disposition payante à l’usage exclusif des membres » de l’organisme qui privatise, selon la loi. Le cas du centre aquatique est d’autant plus flagrant en ce sens qu’il est privé et par surcroît fermé au public à la date prévue, et qu’il a déjà accueilli des événements privés gays et libertins.

Toute interdiction se heurte donc non seulement à notre droit, mais serait susceptible de créer un dangereux précédent. Si nous retirons à une association X la liberté d’organiser l’événement qu’elle souhaite selon les modalités qui lui appartiennent, tout groupe de pression numérique ou citoyen serait donc fondé à contester n’importe quel événement privé organisé dans une structure privatisée.

Parmi les arguments en faveur de la non-interdiction de l’événement : celui qui concerne le burkini en lui-même et invoque le fait que se baigner habillé n’est pas interdit en France.

De fait, rien n’interdit à personne de se baigner en tee-shirt ou en tenue de scaphandrier dans une piscine privée ou privatisée – et il revient au loueur d’assurer l’hygiène pour les baigneurs suivants. 

L’image d’une propagande religieuse ?

Ceci dit, dans cette affaire, il est intéressant de constater deux poids, deux mesures. Le burkini, pas plus que le voile islamique, ne sont des obligations religieuses, mais des manifestations d’appartenance religieuse ostentatoire, dans un pays laïque comme la France. Nombreux y voient des manifestations d’un islam rigoriste et intolérant, sexiste et discriminante.

Derrière le burkini, tout comme derrière le voile intégral, c’est toute une idéologie qui est à l’œuvre. Et que, c’est cette idéologie que les contestataires réprouvent, et que parmi ces contestataires, l’on compte nombre de musulmans…

Guillaume Asmanoff.

1 Comment

  1. Rim

    Personnellement j’ai trouvé mon burkini sur https://burkinijoli.com/

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